GUERHE AVEC LE MAROC
bataillons et tonte la cavalerie commandée par le général Lamoricière. Avec des barbares, étrangers à toute notion du droit des gens, on ne pouvait se commettre sur la seule foi du drapeau parlementaire. L'événement le prouva, car à peine le général Bedeau et le chef marocain, laissant leur escorte en arriére et s'avançant Tun vers l'autre avec les interprètes, avaient-ils ouvert la conférence, que les cavaliers îrréguliers des Marocains s'approchèrent des parlementaires et commencèrent le feu, malgré les efforts d'El-Guennaoui. La conférence se trouva naturellement rompue. Nos troupes rétrogradèrent vers le camp, suivies par les Marocains, qui tiraillaient avec notre arrière-garde. Le maréchal Bugeaud, averti de ce mouvement, se porta à la rencontre des nôtres avec quatre bataillons, leur fit prendre l'offensive, fit attaquer Tennemi sur la droite par notre infanterie disposée en échelons, tandis que le général Lamoricière les chargeait par la gauche avec sa cavalerie. Les Marocains, mis en déroute, s'enfuirent en laissant trois cents des leurs sur le champ de bataille. Nos pertes furent légères, mais nous eûmes à regretter deux officiers de mérite et d'avenir, les capitaines de spahis Savary de Rovigo et de la Chèvre.
Cette double leçon ne suffit pas. En vam le maréchal Bugeaud etigagea-t-il une correspondance avec le chef marocain, afin d'obtenir la satisfection à laquelle la France avait droit. Celui-ci, ne pouvant pas faire la paix et ne voulant pas faire la guerre, rentra dans rintérieur du pays. Le maréchal Bugeaud, décidé à ne pas prendre sur lui la responsabilité d'une déclaration de guerre, ne s'aventura pas à le suivre, et, après avoir assuré l'approvisionne^ ment de son armée par le port de Djama-Ghazouat, il attendit que le gouvernement français eût pris une résolution. Cette résolution était subordonnée à l'ultimatum que M. le prince de Joinville, commandant de l'escadre française, avait fait signifier à l'empereur Mouley-Abd-er-Rahman. Cet ultimatum n'avait rien d'inacceptable; c'était le même que le maréchal Bugeaud avait formulé dans la lettre suivante, adressée à El-Guennaoui : « Nous voulons conserver la limite de la frontière qu'avaient les
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OOi TABLEAU DE LA CONQUÊTE DE L'ALGÉRIE.
Turcs et Abd-el-Kader après eux ; nous ne voulons rien de ce qui est à yous ; mais nous voulons que vous ne receviez plus Abd-el- Kader pour lui donner du secours, le raviver quand il est presque mort, et le lancer de nouveau surnous ; cela n'est pas delà bonne amitié, c'est de la guerre, et vous nous la faites ainsi depuis deux ans. Nous voulons que vous fassiez interner dans l'ouest de l'empire la dcira, les chefs qui ont suivi Abd-^l-Kader ; que vouslàssiez disperser ses troupes régulières, goum et asker, que vous ne receviez plus les tribus qui émigrent de notre territoire, et que vous renvoyiez immédiatement chez elles celles qui se sont réfugiées chez vous. Nous nous obligeons au même procédé » Totre égard si l'occasion se présente. »
L'Angleterre avait à peu près pris, auprès du Maroc, le mémo rôle qu'elle jouait quinze ans auparavant auprès d'Alger : ellf avait encouragé son mauvais vouloir et sa résistance. En outre, il était difficile à Houley-Abd-er-Rahman de braver le mécontentement des populations de son empire, favorables à Abd-el-Kafier. Notre ultimatum ne fut pas accepté. Le prince de Joinfille, qui venait prendre sa part du péril et de la gloire dans les guerres d'Afrique, bombarda le 6 août 1844 Tanger, dont il réduisit bientôt les batteries au silence. Le jeune amiral fit aussitôt voile pour Mogador, et arriva le 11 août devant cette place avec trois vaisseaux, une frégate, trois bricks et cinq vapeurs.
L'accès de Mogador, bâti à peu de distance d'une petite Ue située au sud-ouest, sur une pointe sablonneuse terminée par des rescifs, est difficile; ses défenses sont formidables. Une batterie de quarante canons couvrait la partie de la ville qui fait face à la haute mer ; la partie de la ville qui a vue sur l'ile était défendue par une batterie de seize canons, établie sur le continent, par une autre batterie de vingt-quatre canons et par une grosse tour construite sur les rescifs. L*ile en outre était occupée et fo^ tifiée. Le prince de Joinville prit son poste de combat dans l'endroit le plus dangereux, dans la passe qui sépare Tile du continent. Malgré la défense énergique des Marocains, qui se battirent avec courage, l'île fut enlevée ; ceux qui l'occupaient furent tufe
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BATAILLE DE LISLY. 605
ou pris, et le prince de Joinville, qui avait fait dans cette journée son devoir de chef et de soldat, y descendit de sa personne et y mit garnison. A cinq heures du soir le feu de la place était éteint.
Pendant que la marine française donnait cette leçon aux Marocains, le maréchal Bugeaud, averti par le prince de Joinville que les hostilités étaient commencées, gagnait la bataille de risly, le 14 juillet 1844. Ce fut une journée plus brillante que meurtrière. Sidi-Mohammed, fils de Tempereur, commandait le camp marocain, auquel il avait amené de nombreux renforts. Le maréchal Bugeaud, dès qu'il eut reçu la nouvelle de la rupture officielle, marcha droit au camp ennemi, établi sur les hauteurs de Djarf-el-Akhdar, à peu de distance d'Oudjeda, sur la droite de TOued-Isly, petit affluent de laMoulouia. L'armée française comptait en tout 11 ,000 hommes; l'armée marocaine, entre 20,-000 et 25,000 chevaux, avec quelque infanterie.
Toute la cavalerie qui composait les camps marocains, établis sur les collines de la rive droite, s'était portée en avant pour nous attaquer au second passage de la rivière. Au milieu d'une masse de cavalerie, qui se trouvait sur la partie la plus élevée, on distinguait parfaitement le groupe du fils de l'empereur, ses drapeaux et son parasol, signe de commandement. Dès que l'armée française, après avoir repoussé les nombreux cavaliers qui s'opposaient à son passage, eut traversé la rivière à gué, le maréchal Bugeaud s'empara du plateau immédiatement inférieur à la butte la plus élevée où se trouvait le fils de l'empereur. Il dirigea sur ce point le feu de quatre pièces de campagne, et un grand trouble s'y manifesta. En ce moment, des masses énormes de cavalerie sortirent des deux côtés de derrière les collines et assaillirent à la fois nos deux flancs et notre queue. L'Infanterie française, formantune grande losange, composée elle-même, sur les laces, de petits carrés, marchant par un de ses angles armé d'artillerie, et renfermant dans son sein la cavalerie, forte seulement de 19 escadrons, partagea bientôt en deux, comme un coin, cette masse d'hommes à cheval, qui ne réussit point à l'entamer. Alors la losange s'ouyrit, et notre cavalerie, formée par échelons,
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fut lancée par le maréchal sur le tronçon de droite de Tarmée marocaine. Ces bandes de cavaliers, chargées avec vigueur, ne soutinrent pas le choc, et s'enfuirent en laissant plusieurs oentaines «les leurs sur le sol. L'attaque sur nos flancs ayant échoué, la butte fut enlevée. Alors, d'après les ordres du maréchal, le colonel Yousouf, qui commandait le premier échelon, compose de six escadrons de spahis, soutenus par trois eâcadrons de chasseurs et par le goum des Douairs et des Zmélas, le lança sur le camp marocain, couvert par onze pièces de canon, qui ne tirèrent qu'une seule fois et furent enlevées. L'inEmlerie, d'ailkurs peu nombreuse, ne put tenir contre cette attaque impétueuse. Sur sa ga\ichc, l'ennemi fit une vigoureuse résistance. Le cokh iiel Morris, qui commandait les deuxième et troisième échelon^. voyant une grosse niasse de cavalerie se précipiter sur notre coti* droit, passa l'isly, pour attaquer l'ennemi par son flanc droit. « L'attaque contre notre infanterie échoua, dit le maréchal Bu- •rcaud; mais alors le colonel Morris eut à soutenir le combat h plus inégal. Ne pouvant se retirer sans s'exposer à une défaite, il résolut de combattre énergiquement jusqu'à ce qu'il lui arrivât des secours. Cette lutte dura plus d'une demi-heure; ces six escadrons furent successivement engagés et à plusieurs reprises: nos chasseurs firent des prodiges; trois cents cavaliers berbères tombèrent sous leurs coups. Le général Bedeau, commandant l'aile droite, ayant vu l'immense danger que courrait le 2* chasseurs, détacha le bataillon des zouaves, un bataillon du iô' léger et le 9' bataillon de chasseurs d'Orléans, pour attaquer l'ennemi du côté des montagnes. Ce mouvement détermina sa retraite. »
L'infanterie, qui avait suivi la cavalerie dans le camp marorain, le dépassa bientôt, et comme l'ennemi se ralliait en massi^ sur la rive gauche de l'isly, nos troupes traversèrent rapidement re cours d'eau, pendant que l'artillerie en batterie sur la rive droite lançait de la mitraille sur <c cette vaste confusion de cavaliers se réunissant de tout côté. » La retraite des Marocains, <)ssaillis de nouveau par nos troupes, devint une déroute. \U
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