‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 162 sur 192 · SYSTÈME INAUGURÉ PAR LB MARÉCHAL VALÉE:. 57S · texte numérisé non relu

SYSTÈME INAUGURÉ PAR LB MARÉCHAL VALÉE:. 57S

dre. L'idée de moralité présida à nos choix, comme l'idée de cupidité aux leurs. Nous choisîmes celui qui prenait le moins à ses coreligionnaires, parce qu*en dehors de Timpôt contenu nous étions résolus à ne rien recevoir. Le seul emprunt que nous eussions ikit au gonrernemont des Turcs, c'est que nous avions Appris de hii à ne pas tenter la destruction de l'unité élémentaire et indestructible du pays, la tribu arabe ou kabyle. Pour le reste, tout fut différent. Nous fîmes connaître publiquement la quotité de l'impôt que le kaïd devait verser dans nos mains pour le compte de la tribu. Chacun sut, dès lors, d'après les lois de répartition en usage dans la tribu à laquelle il appartenait, quelle somme il devait payer. Le bureau arabe demanda également la communication des amendes frappées, de sorte que le contrôle s'établit, et que le kaïd cessa de pouvoir, comme au temps des Turcs, prendre tout ce qu'il voulait aux contribuables, pourvu qu'il payât la somme promise aux dominateurs du pays.

L'école de probité et d'honnêteté qui conserva les nobles traditions du maréchal Valée, rendit, à ce point de vue, un service inestimable à la France. Sauf de tristes exceptions, dont il faut détourner les yeux, les exacteurs disparurent avec le partage des exactions, habitude invétérée dans ce pays. La suppression des cadeaux, opérée par le relus qu'en flrent les officiers français, qu'on cherchait à corrompre pour avoir le droit d'être soi-même corrompu, couronna cette utile réforme. Les chefs indigènes témoignèrent plus d'une fois leur élonnement naïf en présence d'une vertu militaire tellement inusitée chez eux, qu'ils avaient peine à la comprendre. — « Comment se fait-il, disait un jour l'un d'eux au général Bedeau, que chez vous, à mesure que l'on grandit en puissance, on travaille davantage et l'on mange moins *? Nous ne désirons, nous, grandir que pour ne rien faire et manger beaucoup. » C'était l'égoîsme qui s'émerveillait k

* Dans le langage arabe, ce mot de manger prend ici la signification de manger abusivement, de tirer un profil illicite de son autorité.

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l'aspect d'un déyouement dont il ne pouvait découvrir la cause dans les régions les plus élevées de Tâme ^.

Les trois années de paix qui s'écoulèrent depuis la âgnalun' du traité de la Tafna jusqu'à la rupture prévue qui remit notrf drapeau en présence de celui. d'Abd-el-Kader, ne furent donc point stériles, puisqu'elles virent naiire ce système de gou^eriKment fondé à la fois sur l'intelligence des besoins du pays et sur la probité militaire, qui fut l'honneur de nos armées et uncd^ forces de la France.

Le traité de la Tafna, ratifié par le gouvernement, malgré $6 inconvénients, reposait sur cette idée du général Bugeaud, qu'il était possible de gouverner la plus grande partie de rintérieur de TAlgérie par l'intermédiaire d'une puissance indigène. II n'était point le premier à l'esprit duquel cette idée se fût présentée. Le maréchal Clausel l'avait eue; après avoir voulu appliquent système, en appelant la famille du bey de Tunis à Constantioe et à Oran, il avait songé à se servir d'Abd-el-Kader lui-même. U général Desmichels, commandant la province d'Oran, avait commencé, on l'a vu, à l'appliquer dans un prenaier traité, qui contenait en germe le traité de la Tafna. Le comte Drouet-d'Erlonanit caressé la même espérance. Au fond, après tant d'engagement sans résultat décisif, on aspirait à la paix, et celle de la Taba avait été accueillie avec joie, à cause de la lassitude universellf produite par un état de guerre prolongé pendant sept ans. U général Damrémont seul avait prévu et annoncé que ce traité irait grandir, dans l'Algérie, une influence qu'on aurait ensuiu beaucoup de peine à abattre, et qu'il faudrait abattre cependant

Le maréchal Valée fit de grands sacrifices à cette paix, à laquelle on attachait tant de pnx en Algérie et en France. Ces sacrifices allèrent trop loin ; ce fut là le côté faible de son adminbtration. Mais cette faute doit être attribuée à la situation générait encore plus qu'à l'homme. Tout entier au désir d'organiser b domination française sur les points que nous nous étions rcser*

* Documents inédiU.

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EXPÉDITION DES BIBANS. 575

vés, il supporta beaucoup d'empiétements et d'entreprises de la part d'Abd-ei-Kader, dont Taudace s'accrut par ces concessions successives, et qui, interprétant toujours à son avantage le traité de la Tafna, ne laissa pas échapper une occasion d'étendre son pouvoir et de resserrer les limites du nôtre. Ses prétentions grandissant avec ses succès, il conçut l'espoir de réduire les Français à conserver seulement quelques points sur le littoral, comme l'Espagne, qui a encore ses présides à la côte de Maroc. Pour atteindre ce but, il travailla à nous rendre la paix plus préjudiciable que ne l'aurait été la guerre. Point de commerce avec les Français : il agissait sur toutes les tribus soumises à sou autorité ou accessibles à son influence pour les empêcher de commercer avec eux ; défense de leur vendre des chevaux, dans un pays où l'on ne peut profiter de la victoire sans cavalerie. Le vide se faisait sur nos marchés, et, par contre, les tribus, chez lesquelles les vivres se vendaient à bon compte, jouissaient d'un bien-être inconnu depuis longtemps. Comme dans la province de Titery, et même dans une partie de celle d'Alger, il occupait la campagne, grâce à l'interprétation léonine qu'il donnait au traité de la Taiha, d'ailleurs rédigé avec assez peu de précision ^ nous nous trouvâmes sous le coup d'une espèce de blocus continental

Le maréchal Yalée, après avoir supporté longtemps les incon* yénients de cet état de choses, finit par éprouver, comme tout le inonde, cette sensation pénible d'oppression qui gêne la* respi* ration dans les lieux où Tair manque. L'expédition des Bibans, en octobre 1839, fiit le résultat de cette sensation générale, combinée avec un incident particulier, le voyage de M. le duc d'Orléans en Afrique. Le besoin d'expansion existait déjà à l'é-

' Le dissentiment portail principalement sur Tarticle 2 du traite, ainsi conçu : ff La France se réserve, dans la province d* Alger, la plaine de la Mitîdja, bornée k Test jusqu'à TOucd-Raddara, et au delà. » Nous attachions une grande valeur à ces mots au delà; ils signifiaient, suivant nous, que nous n'avions pas entendu limiter dans la direction de' Test. L'émir prétendait que notre limite infranchissable était TOued-Kaddara, et que nous n'avions rien h prétendre au delà de cette rivière.

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poque de ce voyage; mais le besoin de donner un but an voyage de M. le duc d'Orléans nous précipita plus vite dans l'action. Le prince avait visité Oran, Alger, Constantîne. Depuis longtemps le maréchal Valée nourrissait la pensée d*élaUir une communication par terre entre cette dernière ville et Alger; il pensa qu on produirait un grand effet moral sur Tesprit des soldats et sur rimagination des indigènes en ramenant la colonne espédili<mnaire à travers le territoire des Kabyles, difficile rouie qui, longue de plus de cent lieues, oblige de traverser le dangereoi dè> filé qu'on appelle les Portes de Fer, nom fàein de prestiges d de terreur ^

Cette démonstration, qui pouvait rencontrer des obstacles armés, fut conduite avec vigueur, habileté et prudence, sans qu'aucune indiscrétion en eût indiqué d'avance le but. Les Kabyles, trompés par la première direction donnée à notre armée, cmrpot que nous voulions assiéger Bougie, et se portèrent de ce côté; de sorte que le défilé des Portes de Fer n'était pas gardé quand noi^ y arrivâmes. Les populations, surprises de voir nos balaiUom apparaître tout à coup au milieu de leur campagne, nous h^ seront passer, et nous arrivâmes presque sans coup férir à Alger.

L'expédition des Portes de Fer n'était certainement pas uoe campagne; la population d'Alger fit donc éclater un trop vif enthousiasme au retour de l'armée, qu'elle salua comme si el)^ avait remporté une victoire décisive ; mais c'était cependant une démonstration très-hardie, trop hardie, quand l'on considère ie$ événements qui suivirent, l'état où se trouvait la colonie, la colère qu'elle devait exciter et qu'elle excita chez Abd-el^Kader, H l'insuifisance de nos préparatifis pour résister à une attaque soudaine. Nous avions résolu, par le fait, la question pendante entrf l'émir et nous, en traversant en armes le territoire sur lequel il refusait de nous reconnaître aucun droit de souveraineté. 11 considéra la promenade militaire des Khans comme une dédaratioo de guerre, et donna le signal aux tribus, qui se jetèrent sur la Mitidja, et la mirent à feu et à sang. ^

« Voir la description des Bibans à la page 522.

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