ARRIVÉE DU MÂRÉGUAL BUGEAUD
Bugeaud devait peu à peu obtenir plus de 100,00U hommes.
Dès son arrivée (22 février 1841), le général Bugeaud déclara, dans une proclamation, que ses idées sur F Algérie étaient changées. Bientôt il fit mieux que le déclarer, il le prouva par ses actes. Lors de sa première apparition en Afrique, il était pour Toccupation la plus restreinte et ne voyait qu'une chose à faire en Algérie : sauvegarder Thonneur de nos armes, et se borner à occuper quelques points du littoral. Même dans les premiers instants de son arrivée à Alger comme gouverneur général, il inclinait pour Tévacuation de Ghelma, de Sétif et, si nous sommes bien informé, de Médéah et de Miliana; mais sa campagne de 18 il modifia profondément ses vues. Il vit les choses par lui-même, et, avec cette perspicacité qui était un des mérites de son esprit, il comprit comment il fallait combattre en Algérie pour arriver au succès. Il conçut dès lors le plan de cette guerre d'une activité sans pareille, guerre perpétuelle, permanente, qui, poursuivie sur tous les points à la fois, devait finir par fatiguer Tinfatigable Abd-el-Kader lui-môme, et lasser les tribus insoumises par la dévastation de leurs terres et la perte de leurs troupeaux.
La grande difficulté n'était pas tant débattre Abdel-Kader que de Tattcindre. Nous étions plus forts que lui, nuiis il était plus léger que nous; il passait où nous ne passions pas. Sous le maréchal Clausel , notre armée, traînant avec elle les pesants charrois et tout Tattirail des armées européennes, était obligée de suivre les grandes voies. Les Arabes savaient donc par où ils seraient attaqués, et les tribus nomades, qui ne laissaient point de villes derrière elles et n'offraient point de prise, pouvaient, quand elles le voulaient, se dérober à une attaque prévue, en traversant des terrains inaccessibles à nos troupes ^ Le général Bugeaud changea les conditions de la guerre. Il importa et développa en Algérie le système inauguré en Catalogne, pendant les guerres de l'Empire,
* Salluste parle des Numides comme ayant le même avantage sur les Romains : Nostros asperitas et insolentia loci retinebat.
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par le maréchal Gouvion SaiiTt*Cyr, quand celui-ci alla appuyai Macdonald. 11 renonça à rarlillerie de moni^ne, ci fit tout porter à dos de mulets, l'arUllerie de montagne, les TÎvres. Ic^ munitions. On pnt donc suÎTre partout les Arabes, les soitti' rite, arriver par où Ton voulait, par où Ton n'était pas attendo trois conditions essentielles pour les atteindre et les surpraidn* Un de ses plus briOants lieutenants, le générai Lamoiîci^r?. perfectionna encore ce système. Les Arabes avaient une dcmitrv supériorité sur nous : ils ne portaient pas leurs vivres avec fui A ceux qui demandèrent comment nous pourrions vivre s.12.emporter de vivres, le général Lamoricière répondit : c Lr^ Arabes le font bien; nous ferons comme eux. » Les Arabes p«vaient se dispenser d'emporter des vivres, parce qu'ils trouvairf : du grain dans leurs silos, greniers souterrains dont ils conna> saient l'emplacement. Nous eûmes donc une difficulté de plo.^ '-• vaincre: il fallut découvrir les silos des Arabes. Cette dinîco.î> n'arrêta point le général Lamoricière. On le vit partir, aveenn^ colonne qui n'avait que quatre jours de vivres, et tenir la campagne pendant vingt-deux jours. Il fit ajouta seulement âb fourniment ces petits moulins à bras en usage parmi les Arakv nos soldats manutentionnèrent eux-mêmes leur galette aprê^ avoir découvert le grain. Pour opérer la découverte des siki^ on formait sur un espace d'une ou deux lieues une chaioe i soldats qui s'avançaient en fouillant la terre avec des bagnettf^ de fusils et des pointes de sabres, jusqn'à ce qu'on eût renrontp la pierre qui, placée presqu'à fleur de sol, recouvre l'entrée i ^ silos. Alors chacun, se mettant à l'œuvre avec son moulin, réduisait le grain en farine, et bientôt la galette était pétrie. Les sili*^ fournissaient le grain; la razzia, quand on trouvait rocc<iH'>!< d'en faire une, fournissait la viande ; on n'avait plus besoin d'approvisionnement ^. On vivait moins bien, sans doute, mais au marchait plus vite, et l'on se consolait, en battant les Arabes.
^ Détails communiqués pal* M. le marquis de la Gutche, ancien aide à^ camp du général Lamoricière.
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ISOUVKAU SYSTË5IE DE GUEnRE. 591
de^ mauvais repas qu'on avait faits. 11 y a bien des siècles que Tacite a écrit : a Tout ce qui manque aux soldats, ils le trouvent dans la victoire. »
Avec ce nouveau système de guerre, le problème de la réduction de TAlgérie était résolu, et il n y avait plus là qu'une question de temps. Pour avoir raison d'un peuple, en effet, il faut pouvoir mettre la main sur ses intérêts. Dans un pays civilisé, il suffit de s'emparer des villes; les habitants, attachés au sol par leurs habitations, ne peuvent emporter leurs richesses. Les Arabes, tribus de pasteurs pour la plupart, campées sous des tentes et toujours prêtes à les reployer avec une merveilleuse rapidité pour s'enfuir avec leurs troupeaux, ne pouvaient être soumis par les mêmes moyens. Leurs intérêts mobiles étaient plus difficiles à atteindre. Ce n'était que par des pointes rapides, des razzias inattendues, des poursuites à vol d'oiseau, des battues militaires qui ne leur laissaient ni repos, ni trêve, ni refuge, qu'on pouvait contraindre ces ennemis presque insaisissables à accepter notre domination .
Les premières opérations du général Bugeaud,en 1841, furent des ravitaillements ; c'était une des nécessités de la guerre. 11 fallait sans cesse porter des munitions et des vivres aux points fortifiés de la province de Titery et de celle d'Oran, occupés par des garnisons au milieu d'une campagne peuplée de tribus ennemies. Il fallait intimider celles-ci, rassurer le petit nombre de tribus qui nous étaient favorables, en leur montrant notre puissance et en battant devant elles les tribus à l'aide desquelles Abdel-Kader ralliait par la terreur h son drapeau les populations disposées à préférer la paix à la guerre ; enfin il fallait détruire les postes fortifiés occupés d'une manière permanente par Témir. De là vient que la province d'Oran fut le théâtre le plus habituel et le foyer le plus incandescent de cette lutte acharnée. Là étaient les principaux établissements d'Abd-el-Kader; là résidait la puissante et belliqueuse tribu des Hachem \ qui, pro-
^ Le général Lamoridère évaluait à 10,000 hommes les forces des Hachem. (Annales algériennes, tome 111, page 40.)
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:,92 TABLEAU DE LA CONOUÊTii DE L'ALGÉRIE.
fondement dévouée à sa cause, était, on peut le dire, le lien qui nouait le faisceau des tribus soumises à sa domination *. Il bllait briser ce lien pour détruire Tunité arabe qu'Abd-el-Kader avail créée. Le caractère de cette guerre difficile était donc celui-ci . nous avions à défendre contre les tribus d*Abd-el-Kader les tribus qui avaient accepté notre domination, et qui étaient le point de mire des attaques et des razzias des tribus indépendantes; car, mal affermies dans leur obéissance, elles y renonçaient faclement dès qu'elles ne trouvaient pas dans nos armes la protection dont elles avaient besoin ; nous avions à réduire les tribns indépendantes, à les détacher d'Abd-el-Kader par les défîiite^ successives que nous lui infligions; enfin il fallait atteindre d abattre ce drapeau vivant de Tindépendance arabe.
La première phase de cette lutte remplit les années 1841. 1842 et 1843. Le maréchal Bugeaud, c'est dans cette deniièn* année qu'il obtint le titre de maréchal, déploie une aclivité prodigieuse et une intelligence militaire remarquable. Il est digne ment secondé par les généraux Ghangarnier, Lamoricière, Be deau, qui conquièrent leurs grades dans cette période laborieu.^et deviennent des hommes de premier plan. On retrouve à chaque instant leurs noms dans les bulletins de cette époque V
* Détails communiqués par M. le mai^uis de la Guiche, ancien iiide<:c camp du général Lamoricière.
* c Au débouché des montagnes, écrit le gouverneur général, dans le npport du 3 avril 1841 , en rendant compte du ravitaillement de Hédéah, Tarrièro-gardc a été brusquement attaquée par le bataillon de Barkam, ex-beyi^- Médéah. Surprise dans le fourré, elle a perdu quelques hommes; mais le colonel Bedeau, qui s'y trouvait, lui ayant fait reprendre rofrennve, a refoulé^ voment Teunemi, qui, à son tour, a éprouvé des pertes considérables. »
Le lendemain 4 avril 1841 , le général Ghangamier, qui, depuis la reprise de^ hostilités, avait été chargé de la partie la plus active de la guerre, comme le disent les Annales algériennes, est nommé h son tour. « Au moment où ^ convoi déchargé montait au col, dit le gouverneur général, rarrière-gank conunandée par M. le général Changarnier, a été vivement attaquée au hù^ des Oliviers, en queue par la cavaieiie, h gauche par les bataillons ^êgulie^ d'Abd-el-Kader. Oette arrière-garde a vaiUarament soutenu le combat, qà i failli nous coûter cher; car le gén«.Hral Changarnier a reça dans Tépaale vof
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Après avoir opéré les ravitaillements nécessaires, le gouverneur général (juin 1842) alla détruire Takdemt, très-probablement le Gadum-castra des Romains, dont Témir avait commencé, dès 1836, à relever les ruines pour en faire le centre de sa domination. Le général Lamoricière, qui avait mis deux mois à préparer cette campagne, conunandait une division ; le duc de Nemours commandait l'autre. L'armée expéditionnaire atteignit son but sans pouvoir amener Abd-el-Kader à accepter un engagement décisif^.
Tandis que le gouverneur général renversait Takdemt, dans la province d'Oran, le général Baraguay-d'IIilliers, son lieutenant à Alger, opérant à la tète d'une colonne de 9,000 hommes dans la province de Titery, allait détruire dans la vallée du Chélif, Boghar et Ksar-el-Boukhari où Témir faisait confectionner des habillements pour ses troupes, depuis que nous nous étions emparés de Hédéah. Le général Baraguay-d'Hilliers, qui pendant toute cette période fit activement la guerre, se porta ensuite sur Thaza, située plus à l'ouest, et où l'émir avait un fort assez bien construit, des moulins, des manutentions et des magasins. Les Arabes, désespérant de pouvoir défendre ces points, les avaient évacués. On envoya à Paris une plaque de marbre, placée audessus de la porte du fort et portant une inscription ainsi con-
blessurc qu'on a crue d*abord mortelle ; mais la balle ayant été eitraite, le général s'est bientôt remis à la tête de sa troupe, qu'il n'a pas voulu quitter de^ puis. •
*■ Le gouverneur général disait dans son rapport : « Monseigneur le duc de Nemours a été, comme dans la division d'Alger, ce qu'un prince de sa race doit être ^ l'armée : un exemple et un stimulant pour tous. M. le général Lamoricière m'avait rendu les plus grands services dans les préparatifs de la guerre. Il a prouvé que le soin si important des détails d'organisation et d'administration pouvait s'allier avec l'ardeur et le courage qu'il montre en toute occasion, t
Parmi les noms cités dans ce rapport, on remarquait encore ceux du lieute> nant-colonel des zouaves, Cavaignac du chef de bataillon Walsin-Esterhaz}-, du lieutenant d'état-major de la Guiche, et enfin celui de M. de Corcelles, membre de la Chambre des députés, qui avait accompagné la colonne expéditionnaire, fl en assistant, disait le rapport, k tous ses engagements. »
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Ô9i TABLEAU DE LA CONQUÊTE DE L'ALGÉRIE.
a çue : Cette ville de Thaza a été construite et peuplée par le prince des Croyants, le seigneur El-Hadj-Abd-el-Kader (que Dieu le rende victorieux !) Lors de son entrée il a rendu témoignage à Dieu de ses œuvres et de ses pensées, et a dit : <i Dieu m'est léc( moin que cette œuvre m'appartient et que la postérité en con- (( servera le souvenir. Tous ceux qui se rapprocheront de moi et « viendront sur nos terres heureuses, recherchant avec empressea ment la paix et la tranquilhté, trouveront après moi et jusqu'à « l'éternité l'exemple de mes bonnes œuvres et de mes bien£aiits. b
L'annaliste de l'Algérie, après avoir cité les termes de cette suscription, ajoute avec un grand sens : «c Le plus grand mal ({ue nous ait fait Abd-el-Kader a été de nous mettre dans la nécessité de ne représenter un moment, qu'une idée brutale, ime idée (le destruction, tandis qu'il représentait une idée morale, uni* idée d'organisation ^ » C'était là le tort du traité de la Taina, dans lequel le général Bugeaud avait consenti à laisser un autre l)âtir sur la table rase où nous voulions construire nous-mêmes. 11 fallut détruire son édifice avant d'élever le nôtre.
C'est pendant la campagne de 1842 et dans celle de 1845 qu4> les grands coups lurent portés à Abd^l-Kader, dans les provinces d'Alger et de Titery, et dans celle d'Oran, ou était le cœur de sâ puissance. Dès le commencement de cette année, le gouverneur î^cncral, y défaisant, les armes à la main, ce qu'il avait iaît par le traité de la Tafna, avait encore enlevé Tlemsen à l'émir et y avait placé le général Bedeau. Sur un autre point de la province, le général Lamoricière, établi à Mascara, avait réussi, par les prodigieuses ressources de son imagination, à y nourrir une division de 6,000 hommes. C'est alors qu'il appliqua ce hanii système de guerre dont il a été parlé, et qu'il tint la campagne, vingt-deux jours de suite, avec une troupe qui n'avait empoiit' que quatre jours de vivres. Sa présence sur ce point et ses excursions continuelles, ses combats heureux, eurent pour résultat de séparer Abd-el-Kadcr des tribus situées entre Oran, Miw
< M. E. Pélissier de Renaud (Annales al§éyienneSt Ume If, page 468^.
<'ara et Mostaganem, et de rendre possible leur soumission. Le général Bedeau, avec la division de Tlemsen, opérait contre rémir lui-même : celui-ci, ne pouvant se résigner à s'éloigner d'une contrée voisine du Maroc, qui lui fournissait un appui moral, souvent même des accours matériels, s'était réfugié dans les montagnes des Trara. Dans les mois de mars et d'avril 1842, le chef de la division de Tlemsen fit éprouver à l'émir Irois échecs successifs*. Le dernier (29 avril 1842) obligea Abdcl-Kader à quitter le pays et à se rabattre sur Mascara, où le général Lamoricière était sur le point de réduire les Hachem. Le général Bedeau, selon les paroles de l'annaliste de l'Algérie, avait à la fois vaincu l'émir par les armes et par sa politique. Des le début de la campagne, il avait réussi à inspirer assez de confiance aux habitants de Nedroma, ville kabyle de près de cinq mille âmes, située sur le versant septentrional des montagnes, et qui domine le pays des Souhalia, pour les décider à l'attendre dans leurs murs au lieu de les quitter. 11 reçut leur .soumission, leurs otages, et tint scrupuleusement les promesses qu'il leur avait faites. Cet esprit conciliant et plein d'équité, joint à un talent remarquable d'organisation, fut une des forces du général Bedeau dans cette guerre. Il consolidait par la con* iiance et l'estime qu'inspirait sa parole, qui valait un traité, les succès obtenus par sa glorieuse épée. « Débarrassé de l'émir, dit l'annaliste de l'Algérie, le général Bedeau s'occupa aussitôt
^ U Fatteignit la première fois le 21 mars 1842, sur la Sikak, et le mit en déroute, i Le général fiugeaud écrivait h la date du 27 mai's 1842 (Moniteur d'avril 1842) le combat de la Safsaf-el-Sikak fait beaucoup d'honneur au général Bedeau. C'est avec trois bataillons qu'il a battu le gros l'asscmblcment conduit par AM-el-Kader. » L'émir avait présenté dans cette affaire 1,500 cavaliers et plus de 5,000 fantassins. Le 11 avril de la mémo année, le général Bedeau étant de nouveau sorti de Tlemsen, et, ayant réussi à attirer l'émir sur la rive gauche de la Tafna, le mit en pleine déroute et le poursuivit jusque dans la rivière; enfin, le 29 avril 1842, il atteignit et battit une troisième fois l'émir, qui, ayant réussi à réunir quelques milliers de Kabyles du pays des Msirda, Souhalia et Trara, était venu bloquer Nedroma, restée fidèle à notre parti.
à consolider par la paix ce qu'il avait obtenu par la guerre. La ville de Tlemsen sortit de ses ruines et se repeupla; de bonnes relations s'établirent entre les Français et les indigènes, faistruit de tout, mais assez sage pour discerner ce qu'il devait aiiecter ne pas voir, il ne tint jamais grand compte ni des exigences toujours exorbitantes des vainqueurs, ni de la mauvaise humeur cpielquefois irritante des vaincus. Par cette conduite supérieure aux petites passions, il parvint en peu de mois a Taire du pays le plus réi^emment conquis une des contrées les plus soumises de TAIgérie^ »
Le général Bedeau eut ensuite avec le kaïd marocain d'Oucheda une entrevue dont l'objet était de régler les différends qoi commençaient à s'élever entre nous et le Maroc. Comme notre intérêt n'était pas d'amener une rupture ouverte avec cet empire, il accepta le désaveu et les excuses du kaîd, qui protesta que son gouvernement avait ignoré les secours accordés à Abdel-Kader par les tribus marocaines, et qu'il avait pris les mesures nécessaires pour empêcher, à l'avenir, cette violation de la neutralité.
Au moment où la guerre s'apaisait dans la division de Tlemsen, elle se réveillait aux environs de Mascara, où la présence de l'émir suffisait pour détacher de nous les Hachem à moitié soumis. Le général d'Arbouville y commandait en l'absence du général Lamoricière, qui était allé refaire à Oran sa colonne fatiguée par cinq mois de la campagne la plus active. Mais, à la nouvelle de l'arrivée d'Abd-el-Kader , celui-ci précipita son retour. et, le 2 juin 1842, il rentrait à Oran. Alors commença une nouvelle poursuite des tribus qui nous avaient abandonnés pour se rallier à Abd-el-Kader. Le général Lamoricière, toujours infatigable, et le général d'Arbouville donnèrent la chasse à ce dernier, qui se dérobait et cherchait à surprendre nos colonne^ dans des passages difficiles, tiraillait avec notre arrrière-garde. et le plus souvent exécutait des razzia contre les tribus souniise>
* Atmales algirierme$, tome III, page i7.
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a la France. C'était une étrange guerre, dans laquelle Témir était presque toujours où nous n'étions pas, se glissant sur nos flancs pour nous inquiéter, derrière nous pour soulever les tri-^ bus ou pour les punir; quelquefois suivi de près, au moment d'être pris; toujours vaincu, jamais découragé; disparaissant pour reparaître, comme ces animaux de proie qui, déconcertant par un crochet la meute lâchée sur leurs traces, send)Ient queliiuefois poursuivre le chasseur. Cette course dura jusqu'au mois de septembre 1842.
Le gouverneur général déployait, de son côté, une activité in* fatigable. Il était parti le 14 mai 1842 de Mostaganem pour établir des communications par terre entre les troupes de la province d'Alger et celles de la province d'Oran, en suivant la vallée du Chélir, et le général Changamier, parti, par ses ordres, d'Alger avec sa division, marcha a sa rencontre et opéra sa jonction avec lui sur l'Oued-Rouina. Après cette jonction, le gouverneur général, voulant faire sillonner à nos troupes le plus de terrain possible, afin de montrer partout les armées françaises, prescrivit au général Changamier de se rendre sur la Chifia par le pays des Béni-Menacer, tandis qu'il se rendrait lui-même sur le même point par la route la plus directe. Ce lut comme une battue prolongée sur les montagnes de Soumata; elle amena la soumission de plusieurs tribus, entre autres les Mouzaiah, les Bou-Halouan, les Béni-Ménad, les Béni-Salah et les Hadjoutes. Le général Changamier, demeuré seul, continua pendant le reste de l'année ces courses militaires, soumettant les tribus sur son passage, recevant leurs promesses de fidélité, les organisant. Ce fut dans cette année qu'il fit une reconnaissance dans le Darha avec toute sa division et celle que le gouverneur général avait laissée sous son commandement. Cette reconnaissance fut plus complète que le gouvemeur général n'avait pu l'espérer. Le général Changamier, pénétrant le premier dans cette chaîne d'âpres montagnes, peuplée de Kabyles, dont les énergiques habitants rendaient l'accès plus difficile, la parcoumt tout entière, de l'embouchure de la Mina jusqu'à Cherchell, en passant par
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Tenez, Dans la province de Constantine, toute la partie centrale était demeurée paisible; il n'y avait eu un peu d'agitation qu'aux extrémités.
L'année 1845 fut décisive. En 1842, nous [occupions, suivant le plan présenté en 1855 par le maréchal Clausel, toutes les places centrales du Tell, que le traité de la Tafna nous avait fait abandonner, et toutes celles du littoral. Le maréchal Bogeaud fut conduit à penser qu'il était nécessaire d'établir sur les limites méridionales du Tell une seconde ligne de places, destinées à dominer les tribus extrêmes du TelLet à tenir en respect celles du Sahara, en leur ouvrant et en leur fermant à volonté la contrée d'où elles tirent- le grain nécessaire à leur existence. Les Romains avaient suivi le même système, indiqué par la nature des choses, et m Abd-el-Kader, dont l'intelligenci' devinait ce que la tradition nous apprend, avait eu la même pensée ^ »
Le fait le plus brillant de la campagne de 1843, pendant laquelle nos colonnes expéditionnaires ne cessèrent de sillonner, dans toutes les directions, les plaines habitées par les Arabes et les régions montagneuses occupées par les Kabyles, fut la prise de la Smala d'Abd-el-Kader par M. le duc d'Aumale. La Smala de l'émir, composée de trois cents douars présentant une population de plus de 520,000 âmes, dont 5,000 guerriers, campait aux sources deTaguin. Le duc d'Aumale, qui avait reçu l'ordre de chercher à la surprendre, en manœuvrant sur le haut Chélif de manière à s'appuyer sur Boghar, qu'il venait d'occuper commi^ base d'opération, battait la campagne avec la cavalerie de sa colonne, montant à 500 chevaux. II eut avis de la position de la Smala, cachée par un pli de terrain, lorsqu'il n'en ctaît plu^ qu'à un cpiart de lieue. Il fallait prendre rapidement une décision grave. Attaquer avec un corps de 500 cavaliers un camp qui, contenait 5,000 combattants, c'était sans doute un parti périlleux; mais il était plus périlleux encore de laisser à l'ennemi
* Annales algériennes.
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