‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 165 sur 192 · GUERRE CONTRE ABD-EL-KÂDER · texte numérisé non relu

GUERRE CONTRE ABD-EL-KÂDER

actifs, énergiques, qui avaient déjà fait leurs preuves dans cette guerre. Le général Rulhières eut le premier un engagement heureux en ravitaillant Blidah (15 décembre 1859), et le colonel Ghangamier, à la fin du même mois, opérant sous les ordres du maréchal, remporta dans les mêmes localités un succès signalé sur un corps d'infanterie arabe, qu'il chargea à la tète de son brave régiment, le 2* léger, avec une précision et une vigueur remarquables, tandis que le général en chef assaillait la même colonne à la tête de sa cavalerie. Ce fut pour les Arabes une vé« ri table déroute. Us laissèrent plus de 300 morts sur le champ de bataille, nous abandonnèrent deux drapeaux, une pièce de canon et leurs tambours : leur cavalerie prit la fuite à toute bride, sans oser porter secours à Tinlanterie. Cette première victoire releva le moral de notre armée, un peu affaibli par les échecs qui avaient suivi la reprise des hostilités.

n &ut ici expliquer la nature de cette guerre, dans les détails de laquelle le plan de cette histoire ne nous permet pas d'entrer. Nous occupions un certain nombre de villes et de points fortifiés; Abd-el-Kader tenait la campagne, et, sauf un très-petit nom* bre de villes, comme Médéah, Miliana, Cherchell, Mascara, Thaza^ il n'était saisissable sur aucun point du territoire d'Alger, d'Oran, de Titer; et de Constantine. Nous avions donc trois choses à faire : ravitailler les villes et les points fortifiés où nous avions des garnisons, et qui étaient comme autant d'iles disséminées, perdues dans des pays ennemis et bloquées par les tribus en armes; nous emparer des points où la puissance d'Abd-el-Kader était fixe et sédentaire et détruire ses forces régulières ; l'atteindre dans l'espace, malgré la rapidité de sa cavalerie, détacher de lui les tribus en détruisant son prestige par les défaites réitérées que nous lui infligions, et délier ainsi le faisceau qu'il avait renoué autour de lui par ses succès militaires et l'habileté de sa politique.

Il y avait là trois tâches, non pas précisément successives, car elles se mêlaient continuellement, mais différentes cependant. La première prédominait au début de la guerre, c'est>à-

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dire dans Tannée 1840, pendant laquelle le maréchal Valéedemaira à la tête de la colonie ; la seconde et la troisième prirent peu à peu le dessus, sous le gouremement du général Bugeaud, qui, commençant ses fonctions de gouverneur général avec l'année 1841 , eut la conduite de cette guerre jusqu'à la fin de 1846.

Rien de plus propre à donner une idée de cette guerre, dans sa première période, que les expéditions conçues et exécutées par le maréchal Valée, au mois de mai 1840, pour pénétrer dans la province de Titery et occuper Médéah et Miliana. Les forces d'Abd-el-Kadçr étaient alors entières, et il avait tout son prestige. Il s'agissait de partir de Biidah, de se diriger vers le col de Téniah, passage redoutable situé entre deux crêtes de TAtlas, qu'Abd-el-Kader avait fait fortifier à loisir ; après avoir parcouru cette longue route et forcé cette position, Tarmée devait se rendre à Médéah, Toccuper, y laisser une garnison, et revenir à Biidah en repassant le col de Téniah. I^e chemin de Miliana était le même jusqu*àHaouch-Mouzaïah; mais de là il fallait redescendre plus avant dans le sens du cours du ChéUf, pour atteindre cette ville.

La colonne expéditionnaire partit de Biidah le 25 avril 1840: elle se composait des deux divisions, commandées. Tune par M. le duc d'Orléans, qui avait voulu prendre sa part de périls et de gloire dans une campagne véritable; l'autre par le général deRumigny, avec une réserve dont le maréchal conmiaiidant en chef avait voulu garder plus spécialement le direction. Après une marche plusieurs fois inquiétée par la cavalerie de l'émir, qui commandait ses troupes en personne, le maréchal reçut, à la gorge de l'Oned-Djer, la nouvelle que les Arabes avaient attaqué Cherchell, récemment occupé par nos troupes, et où nous avions une garnison commandée par le lieutenant^M^lonel Gavaignac, dont la fermeté militaire était connue, et qu'un détachement d'Arabes avait fait invasion dans le Sahel. Cette nouvelle lui fit modifier son plan. 11 résolut de manoeuvrer pendant quelques jours entre la Chiiïa et l'Oued-Djer, de se diriger sur la cMe dans la direction de€herchell, et d'aller prendre,

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dans cette ville, un renfort de deux mille hommes que le commandant d'Oran reçut Tordre d'y envoyer par mer, puis de marcher avec ce renfort vers le col de Téniah.

Ce ne fut que le 12 mai 1840, jour qui devait laisser une date glorieuse dans nos annales militaires» que noire armée, après des marches et des contre-marches pénibles, mêlées d'enga* gements, se trouva "en mesure de tenter le passage diiBcile du col de Téniah. Le col n'est abordable, en venant de Mouzaïah, que par la crête orientale, dominée tout entière par le piton de Mouzaïah. Âbd-el-Kader, depuis six mois, avait fait exécuter de grands travaux pour le rendre inattaquable. Des redoutes reliées ensemble par des branches de retranchements couronnaient tous les saillants de la position, et, sur le point le plus élevé du piton, un réduit presque inaccessible avait été construit. Les crêtes environnantes avaient été également couvertes de redoutes, et le col lui-môme avait été armé de batteries. Enfin Témir avait réuni sur ce point toutes ses troupes régulières. Les bataillons d'infanterie de M^déah, Miliana, Mascara, Sébaou, avaient été appelés, et les Kabyles de toutes les tribus des provinces d'Alger et de Titery avaient été convoqués pour défendre une position regardée comme la plus importante de l'Algérie.

« M. le duc d'Orléans, dit le maréchal Valéedans son rapport officiel, fut chargé d'enlever la position avec sa division. Le 12 mai 1840, à quatre heures du matin, il commença son mouvement. A midi, il fit faire tête de colonne à gauche au général Duvivier. Les troupes s'élevèrent vers le piton par un terrain d'un accès extrêmement difficile et sur lequel elles ne pouvaient cheminer qu'en s'9idant avec leurs mains. Ce fut un solennel moment que celui où ces braves soldats, dont un si grand nombre ne devaient plus nous revoir, s'éloignèrent pour accomplir une des actions de guerre les plus brillantes de nos annales d'Afrique. Nous étions calmes cependant, car à leur tête marchaient le général Duvivier, le colonel Changamier et tant d'officiers qui, quoique jeunes encore, ont déjà des noms connus dans l'armcc. »

Le général Duvivier, ayant sous lui les colonels Changaroier et Gentil, commandait la première colonne de la première division. Cette colonne était formée de deux bataillons du ^ léger, d un bataillon du 24* et d'un bataillon du 41* de ligne; die était destinée à s emparer du grand pic de Mouzaîah, appelé par les Arabes Bjebel-Enfbus. Le colonel Lamoricière commandait la deuxième colonne \ composée de deux bataillons de zouaves, du bataillon des tirailleurs et d'un bataillon du 15* léger. Elle étail destinée à se portfir vers les crêtes, lorsque le mouvemeal de la première serait dessiné, mais en prenant moins à gauche. Le général d'Houdetot commandait la troisième colonne, eomposée du 23* de ligne et d'un bataillon du 48*. Elle devait suivre la route tracée qui conduit directement au col. Le quartier général était avec cette colonne. La deuxième division et le 17' léger, commandé par le colonel Bedeau, étaient chargés de couvrir le mouvement de la première.

La première colonne passa entre le contre-fort principal du grand piton de Mouzaîah, défendu par trois retranchements successife, et le contre-fort d'un piton plus petit, situé à Test du premier et armé d'une batterie, tourna les retranchements en essuyant un feu meurtrier, et, après avoir repris haleine à la foveur d'un nuage qui, traversant ces régions aériennes, la cacha un moment aux regards de l'ennemi, elle reprit sa marehe asc^sionnelle, et couronna les crêtes placées immédiatement au-dessous du piton. Assaillie à la baïonnette par une résene d'inlanterie régulière, elle culbuta et détruisit presque entièrement cette troupe par son choc irrésistible. Restait le piton couvert par trois retranchements et couronné par une redoute. De toutes les positions, c'était la plus formidable. DeuK bataillons de réguliers et des masses de Kabyles la défendaient. La charge battit sur toute la ligne. « Le 2*, électrisé par l'exemple de ses officiers et entraîné par la vigueur du colonel Ghangamier,

* On lit dans le rapport du maréchal Valée : € Le capilaine de Crény a continuellement marché à la tète de la deuxième colonne. »

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iiii le maréchal Yalée, se'précipita sur les retranchements. Les redoutes furent enlevées. Les Arabes qui occupaient le pic voulaient essayer un retour offensif; mais, abordés eux-mêmes avec une vigueur peu commune, ils furent culbutés dans les ravins, et le drapeau du T léger, si connu en Afrique, flotta glorieuse* ment sur le point le plus élevé de la chaîne de TAtlas^ »

Pendant cette marche victorieuse de la première colonne, la seconde opérait son mouvement, a A trois heures, dit le maréchal Yalée, nous arrivâmes à une arête boisée qui prenait naissance à droite du piton et par laquelle je prescrivis de faire gravir la deuxième colonne. Le colonel Lamoricière s*élança vigoureusement à la tête des zouaves, que toute la colonne suivit. Ces braves soldats montèrent péniblement sur une pente d'un accès presque impraticable. Une première redoute iiit débordée et occupée rapidement, une autre enlevée par le premier bataillon des zouaves, et la deuxième colonne se trouva séparée, par une gorge à pentes abruptes, d'un troisième retranchement d'où l'ennemi dirigea contre elle un feu de deux rangs à demi-portée de fusil. Nous eûmes un moment d'anxiété pénible; mais bientôt nous entendîmes la marche du â* lég^ qui débouchait sur les derrières de l'ennemi. Les zouaves arrivaient alors au pied du retranchement; par un élan d'enthousiasme, ils s'y précipitèrent, et, quelques moments après, les deux colonnes faisaient leur jonction. »

Ce fut nn beau et dramatique instant que celui où le chant guerrier des clairons du S*, arrivant aux oreilles de la seconde coloime, placée dans une position difficile, lui annonça, comme à toute l'armée, que l'ennemi était tourné par le colonel Changarnîer. Le sort de la journée était fixé. La jonction une fois faite, le général Duvivier dirigea vers le col les deux colonçes •réunies. Elles enlevèrent en courant une dernière redoute, et, suivant toujours les crêtes, arrivèrent au col, que les Arabes évacuèrent à leur approche. La troisième colonne, qui s'était

-* Rappoit du maréchal V8l<5c. JloniUur,

mise en mouvement par la route, au moment où les troupes d» deux premières colonnes paraissaient sur le mamdon le plus voisin du col, y arriva presque en même temps, et Ton vil K duc d'Âumale donner son cbeviil au brave colonel deGues>il- 1ers, btigué par cette marche pénible, et courir à la télé h grenadiers, pour atteindre un des premiers le but vers lequel on se précipitait. Les Kabyles et les Arabes réguliers se mirent alor^ en pleine retraite du côté de Miliana; les irréguUers se diq>ersèrent. Pendant que la première division s'acquittait d une manière si brillante de sa tâche, la seconde avait eu à repousser des attaques très-vives de détachements arabes et kabyles, qui l'abordèrent en arrière et sur les flancs.

Le passage était emporté. Le maréchal Yalée put marcher vers Médéah et l'occupa sans résistance; il y laissa le général Du vivier à la tète de deux mille hommes. Mais Toici ce qui caractérise cette période de la guerre, dans laquelle on triomphait de Tennemi sans parvenir à le détruire : au retour, on trouva Abd-el-Kader prêt à prendre Voflensive^ L'arrière-gardi' fut vivement attaquée sur la route de Miliana avant d*ctre arrivée au col de Téniah. a Le colonel Bedeau, du IT"" léger, dit M. Pélissier de Renaud, fit face partout et se dtfendit avec autant d'habileté que de valeur*. » Le combat fut long, achamt*. sanglant. L émir avait plusieurs bataillons réguliers à gauche de la route, un corps d'infanterie à droite sur les bords delà Chilfa; sa cavalerie était à gauche du bois de Zboudj-Lazara. U IT léger eut, dans les premiers moments, toutes ces forces sur les bras. Il soutint vaillamment cette lutte disproportionnée et repoussa toutes les attaques à la pointe de ses baïonnettes. Plu> tard, secouru, il prolongea ce combat d*àrrière-garde pendant

* Salluste a décrit, il y a bien des si^es, celte guerre : c Eo tempore Jugurlha per collis soqui, tempus aut locum pugnae quœrere; modo se Hetello. interdum fifario se ostendere; postremos in agmine tentare, ac statini in coh regredi; nirsiim aliis, post aliis minitari ; nequc pra^lium facere, nequeotiunt pati, tantummodo hostcm ab incepto retinere. » (De belle Jtigurlh.)

* Annales algérienneSy tome II, page 390 (deuxième édit., 1854).

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plusieurs heures, en gravissant la route qui conduit au col. Quand nous fûmes arrivés aux deux tiers des hauteurs, près de la mine de cuivre qui se trouve sur la route, Tennemi lâcha prise. Le maréchal disait, en rendant compte, dans son rapport, de cette action brillante : « Dans cette mémorable journée, le 1 T léger, commandé par rhabile colonel Bedeau, et le deuxième bataillon des zouaves, sous le commandement du brave commandant Renaud, se sont couverts de gloire ^ »

Abd-cl-Kader, presque toujours battu, et reparaissant le lendemain de sa défaite; des pointes rapides et hardies, victorieuses, suivies, pour nos colonnes, de retraites pénibles, inquiétées par les retours offensifs de Tennemi ; des ravitaillements difficiles exécutés par des colonnes expéditionnaires, qui traversent des contrées peuplées de tribus d'une soumission équivoque ou d*une hostilité déclarée : voilà l'histoire des premiers temps de cette guerre, féconde en souvenirs militaires, auxquels se rattachent glorieusement les noms déjà connus de Duvivier, Changarnier, l.amoricière, Bedeau, et celui de Gavaignac, alors lieutenant-colonel, qui commence aussi à être répété. C'est l'histoire de l'expédition de Miliana, comme celle de Médéah, avec quelques modifications de détails, quelques variations dans les saisons, dans la disposition des lieux, quelques épisodes de plus ou de moins, mais au fond c'est la même guerre. L'esprit de nos officiers s'aiguise, leur coup d'oeil s'exerce, leur jugement militaire se forme dans ces expéditions continuelles où il faut à la fois, prévoir et pourvoir, combiner ses opérations en vue des difficultés connues, et aviser à la difficulté inopinée qui surgit tout à coup.

Quelques hommes commencèrent dès lors à sortir du rang. Ainsi, au premier ravitaillement de Miliana (le 20 juin 1840), le maréchal Valée , quoiqu'il y eût plusieurs généraux dans son armée, chargea le colonel Changarnier d'exécuter, à la tête d'une colonne de 5,000 hommes, cette opération nécessaire et difficile,

* Moniteur de juin 1840.

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peudaatqu« le reste de Tannée, harassée par une longue marche, prendrait quelque repos à Médéah. C'était le plus grand houoeur qu'on pût faire à un militaire ^ Le colonel Changamier s'en montra digne par la manière dont il s'acquitta de sa mission. Parti avec un immense convoi, le commandant de la colonne expéditionnaire, qui avait choisi le capitaine de Crény pour chefd'état^major, déroba d'eux marches à Abd-el-Kader, en faisant simuler à son arrière-garde un mouvement sur Blidah, ce qui décida l'émir à engager son infonterie dans cette direction; elle fit ainsi trois lieues, et se trouva séparée par un espace de six lieues de la colonne française, qui avait toujours marché, ce qui permit à celle-ci d'arriver sans engagement à Miliana, qu'elle atteignit le soir du deuxième jour. Comme l'avait prévu et désiré le colonel Changamier, elle ne Ait attaquée qu'au retour, après s'être débarrassée du convoi. Tout se borna a des combats vils, mais partiels. Abd-el4(ader ne voulait pas engager à fond se$ troupes. Le cinquième jour, l'expédition était terminée avec ua

* On était au col de Téuiah. en marche versMédcah, k une journée deBliilah, où Ton avait envoyé chercher les provisions et les munitions nécessaires poor iniTitailter Miliana. La chaleur était accablante; Tarmée, qui avait fait, le mois précédent, Feipédition de Mëdéah (en mai i840), et qui venait de £ûre, aa commcncemout du mois de juin, celle de Miliana, qu'elle avait récemment quitté en y laissant un approvisionnement incomplet, était très-fatigiicc. On pensait généralement qu'il serait imprudent de retourner immédiateniait à Miliana. Le maréchal Valéc fit venir le colonel Changamier, qui le troura assis au col même de Téniah. Il le questionna sur le moral de Tarmée, et lui communiqua les obsenalions qui lui avalent été faites, en Finterrogeanl sur le* dispositions du S* léger.

« Mon régiment fora ce que vous lui commanderez, et tous les autres régiments en feront autant, • répondit le colonel Changamier. Puis, le marécy Valce rayant questionné sur le parti qu'il trouvait le meilleur : retourner à Alger pour faire reposer les troupes, et différer le ravitaillement , ou le faire îjnmédiatcment, le colonel n'hésita pas à répondre que le second parti lui paraissait meilleur. « Si l'en retournait h Alger, la distance étant de 30 lieues, on allongeait de 60 la marche que les troupes avaient k faire pour ravitailler Miliana. Or, en calculant le temps que prendraient l'aller et le i-etour, etcB ti^nant compte de l'époque où il faudrait nécessairement ravitailler MiliaMj dont les vivres seraient épuisés dans un mois, on ne pourrait donner aux trou* pcs que dix ou quinze joui-s au plus de repos. C'était tout juste de quoi détendre

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ARRIVÉE DU MâRÉCQâL BDGEAUD. 587

succès complet. C'est ainsi que ce brillant officier, pour qui les difficultés étaient une occasion de développer des facultés militaires de premier ordre, se sentait plus à Taise en montant, comme les natures destinées au commandement. Il avait mis dixsept ans à parvenir du grade de sous-lieutenant à celui de chef 4le bataillon, et ne devait en mettre que quatre et demi à parvenir du grade de chef de bataillon à celui de lieutenant général. Le maréchal Valée ne conserva pas ses fonctions au delà de la fin de Tannée 1840. Malgré des fautes réelles, il laissa des souvenirs à jamais honorables en Afrique par Técole de haute probité militaire qu'il groupa autour de lui, par la manière intelligente dont il organisa la province de Constantine, et la vigueur avec laquelle il rétablit les affaires que son désir de prolonger la paix de la Tafha et sa confiance peu motivée dans la durée de cette paix, après Texpédition des Biban, avaient un moment compromises. Quand il se retira devant le général Bugeaud, désigné pour lui succéder, la supériorité de nos armes

leurs nerfs. Elles étaient actuellement en haleine, il fallait en profiter. Quand les soldats sauraient qu'on les faisait marcher pour aller au secours de leui*s ramarades, ils useraient leurs jambes jusqu'aux genoux. »

Le maréchal exprima au colonel Changarnier sa satisfaction de lui entendra si bien soutenir une opinion qui était déjà la sienne, c Montez à cheval, lui ditil, reprenez le commandement de votre brigade; et quand tous aurez établi votre bivac au bois des Oliviers, vous viendrez me joindre. • Dès que le colonel Changarnier parut, le maréchal lui demanda «'il avait bien réfléchi à la conversation qu'ils avaient eue, et s'il persistait dans son opinion. — « Plus que jamais, repondit le colonel Changarnier ; je n'en doute pas, vous roussirez. — Mais sommes-nous assez nombreux ? Âbd-el-Rader a reçu des renforts. — Vous avez assez de troupes, vous passerez paiioul, et vous battrez tout ce qui se présentera. » Le maréchal répondit alors : «Je suis mal portant, c'est vous 4|ui commanderez, pai^e que vous avez confiance. •

Le colonel Changarnier demeura très-surpris. Il fit remarquer au maréchal Valée qu'il y avait là plusieurs officiers supérieurs en gi*ade. « Peu m'importe, répliqua brusquement le maréchal, vous êtes l'homme de la diose ; ma décision est prise, vous commanderez. Maintenant laissez-moi dormir, et allez von? coucheji »

Ce ne fut que le lendemain, à Médcah, qu'on apprit, par un ordre du jour, 4[nc le colonel Changarnier prendrait le commandement d'une colonne qui contenait, en réalité, tout ce qu'il y avait de valide dans Tannée.

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58i{ TABLEAU DE LÀ CONQUÊTE DE L ALGERIE.

était évidente, et Abd-el Eader avait été battu partout où il ïTait accepté le combat. Mais il était loin d'être soumis. On Ym\\ souvent vaincu sans avoir encore trouvé le genre de guerre qui devait user sa puissance. 11 était réservé au général Bugeaud d'introduire cette guerre en Afrique.

Le nouveau gouverneur, trop déprécié d'abord, trop exalté d^ puis, comme il arrive dans les temps de révolution, se présentait sous les auspices d'un fâcheux souvenir : il était l'auteur du traili' de la Tafna. Mais, en revanche, il apportait des avantages qui le rendaient propre à la tâche qu'il avait à remplir. Son esprit. sans être très-vaste, était lucide, ferme et plein de ressoura». C'était un homme d'expérience militaire et de bon sens pratique, quoique cherchant le paradoxe dans la discussion; trivial, souvent à dessein, dans la forme, mais d'une sagacité rare, d'une intelligence essentiellement applicable; cachant une finesse et une pénétration remarquables sous une rude enveloppe; <Id reste, énergique et infatigable dans l'action, ayant plusieurs des qualités éminentes de Thomme de guerre, clairvoyant dans ^'i^ plans, tenace, énergique dans ses entreprises, capable cependant de commencer des fautes et ne pas les achever. Bon pour le soldat, du bien-être duquel il se montrait préoccupé, et auquel il savait inspirer la confiance; moins agréable aux chefs qui commandaient sous lui, et qui le trouvaient trop personnel et d'un commerce peu sûr, ayant les vertus intellectuelles du ohdmandement plutôt que les vertus morales qui les rehaussent, et compensant, par la rectitude de son jugement, les InconTt'nients de son caractère sans les corriger; un de ces hommes qui n'imposent a leurs coopérateurs ni le dévouement ni l'aliec' tion, mais celte considération qu'on ne peut reftiser à wn sens puissant et à une nature vigoureusement trempée. En outre, !«' général Bugeaud, plus agréable au gouvernement que le maachai Yalée, devait obtenir des forces refusées à son prédécesseur. Le maréchal Valée n'avait disposé que de 63,591 hommes, dkséminés dans toute l'Algérie, ainsi qu'il suit : à Alger, 50,738: à Oran, 15,260; à Constantinc et Bône, 17,595. Le général

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