RUPTURE DE LA PAIX DE LA TAFNA
Un jour ou Vautre, à Toccasion d*un autre événement, si ce n*ùtait pas à Toccasion de celui-ci, la guerre devait éclater. Les prétentions d'Abd-el-Kader étaient inconciliables avec nos projets. Il fallait qu'il nous chassât d'Afrique, ou qu'il en tût chassé par nous. Si nous ne lui avions pas déclaré la guerre, il nous Taurait tôt ou tard déclarée. La marche militaire des Portes de Fer ne fut donc pas une faute ; la faute consista à ne pas avoir prévu que la guerre, qui sortait des entrailles de la situation, ' éclaterait à l'occasion de cette démonstration. Par cela même que nous l'avions faite pour rétablir le prestige de notre domination en Algérie, l'émir ne pouvait la tolérer, sous peine de voir diminuer le prestige de la sienne. Dans son désir ardent de prolonger la paix établie par le traité de la Tafna, le maréchal Valée n'avait pu se résoudre à croire qu'elle serait sitôt rompue, et la correspondance qu'il avait engagée avec Abd-^el-Kader, après l'expédition des Portes de Fer , l'avait affermi dans l'espoir de la maintenir. Nous fûmes donc pris au dépourvu. Le 2 novembre 1859, le maréchal Valée était de retour avec le duc d'Orléans à Alger; huit jours après , le 10 novembre, les hostitités commencèrent dans la campagne d'Alger, par un coup de main des Hadjoutes.
Plus la confiance avait été grande, plus la panique fut irrésistible. Abd-el-Kader avait d'abord attiré à lui presque toutes les tribus qui habitaient notre territoire, en faisant autour de nous un vide menaçant; elles reparurent bientôt en armes. La plaine de la Mitidja fut envahie et saccagée par cette rapide cavalerie; les établissements agricoles européens qui commençaient à s'y élever à la faveur de la paix furent dévastés et détruits ; nos postes furent surpris et égorgés; le petit nombre de tribus indigènes qui nous étaient restées fidèles, ne trouvant, dans ce premier moment de surprise, ni protection ni secours, se virent contraintes de suivre le mouvement d'émigration générale. Nous demeurflmea, daosfci province d'Alger, abandonnés et seuls.
Lagaerre^ cependant, n'était pas encore déclarée; elle le fiit. ïjù 18 novembre 1859, l'émir écrivit au maréchal Valée la lettre suivante :
Googk
m Le seigneur El-Hadj-Abd-el-Kader, priace des croyanU, au maréchal Valée.
« Salut sur ceux qui suivent le chemin de la vérité.
«c Votre première et votre dernière lettre nous sontparreDues: nous les avons lues et comprises. Je vous ai écrit que tous b Arabes, depuis Ouelassa jusqu'au Kef, sont d'accord pour faire la guerre sainte. J'ai fait ce que j'ai pu pour combattre leur dessein; mais ils ont persisté. Personne ne veut plus la paix, chacan se dispose à la guerre. 11 faut que je me range à l'opinion géoêraie pour obéir à notre sainte loi. Je me conduis loyalement aTec vous et je vous avertis de ce qui se passe. Renvoyez mon coosoi qui est à Oran, aGn qu'il rentre dans sa famille. Tenei-von^ prêt. Tous les musulmans déclarent la guerre sainte. Vous ik pourrez, quoi qu'il arrive, m'accuàer de trahison. Mon cœuresi pur et je ne ferai jamais rien de contraire à la justice.
« Ecrit le lundi soir à Médéah, le 11 de ramadan 1255 (!•' novembre 1839). »
Ainsi la paix qui avait duré deux ans depuis le traité de h Tafna, signé en 1837, était rompue; la guerre était ofBciell^ ment déclarée. Il y avait déjà huit jours qu'on nous la faisait: elle devait durer sept ans.