COMMENCEMENTS D*ABD-EL-KADER
flaoB leur langue expressive « une lance fournie, » c'est-à-dire une lance entourée de quatre ou cinq hommes armés, et luimême faisait allusion au point de départ de sa fortune quand il répondait plus tard à un officier français, qui lui conseillait de ne point céder à une confiance présomptueuse : « Il y a trois ans que je n'étais encore qu'un des quatre fils de mon père, obligé, lorsque j'avais tué un homme dans un combat, de m'emparer de son cheval et de son équipement pour augmenter ma chose. Tu vois ce que je suis maintenant, et tu veux que je n'aie pas confiance en moi I »
Dès que la chute de la domination turque à Oran eut fait naître l'anarchie, on vit paraître le jeune Abd-el-Kader parmi ceux qui essayèrent de donner à cette province un gouvernement. Les tribus qui avoisinent Mascara avaient voulu, en 1852, reconnaître le vieux Mahiddin pour chef suprême ; mais, alléguant son grand âge, il déclina cet honneur et présenta à sa place son fils Abd-el-Kader, qui fut agréé. Mahiddin raconta, à cette occasion, qu'étant en pèlerinage à la Mecque quelques années auparavant, avec son fils aine et Âbd-eUKader, il rencontra un jour, en se promenant avec le premier, un vieux faquir qui lui donna trois pommes. ^ Celle-ci est pour toi, lui dit-il ; celle-là est pour ton fils que voilà. Quant à la troisième, elle est pour le sultan. — Et quel est ce sultan? demanda Mahiddin. — C'est celui, reprit le faquir, que tu as laissé à la maison lorsque tu es venu te promener ici^ n Cette anecdote, répétée de proche en proche, contribua à la grandeur d'Abd-el-Kader, parce qu'elle le présenta aux imaginations comme un homme désigné d'en haut pour l'empire.
Le bey d'Oran, on se le rappelle, avait fait sa soumission à h France aussitôt après la chute du dey d'Alger, et le général en chef avait envoyé son fils, le capitaine Louis de Bourmont, pour prendre possession de la ville et du beylik; mais, à la nouvelle
* Annales algériennes, par E. Pélissier, capitaine d'élat-major, tome I*% page 561. Paris, 4836.
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536 TABLEAU DE LA CONQUÊTE Iffi L'ALGÉRIE.
de la Révolution de 1830, le général en chef, Gompreaant b nécessité de concentrer ses troupes, avait rappelé à Alger le corps expéditionnaire d'Oran. La province à laqueUe celte ville donne son nom se trouvait dans une situation précaire, que les événements subséquents aggravèrent encore. Un bey bienvcilliol mais impuissant, la plupart des habitants en fiiile, les Arabe» insoumis : tel était, en résumé, Tétat de cette province. Le maréchal Clausel n'ayant pas obtenu l'approbation du gouveroenent français pour le traité par lequel il cédait à deux princes delà famille régnante de Tunis, moyennant un tribut d'un million. les deux beyliks d'Oran et de Constantine, et l'ancien bey delà première de ces provinces s' étant retiré volontairement en Asie pour faciliter cette combinaison, la province d'Oran demeon. sans gouvernement, dans une complète anarchie.
Au milieu de cette anarchie, tous ceux qui pouvaient aspirer à la puissance s'agitèrent. La force des choses amena un rapprochement naturel entre les débris de la domination torqœ. Les Koulouglis s'étaient emparés de la citadelle de Tlemsen- Malgré la différence des races, la communauté des haines et des périls détermina les maghzen à se serrer contre des hommes qui avaient été, comme eux, les auxiliaires de la domioatiiio turque, et Mustapha, l'agha des maghzen, obligé de quitter Oran, prit son point d'appui sur Tlemsen.
Presque au même moment Abd-el-Kader, favorisé par les circonstances qui avaient amené cette espèce d'interrègne daosb province d'Oran, commença à lever le drapeau. Son influeuce sur la grande tribu des Hachem le mit à la tète de plus de quatre cents cavaliers. 11 portait sur son front le prestige de la race des marabouts, et il agissait dans une province pleine encore du souvenir du marabout Ben-Gheliff. En outre, il se présentait dans m moment où la vacance gouvernementale, produite par la chute des Turcs, faisait vivement sentir aux tribus le besoin de YàuUh rite. Enfin ses projets, qui commençaient à transpirer, et qui consistaient à substituer la domination des races gouvernées a celle de la race gouvernementale récemment déchue, flattaient
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