DIVERSITÉ DES SYSTEMES
essaya de les relever par une fermeté qui dégénéra trop souvent en rigueur, et gftta la bonne pensée qu'il avait eue d'établir d*abord solidement notre puissance dans la province d'Alger, et de la faire rayonner progressivement dans le reste du pays. On voulut gouverner d'après le système turc, en imprimant la terreur aux populations rebelles à notre influence; mais les Turcs, qui connaissaient le pays où ils opéraient, savaient diriger et mesurer leurs coups. Cette mesure et cette expérience des hommes et des choses manquant à notre administration, nous excitâmes plus de haine que de terreur. I^e pays se souvint longtemps de l'exécution des kaîds des Beni-Khalil et du Sebt.
Pour apaiser ces haines, le général Voirol essaya d'un système de conciliation et de douceur envers les indigènes. Ce système produisit quelques bons fruits. Nos rapports avec les indigènes devinrent plus fréquents, plus intimes ; nous apprîmes à les mieux connaître. Mais la fermeté manqua à cette administration, la fermeté sans laquelle la bonté ressemble à la faiblesse et encourage les résistances. L'administration française, frappée d'impuissance et se résignant a laisser impunies toutes les offenses et toutes les agressions, cessa d'être crainte sans être respectée.
Le comte d'Erlon était un vieillard qui, après avoir montré eu arrivant l'intention de corriger, par un mélange de fermeté intelligente, ce qu'il y avait de défectueux dans le système de son prédécesseur, se laissa bientôt aller à la dérive, au milieu des intrigues indigènes dont il ne put saisir les fils. Il retomba dans le système des concessions. Le colonel Duvivier, commandant de Bougie, et homme de guerre remarquable, qui avait imposé aux Kabyles par une marche à la fois habile et hardie dans la vallée de TOued-bou-Messaoud, fut sacrifié à l'espoir d*une paix chimérique. Le général Trézel, après l'échec de la Macta, Ait destitué par condescendance pour Abd-ei-Kader, qui devenait de jour en jour plus puissant.
Ce fut pour relever le niveau de notre influence politique et le renom de nos armes que le maréchal Clausel, et après son
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échec à Constantine le général Damrémoiit, furent successivement envoyés. Les choses en étaient arrivées au point qu'il n'y avait plus guère qu'une chose à faire en Algérie, c'était de combattre.
Cependant, dans cette période d'expériences malheureuses et d*avortements successifs, les éléments des succès de l'avenir commencèrent à paraître.
D'abord, nous l'avons dit, quelques hommes de la première conquête, comme les généraux Achard, Hunck-d'Uzer, Damrémont, Rulhières, consacrèrent utilement leur talent militaire, et plusieurs leur sang, à cimenter notre possession; des hommes plus jeunes se formèrent à l'école des faits, la meilleure de toutes les écoles. L'Algérie n'était pas seulement un champ de bataille où l'on apprenait la guerre ; il fallait traiter avec des idées, des passions différentes des nôtres, étudier et comprendre une civilisation, une société, des intérêts qui n'avaient rien de semblable à ce que nous connaissions. I^a diplomatie, la politique, l'administration, se mêlant naturellement à la guerre, développaient les intelligences engagées dans ces luttes. Les noms de Duvivier, Changarnier, Bugeaud, Lamoricière, Bedeau, Cavaignac, Pélissier, et quelques autres commencent à figurer sur les bulletins. Us eurent, sur la plupart de leurs deyanciers, l'avantage de faire céder les idées préconçues de la routine à l'étude et à l'observation pratique, et de comprendre qu'il fallait, en face d'un ennemi nouveau, une nouvelle guerre, une conduite nouvelle.
En outre, le bureau arabe fut créé, institution éminemment utile, destinée à nous mettre en rapport avec les indigènes, non plus par l'intermédiaire d'interprètes la plupart étrangers, quelques-uns suspects ou méprisés comme les juifs, mais par Tintermédiaire de nos propres officiers initiés aux langues du pays et chargés de concentrer les affaires arabes, de mettre chaque jour sous les yeux du général en chef l'exposé de la situation du pays et la traduction des lettres les plus importantes.
Nos relations avec les populations acquirent une régularité
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