COMMENCEMENTS D'ABD-EL-KADER
vions Tatteindre par la mer. Quoique seul d'entre les beys, il ne fût pas venu de sa personne au secours du dey, il devait tomber comme lui, en raison de celte première cause, à laquelle venait s'ajouter une seconde cause de faiblesse : la révolte ré cente du marabout Ben -CherifT avait profondément ébranlé la domination turque à Oran. Il ne tenta aucune résistance, et, dès que nous voulûmes prendre sa place, il nous l'abandonna.
Nous nous trouvâmes donc, le lendemain de la conquête, en face de d.eux beyliks turcs demeurés debout, Constantine et Titery, et d'un beylik renversé dans la province d'Oran. Il en résulta que le pouvoir ancien, tombant dans cette province, sans fHre remplacé par le nôtre comme à Alger, ne laissa pour héritier que l'anarchie . Il y avait bien là le chef des maghzen du beylik, Mustapha, homme de courage et de conseil, qui fut plus tard général de brigade au service de la France; mais les maghzen , habitués à la domination turque, ne croyaient pas pouvoir revendiquer pour eux la puissance ; ils se contentaient d'en être les auxiliaires et les instruments. Dans le premier moment d*étonnement qui suivit la chute du bey d'Oran, Mustapha, qui ne pouvait plus servir les Turcs vaincus, qui ne voulait pas encore servir les Français vainqueurs, à cause de la différence des religions, ni se soumettre à un marabout à cause des antipathies de races, se trouvait donc dans l'embarras, comme un serviteur qui n'a plus de maître et qui ne croit pas pouvoir l'être lui-même.
S'il avait été possible de saisir alors ces nuances qu'une longue expérience devait seule mettre en relief, il y aurait eu là un trait de lumière. Nous devions tôt ou tard nous rapprocher de ceux qui cherchaient un maitre, et puisque nous aspirions à gouverner, il y avait incompatibilité absolue entre nous et ceux qui posaient leur candidature à la souveraineté. Il y avait dès lors un homme qui commençait à prendre cette position, c'était Abd-el-Kader.
Il faut ici dire un mot de cet homme extraordinaire, qui eut l'honneur de tenir, pendant plusieurs années, en échec toute la
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puissance de la France en Algérie, et d'y rendre douteux Taf&frmissement de notre domination. Abd-el-Kader sortait d*une grande famille du pays; il était d'une race de marabouts qui fait remonter son origine aux califes fatimites, ce qui établissait entre lui et Tempei'eur du Maroc une parenté éloignée dont il tira quelque profit. Son père, Mahiddin, marabout lui-Doiéme de fait comme de droit, jouissait d'une grande considération au moment de notre arrivée en Afrique. Abd-el-Kader, second fik de Mahiddin, tout jeune encore, ne jsemblait point appelé à jouer un rôle important dans une contrée où le droit de primogénîture a conservé tant d'empire; mais son heureux naturel, la manière dont il profita de l'éducation brillante qu'il reçut de son père, attirèrent de bonne heure sur lui les yeux, et» un peu plus tard, son frère aine fut le premier à lui céder les droits qu'il tenait de sa naissance. Né à la guetna de Sidi-Mabiddîn, aux environs de Mascara, sur le territoire de la puissante tribu des Hachem, Abd*el-Kader se faisait remarquer, dès l'âge de vingt ans, par toutes les qualités qui donnent à un homme de l'influence sur ses compatriotes. Nul n'interprétait mieux que lui les passages les plus difficiles du Coran. 11 avait étudié l'éloquence et l'histoire. Orateur disert, théologien érudit, y&rsv dans rhistoire, il était en même temps habile dans tous les exercices du corps et passait pour le meilleur cavalier de toute l'Algérie. 11 joignait à ces avantages acquis un extérieur imposant, une physionomie noble et belle, quelque chose de digne et d'aflectueux dans les manières, le don et le ton du commandement, un esprit vif et prompt, applicable à tout, l'instinct de l'organisatioix, une bravoure brillante sur le champ de bataille et des qualités morales respectables chez un homme privé, précieuses chez un homme de gouvernement. U eut de bonne heure foi dans sa mission. Ce fut une partie de sa force, parce qu'il communiqua bientôt cette foi à ceux qui rentouraient..Les progrès rapides de sa fortune, partie d'assez bas pour arriver si haut, lui donnèrent la confiance qu'il parviendrait à tout. Au début, il était, dans l'organisation arabe, ce que les féodaux appelaient
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