‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 158 sur 192 · SECONDE EXPÉDITIOIS DE CONSTANTINE · texte numérisé non relu

SECONDE EXPÉDITIOIS DE CONSTANTINE

cutifs, les 21, 22 et 23 septembre 1837, par sept ou huit mille hommes, infanterie et cavalerie, commandés par Ahmed- Bey en personne. Le principal eflbrt de l'ennemi fut dirigé contre un mamelon situé à droite et en avant du camp. Le général Rulbières, comprenant l'importance de cette position, en avait confié la défense au lieutenant-colonel Lamoricière, qui s'y maintint avec la plus grande énergie. Ces trois jours de combat firent le plus grand honneur au général Rulhières ainsi qu'aux troupes qu'il commandait.

Les préparatifs de la seconde expédition de Constantine avaient été faits, non plus dans la prévision d'un coup de main heureux, aidé par les intelligences du dedans, mais d'une campagne laborieuse et d'une résistance opiniâtre. Le général Damrémont, commandant en chef, était un des hommes qui connaissaient le mieux l'Algérie, où il n'avait guère cessé de combattre après la campagne de 1830, à laquelle il avait pris une glorieuse part. Le lieutenant général Yalée commandait l'artillerie ; quoique l'ancien de grade du général Damrémont, il avait consenti sans hésiter à servir sous ses ordres, en faisant passer avant tout le bien du service. C'était le représentant le plus illustre de l'arme de l'artillerie contemporaine, l'inventeur du nouveau système dont la supériorité avait été constatée dans la campagne de 1830, le Legris de Beauval de notre siècle, homme rare, dont le jugement égalait les connaissances spéciales . Le génie était commandé par l'homme qui avait la plus haute réputation dans cette arme, le général Rohaut de Fleury. Le corps expéditionnaire se composait de dix mille hommes divisés en quatre brigades, dont la première était commandée par M. le duc de Nemours, la seconde par le général Trézel, la troisième par le général Rulhières, la quatrième par le colonel Combes. L'artillerie de campagne et de montagne se composait de seize bouches à feu; le matériel de siège de dix-sept bouches à feu, avec un approvisionnement de deux cents coups par bouche «i feu. L'artillerie présentait un effectif de douze cents hommes; le génie, un pei*sonnol de dix compagnies ^

» Moniteur.

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On avait eu raison de veiller arec sollicitude à la eompontioii de Tarmée. .L'entreprise était difficile On avait sdEûreimonemi résolu dont un premier succès augmentait Fardear eili confiance; la position de la place était forte, ses défenses diIbrelles redoutables. Partie le 1*' octobre 1837 de Medjei-Hainiflaf. l'armée arriva devant Constantine le 6, après une marche laborieuse, mais moins contrariée par les éléments qu eo 1836. « Constantine, dit Tauteur des Annales algériennes y se présentait, comme Tannée précédente, hostile et décidée à une résbtance énergique; d'immenses parillons rouges s'agitaient oipieilleusement dans les airs; les femmes, placées sur le haut it maisons, poussaient des cris aigus auxquels répondaient par d* mâles acclamations les défenseurs de la place. C'est ainsi qur furent salués le général Damrémont et le jeune prince qui marchait à ses côtés. Bientôt le son grave du canon, répété par d^ milliers d'échos, vint se mêler aux cris de ces créatures homaioes. et de nombreux projectiles, habilement dirigés, tombèrent lo milieu des groupes qui se présentaient sur la crête du ravin par lequel Constantine est séparée de Mansonrah ^ »

Sans entrer dans le récit circonstancié des opérations du siège. il suffira de dire que la ville lut vigoureusement défendue, qof la batterie de brèche fut établie, avec beaucoup de peines, » Coudiat-Ati, point d'arance indiqué; que larmée eut à repousser plusieurs sorties impétueuses dont l'une donna à la légion étrangère, habilement et vigoureusement dirigée par le chef debatail* Ion Bedeau, l'occasion de fiedre ses preuves*; qu'on eut les plu^ grandes difficultés à surmonter pour concentrer les efforts de l'artillerie sur le plateau de Coudiat-Ati, et que ce ne fut que le

* Annales algéiiennes,

* On lit dans le rapport du général Valée : c Pendant la matinée du 7 (octobre), environ 800 hommes de pied sortirent de la phce et attaquèrent le centre de la position de Goudiat-Aty. Les Arabes ayant planté un drapeaa en iàce de la position occupée par la légion étrangère, le chef de bataillon 6<^deau dirigea une sortie contre ce groupe. Le drapeau fut renversé et les Arabe<

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PRISE DE CONSTANTINE. bb9

\ l octobre que les feux de la batterie de brèche déterniinèrenl un éboulement, à dater duquel la possibilité de donner Tassaut fut certaine. Le 12 octobre 1837, avant de lancer les colonnes d*at> taques, le général Damrémont, dont les talents militaires étaient œhaussés par les qualités morales les plus élevées, fit sommer les assiégés de se rendre, en leur envoyant un parlementaire, chargé de les éclairer sur leur position . Ce parlementaire, qui était un jeune soldat du bataillon turc, revint le lendemain avec la réponse suivante : « Il y a à Constantine beaucoup de munitions de guerre et débouche. Si les Français en manquent, nous leur en enverrons. Nous ne savons ce que c'est qu'une brèche ni une. capitulation. Nous défendrons à outrance notre ville et nos maisons. Les Français ne seront maîtres de Constantine qu'après nvoir égorgé le dernier de ses défenseurs. » En recevant cette réponse, le général Danrémont s'écria : « Ce sont des gens de cœur, eh bien, l'alTaire n'en sera que plus glorieuse pour nous!» Le succès des opérations du siège paraissait certain. Dans peu d'heures la brèche devait être praticable. Le temps était magnifique. Tout respirait, dans notre camp, la joie d'une prochaine victoire. Le général Damrémont partageait cette joie; l'avenir se présentait à ses regards avec un aspect riant; encore un peu de temps, il allait avoir réparé l'échec de nos armes, mis la France en possession d'une ville importante, et conquis le grade militaire le plus élevé auquel on puisse arriver. Il mit pied à terre avec M. le duc de Nemours, un peu en arrière des ouvrages, et, se dirigeant vers la tranchée pour examiner les travaux de la nuit, il s'arrêta sur le chemin qui y conduisait, à un point très-découvert, d'où il se mit à observer la brèche : il était huit heures et demie du matin. Le général Rulhières, qui s'était porté au-devant de lui, lui rappela le danger qu'il courait. « C'est égal, » répondit- il avec cette impassibilité qui était le caractère de son courage. Ce hit son dernier mot. Au même moment un boulet parti de la place le renversa sans vie. Il mourait de la mort deTurenne. Le général Perregaux, en se penchant sur lui, reçut une balle au front et tomba grièvement blessé sur le corps de son chef et de son ami.

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560 TABLEAU DE LA COiNQUËTE DE L^ALGÉRIE.

Le général Valée, averti en toute hâte, fit couvrir d'un manteau le corps du général Damrémont, qu'on transporta silencieusement sur les derrières, et prit le commandement en cher. Dans lès premières heures de la nuit dU 12 au 15 octobre, on continua à tirer sur la brèche. Le 13 octobre, à trois heures et demie du matin, on la reconnut. A quatre heures, les trois colonnes d'assaut étaient à leur poste. La première était commandée parle lieutenant-colonel Lamoricière; la seconde, par le colonel Combes, ayant sous lui les chefs de bataillon Bedeau et Leclerc; la troisième, par le colonel Corbin.

A sept heures du matin, le signal de Tassant fut donné par k duc de Nemours, désigné comme commandant du siège par le général en chef. On entendit alors une voix stridente et dqa bien connue des zouaves qui formaient la première colonne d'attaque avec quarante sapeurs du génie et deux compagnies de Ute du 2' léger, jeter ces mots : a Mes zouaves, à vous! Debout! Au trot, marche I » En quelques moments, la brèche était escaladée au milieu d'une vive fusillade qui couronna les remparts. La peinture a retracé la scène principale de ce terrible assaut de Constantine, fécond en épisodes à la fois douloureux d héroïques : Horace Vernet a montré le brave Lamoricière au sommet de la brèche, au moment de l'explosion qui Gt de si grands ravages dans nos rangs, déjà décimés par Féboulement qui écrasa le chef de bataillon de Sérigny ; le colonel Combes, arrivant après lui, va recevoir les deux blessures mortelle^ qui ne Tempéchèrent point d'aller rendre compte du succès à M. le duc de Nemours, chargé du commandement des troupes du siège. Il termina son rapport verbal par ces mots d'une simplicité et d'un calme héroïques : « Ceux qui ne sont pas blessée mortellement jouiront de ce beau succès. » Alors seulement on s'aperçut qu'une balle lui avait traversé la poitrine ; quelqut\^ heures après, ce héros avait cessé de vivre.

Entre les deux efforts successifs tentés par les deux colonnes d'assaut, avait eu lieu l'explosion terrible qui fit tant de victimes. La première section de la seconde colonne d'attaque arrivait sur

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PRISE DE GOMSTANTINE. 561

la brèche, sous les ordres du chef de bataillon Bedeau, lorsque le lieutenant-colonel Ijamoricière, qui, après avoir enlevé la brèche, avait enfin trouvé une issue conduisant à une porte intérieure où s'engagea un violent combat, sentit un mouvement d'oscillation qui ébranla le terrain : c'était une caisse contenant les réserves de poudre des indigènes qui, prenant feu, causa une première explosion. Cette explosion en amena presque immédiatement une seconde, le gaz enflammé ayant communiqué le feu aux sacs à poudœ portés par les sapeurs du génie, et bien- ' totaux cartouchières mêmes des soldats. La presque totalité des hommes du lieutenanircolonel Lamoricière furent atteints. U demeura lui-même renversé sous les débris des murailles, et ses camarades portèrent un instant le deuil de cette jeune gloire.

La section du chef de bataillon Bedeau rencontra, en montant ^r la brèche, une masse informe d'êtres humains noircis par la poudre, aux vêlements calcinés et fumants, aux chairs brûlées. De cette masse hideuse qui avait perdu la voix, la vue, Touïe, presque le sentiment, sortaient des gémissements inarticulés. La colonne d*attaque du colonel Combes, arrivant dans cette atmo<sphère de poussière, de poudre et de feu, couvrit ces gémissements par le bruit de ses tambours, de ses clairons et de ses cris : h En avant, en avant! » mille fois répétés. Au moment où le commandant Bedeau entraînait ainsi sa section électrisée, il rencontra une forme humaine qui, noircie par le feu, se soutenant à peine, répétait d'une voix éteinte ce cri des vaillants et deis forts: «En avant I en avant!» C'était Tintrépide Leflo, alors capitaine de voltigeurs au 2* léger '.

Au milieu de ces épisodes, les progrès de nos colonnes, ài^k maîtresses des abords de la ville, continuaient. Le général Ya* lée envoyait sans cesse de nouveaux détachements , composés chacun de deux compagnies, qui, pénétrant par la brèche sans

* Remis de ses blessures, il devint chef de bataillon aux zouayes, lieuteiiant-oolonel à Qrléansvillc, sous le général GaTaignac, colonel du 52* de ligne, et enfin généi-al de brigade en 1847, membre de rAsscmbléc législative et Tun de ses questeurs en 1849.

désordre et sans contusion, allaient soutenir nos troupes en gagées dans la ville, et avançaient peu à peu en livrant un combat meurtrier de barricade en barricade et de maison en maison. Ce combat dura plusieurs heures, et la troisi^e colonne d'attaque était déjà tout entière dans la ville, lorsque le commandant en chef y envoya le général Rulhières, en le chargeant de donner plus d'unité aux efforts énergiques de no^ troupes. Le général Rulhières, en arrivant à la hauteur des tirailleurs les plus avancés, vit accourir un Maure tenant à la main une feuille de papier écrite : c'était une demande de capitulation envoyée par le pouvoir municipal de Constantine. La partie la plus énergique de la population, ne pouvant plus défendre ia ville et ne voulant point se rendre, tentait en ce moment même une retraite périlleuse à travers les ravins escarpés dont elle est entourée, et nos soldats eurent bientôt à détourner les yeux de Thorrible spectacle qu'offraient ces ravins, où gisaient, péleméle, des morts, des mourants, soldats, femmes, enfants, descendus dans ce gouffre en tourbillonnant les uns sur les autres, les uns pour fuir le péril, les autres pour ne pas se rendrr à l'ennemi.

L'envoyé du pouvoir municipal fut conduit au général en chef, qu'il trouva à la batterie de brèche ; il apportait la soumission de la ville, qui se recommandait à la clémence du vainqueur, en rejetant Topiniâireté de la défense sur les Kabyles et les étrangers soldés. Le général Yalée nomma aussitôt le général Rulhières commandant supérieur, et le chef de bataillon Bedeau commandant de la place de Constantine. 11 chargea ce dernier de se rendre immédiatement chez le cheik El-Beled , où étaient ^ëuni^ les principaux de la ville, et lui remit une note écrite ainsi conçue : H La religion, les propriétés, les usages, seront respectés. Qu'aucun habitant n'abandonne sa maison; que Ton se con6e dans la parole et la protection de la France. On déposera immédiatement les armes à la Kasbah. Les principaux habitants. soumis à l'autorité française, participeront à l'administration de la ville. »

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