RETRAITE DE CONSTANTINE
masses vivantes, frappaient à coups sûrs. On envoya avertir le commandant en chef de Tinsuccès de ia double tentative. li était trois heures du matin. Tout à coup, au milieu du silence profond qui avait succédé au bruit du canon, les nôtres entendirent des Yoix mâles et vibrantes qui, sur tous les points des remparts, entonnaient des chants d'un caractère grave et religieux. C'étaient les défenseurs de la ville qui, après avoir victorieusement repoussé nos colonnes, faisaient la prière. Dans Taocent de ces voix où frémissaient encore Témotion du combat et la joie de la victoire, contenues par le recueillement d'une pensée qui se met en la présence de Dieu, il y avait quelque chose d'inexprimable que n'oublieront jamais ceux qui les ont entendues.
A quatre heures du matin, le maréchal Clausel donna l'ordre de la retraite. L'expédition avait échoué. Il n'y avait point à hésiter. Les vivres manquaient complètement, et les munitions allaient manquer. D'après les ordres reçus, la brigade de Rigny dut revenir prendre position sur le Mansourah. Ce mouvement était difficile à faire avec des troupes sous l'influence d'un échec, dans l'eau depuis plusieurs jours, mal nourries, et qui n'avaient pu se procurer un fétu de bois. Le général Rigny confia au commandant Chargamier l'honorable mission de former l'extrême arrière-garde de son corps et de protéger sa retraite. Le commandant Changarnier exposa en quelques brèves paroles au bataillon du 2* léger l'importance du devoir qu'il avait à remplir et l'honneur attaché à la mission qu'on lui confiait. Ce frémissement d'approbation qui rappelle l'applaudissement armé de nos pères, lui prouva qu'il était compris. Peu à peu, le bataillon vit s'écouler la division du général Rigny. Le jour commençait à poindre quand il opéra lui-même son mouvement. Les factionnaires ennemis avaient averti la population de la retraite de notre armée. Les soldats du SMéger entendirent un grand tumulte ^'élever de la ville, et, bientôt, une colonne profonde s'élança de la porte infructueusement attaquée et marcha sur eux. L'étonnement des nôtres fut extrême quand ils reconnurent trente ou
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quarante hommes en capotes grises, courant mêlés aux édai reurs de la colonne ennemie : c'étaient les soldats du poste d'une grand'garde oubliés par le ^^ bataillon d'Ainque. Quoique les moments fussent précieux, le commandant Changamier, ne pouvant se résoudre à sacrifier ces braves gens, fit faire ftice à son bataillon, le ramena au pas de charge au-devant de leurs camarades, et eà recueillit les deux tiers. « C'est ainsi, dit le capitaine Pélissier, qu'il commença une journée qui devait être si glorieuse pour lui. » Pendant ce temps-là, lé eolonel Duvivier, en véritable homme de guerre, couronnait avec un bataillon la créle du ravin où coule le Rummel, et, placé sur la rive droite, proté> geait le passage du commandant Changamier, qui était encore sur la rive gauche. Son bataillon, après ce retour oflensif pea profond mais énergique, put ainsi passer le Bummel, sinon sans difficultés, du moins sans éprouver des pertes aussi considérables qu'on aurait pu t'appréhendera
Les deux divisions firent leur jonction sur le Hansourah: cependant, lorsque la queue de la division de Rigny arriva au lieu du rendez-vous, Tannée était déjà en pleine retraite. D'après les ordres du maréchal, le 63* et le 59* de ligne devaient couvrir cette retraite, mais le désordre était partout. Quand le commandant Changamier, qui formait Textrème arrière^ garde, arriva sur le plateau du Mansourah, il fit faire halte à son bataillon, pour le laisser respirer un instant, et, poussant son cheval vers un mouvement de terrain, il apprécia d'un rapidt' coup d'œil l'eiisemble de la situation. Le spectacle n'avait rieo de rassurant. I^a division Tréael achevait de s'écouler, maretiant peu ea. ordre. Le 65' et le 59* de ligne s'étaient â>ranlés et se retiraient précipitamment, ayant sur leurs derrières et sur \esars flancs des nuées d'Arabes qui les suivaient en poussant des cris affreux. Quelques caissons d'artillerie, le matériel du g^e, deux obusiers de nos auxiliaires indigènes et, chose douloureuse â dii*el quatorze prolonges chargées de blessés étaient abandonnés.
' Documents inédits.
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