‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 167 sur 192 · PRISE DE LA SMALA · texte numérisé non relu

PRISE DE LA SMALA

le temps de se reconnaître, car il conservait l'avantage du nombre, et on perdait celui de la surprise. Le duc d'Aumale adopta sans hésiter le parti le plus hardi, le plus noble et le plus sûr. Il lança sa cavalerie sur la Smala, et l'assaillit par trois cAtés à la fois, le colonel Morris par la gauche, Yousouf à droite, le prince au centre. Les Arabes ne purent se reconnaître ni se rallier et furent réduits à se défendre individuellement. Notre cavalerie, trop peu nombreuse pour tout prendre, fit une coupure dans cette ville nomade et chassa devant elle tout un quartier de la Smala, en laissant fuir le reste. « Il y eut 300 guerriers arabes tués; 5,000 prisonniers, hommes, femmes, enfants, quatre drapeaux, un canon et un immense butin, forent les trophées de la victoire V » L'infanterie du ducd'Âumale arriva le même jour, à quatre heures; elle avait fait trente lieues eu trente-six heures.

L'émir, après ce rude coup, reparut sur d'autres points; mais il trouva partout des colonnes prêtes à le poursuivre. Le général Lamoricière; le colonel Géry, homme de guerre intrépide, qui usa glorieusement les restes de ses forces et de sa vie dans cette poursuite acharnée, et qui fut deux fois sur le point de mettre fin à la guerre en prenant Témir; l'infatigable colonel Morris*, qui commandait la cavalerie du général Lamoricière, et le colonel Tempoure eurent la part principale dans cette course militaire qui fit perdre à l'émir ses meilleurs soldats, ses plus habiles lieutenants, et ne lui laissa plus qu'un parti à prendre, celui de se retirer sur les terres du Maroc.

Tout semblait indiquer que les avantages obtenus auraient cette fois des résultats décisifs. Le général Changarnier avait établi un camp permanent à Téniel-el-Had, clef des vallées par lesquelles on peut déboucher de l'ouest sur le Chélif, en suivant la corde du grand arc de cercle que décrit cette rivière au-des-

^ Annales algériennes^ Umoe liJ, page 71 .

* Ce fut dans un combat livré par le colonel Morris que le troropelte Escoffier mit pied k terre et donna son cheval au capitaine de Gotte, en risquant sa Tie pour sauver celle de son chef.

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sus de Miliana. Il avait ensuite refoulé une grande masse de Kabyles sur le grand pic de TOuenseris, où il les bloqua jusqu'à ce que la foim et la soif les obligeassent à se soumettre. Le général Bedeau, après avoir opéré dans le pays des Djaffira, avait établi sur l'Oued-Mekerra un poste-magasin qui lui permettait Je tenir plus longtemps la campagne. Le colonel Yousouf, envoyé dans le Sahara avec une colonne mobile, avait reçu la soumission d'un grand nombre de tribus. Enfin le gouverneur général s* était multiplié pendant cette campagne. 11 avait opéré contre les Kabyles de la division de Cherchell et déterminé, avec le concours des généraux Changarnier, de Bar, et le colonel Saint-Arnaud, la soumission des Béni-Menacer et des Béni-lle- Qades; puis il avait établi le camp permanent d'El-Asoam entre Miliana et Mostaganem, à quarante-cinq kilomètres de la ma*, à la hauteur de Tenez; un peu plus tard il avait dompté, avec le général Lamoricière, les Béni-Ouragh et reçu leur souaûssion sur rOued-Telata ; puis, après avoir poursuivi un des lieutenants de l'émir en avant de FOued-Ardjern, il s'était rendu à Tenez et s'y était embarqué pour Alger, où il trouva des lettres qui lui annonçaient qu'il était élevé à la dignité de maréchal de France.

On croyait, en France, l'Algérie pacifiée; le maréchal Bugeaud partageait cette opinion. 11 disait en effet, dans un banquet public, à la fin du mois de novembre 1843 : a Après la campagne du printemps, j'aurais pu proclamer que l'Algérie était domptée et soumise; j'ai préféré rester au-dessous de la vérité; mais aijyourd'hui je vous dis hardiment que la guerre sérieuse est finie. Abd-el-Kader pourra bien, avec la poignée de cavaliers qui lui restent, exécuter quelques coups de main sur les Arabes soumis de la frontière; mais il ne peut rien tenter d'important, a

Toutes les vraisemblances autorisaient ces paroles, et le général Changarnier, qui avait eu quelques difficultés avec le gouverneur général, était reparti pour la France. Mais le maréchal Bugeaud avait compté sans le génie fécond en ressources et l'inébranlable constance d' Abd-el-Kader, qui devait donner encore

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