‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 187 sur 192 · ÉTAT MILITAIRE DU DEY BU TEMPS DE FAIX · texte numérisé non relu

ÉTAT MILITAIRE DU DEY BU TEMPS DE FAIX

L'infanterie se compose de Turcs fins ou nobles, c'est à dire de Turcs imin^" diatement venus du Levant, de Koul-Oglous, ou fils de sddats turcs, ^ qi" ^^ a permis de se marier à Alger, et d'un peu de Z^alis ou Maures. Le tout ensemble peut monter à 15,000 hommes, au grand maximum, savoir- 10,000 hommes turcs fins, et 5,000 Koul-Oglous et Zoualis.

Ces 15,000 hommes doivent fournir garnison à Constantine, Titlerr, 0^"et dans les différents points de ces provinces ; il n'en peut rester à Alg^r p

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(le 10,000. Dans cette campagne contre Tmiis, pour laquelle on avait annoncé un grand développement de moyens, on n'a fait partir que 8,000 fantassins, et il {"estait fort peu de troupes à Alger. Tout le monde en a fait Tobsenration.

FORCES DU DET EN TEMPS DE GUERRE; TEMPS NéCESSAIRB POUR LES REUNIR; PRÉCAUTIONS A PRENDRE A CE SUJET.

Le nombre de Tinfanterie ne varie })oint; quant à la cavalerie, il est réellement impossible d'en faire Tévaluatiou. Lorsqu'on doit faire la guen^e, la Régence somme les tribus soumises de lui fournir tel nombre de cavaliers. Cette levée se fait avec plus ou moins d'exactitude et de célérité, selon le plus ou moins d'harmonie qui règne entre les deys et les beys, selon les dispositions particulières des dieiks, ou chefs de tribus, etc. Généralement le nombre foui-ni est inférieur au nombre demandé. Gcilaines circonstances peuvent produire un effet contraire. Par exemple, le fanatisme religieux contre une nation chrétienne, Tespoir d'un grand butin, etc.

Voici cependant une donnée approximative, au moins. Les préparatifs de la descente des Espagnols, en 1775, furent connus un mois ou deux d'avance à Alger. La Régence, sachant les Espagnols en paix avec l'Angleterre, ne douta point qu'il fût question d'elle. D'ailleurs, les consuls des autres nations prirent, dit-on, le soin de l'en avertir. De plus, la Hotte resta huit jours en rade d'Alger avant d'opérer son débarquement. Le dey eut donc tout le temps de se préparer. Or, selon ce que les Algériens dirent alors, il avait réuni 80,000 hommes ; mais l'esprit d'exagération de ces gens-là, l'espèce d'impossibilité où ils sont de rien vérifier à ce sujet, permettent, sans crainte d'erreur, de réduire ces 80,000 hommes à 60,000. 60,000 serait donc le maximum des troupes que le dey pounnit rassembler, en supposant les circonstances les plus favorables pour lui.

Il est fort à désirer que la guen^e continue entre les Régences d'Alger et de Tunis ; cela occuperait le bey de Constantine, dont le contingent est seul plus considérable que ceux d'Oran et de Tittery. Il n'est point impossible d'avoir une certaine iiiQuence sur la résolution qui sera prise à ce sujet. Le bey de Tunis aime For par-dessus tout ; il hait mortellement les Algériens, et veut absolument s'affranchir de tout tribut. De son côté, le dey d'Alger est, en quelque sorte, obligé de faire la guerre, pour occuper ses troupes et trouver le moyen de les payer. A son avènement au trône, il leur promit double solde, et commence à se trouver embarrassé pour remplir sa promesse.

Un autre moyeu de diminuer les forces du dey serait de faire, au moment de l'expédition, un détachement sur Oran, ne fût-ce que pour fournir au bey un prétexte de ne pas envoyer son contingent, ou de l'envoyer très^-faible. On pourrait aussi parlementer ^vec lui et gagner du temps.

Il y a, d'Alger k Constantme, 80 fortes lieues ; à Oran, 70 à 80 ; ii Tittery,— Ln contingent de cette dernière ville est peu de chose. Un courrier ne mettrait guère moins de trois jours pour arriver à Constantine et Oran. L'expédition des ordres du bey, et la réum'on des troupes par cantons, demanderaient au

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moins cinq à six jours ; le temps de la marche pour se reodie à Al^ {'Ui être éndué à huit ou dix. Ainsi le rassemblement des troupes empeilffli quinze à vingt Jours, liais nous supposons la plus grande diligence po$M!>lf: il 8*en faut bien que les Algériens soient habituellement aussi lestes. D$ coi mis, cette ciimpagne, cinq \k six semaines pour aller à Constantiiie.Ile4fri que c'était de rinfanterie, et qu il est question de la cavalerie.

Il est donc de la plus haute importance que nos préparati& soient fecrH>.c( d'arriver le plus possible à Timpronste. Si Ton surprend les AlgérieiK. t«i promet le succès le plus prompt et le plus complet. On sent fadleoMat (p ^ difficultés seront en raison des préparatifs qu'ils auront pu faire.

On a déjà feit connaître l'esprit de la légation espagnole, et de bui( à dii lodiyidus qui composent cette nation h Alger. Le rappel de cette légatioo pani' une précaution indispensable.

L'inÊmterie algérienne est armée d'un fusil, de deux pistolets, et d'un )3> gaii, ou long coutelas. Les spahis, ou cavaliers (ils sont tous Maures), «Ai^ près le même armement. Us se battent isolément ; ils arrivent t toute b:i" sur l'ennemi, tirent leur coup de fusil, le plus souvent sans ajuster, rNooni^ en arrière, chargent, et reviennent de nouveau.

La Régence a établi depuis peu une compagnie composée de Turcs et de h* - Oglous, qu'on appelle artillerie volante. Ce sont des cavaliers dont b banie ei selle est surmontée par devant d'un pivot d'environ un pial et demi deli? t sur lequel on fixe une espèce de gros troinblon. Cette arme, qui se meulif*^' près comme un télescope, se charge de coté pour la commodité du caTi&' On devait eu faire l'essai daus cette campagne.

■ÀRTICB àLGÉRIBNNC.

Elle est nulle pour nous. Elle consiste en :

3 frégates de 50, 46, 44 canons.

7 chebeksde 12 à 52.

10 chaloupes canonnières pontées et capables de tenir la mer.

50 chaloupes canonnières non pontées et d'ancienne constiiiction, pûurla<i>^ fense du fort. Elles sont mises à la mer dans le courant de mai,el rq)l>^* dans les magasins en octobre. On n'en a pas vu un si grand nombre dci» -' cette année. Cette petite flottille serait une difficulté de plus. Tout nw^ '^ point de Sidi-Fernich.

2 galères pour la défense du foii.

Quelques petits corsaires de 4 k 6 canons.

HDKITIOHS DB GUEBRB DES ALGÉBIBHS.

On pourrait dire qu'on ne fait à Alger ni canons, ni fusils, ni sabres- m {*tolets, ni poudre, ni pierres à fusil. Il y a environ six ans, on fondit qit^*^ canons par forme d'expérience. On avait dernièrement acheté du bronze p><en faire d'autres, mais on n'en a point fait usage. Le fondeur est mort, el n ' point été remplacé ; c'était un Espagnol.

On fait un peu de poudre; elle eA mauvaise.

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Dans quelques endroits, des Kabyles, ou Mauies des montagnes, font des fusils pour leur usage ; ils sont d'une très-mauvaise quaKté.

Une petite partie des armes et munitions rient de Gonstantiiiople; le surplus est fourni par les puissances étrangères, ou acheté d'elles.

Si répoquc de l'opération était un peu éloignée, il ne serait pas sans importance de traverser ces dons, ou achats de poudre, fusils et pierres à fusil. Quant aux autres objets, et surtout aux canons, la Régence en a de reste.

L'artQleric de campagne est, à ce qu'il parait, peu considérable. Elle est servie pai' des esclaves européens.

TROUPES KÉCESSAIRES A l'eXPKDITION.

Dans les suppositions les plus favorables h Tennenii, et qui sont les seules que la prudence permette de faire, les Algéiiais pourraient avoir 60,000 hommes, à peu près dans cette proportion :

Infanterie composée de Turcs fins et Koul-Oglous. . . . 10,000

Contingent de Constantine 50,000

Contingent d'Oran 15,000

Contingent de Tittery 5,000

Les campagnes d'Egypte doivent fournir des données sur ce que peuvent valoir ces 60,000 hommes. L'infanterie serait à peu près la même; mais il s'en faut de beaucoup, à ce qu'on assure, que la cavalerie vaille celle des mameluks. Quoi qu'il en soit, il ne parait pas qu'on puisse s'embarquer avec moins de 55 à 40,000 hommes. Si l'on parvient au château de l'Empereur sans aucune rencontre ou sans rencontre désavantageuse, et qu'on puisse tout de suite établir des batteries, on n'aura pas besoin de tant de monde; mais, s'il fallait avoir plusieurs affaires avant d'être maître du terrain d'où Ton peut battre en brèche, on ferait nécessairement quelques pertes ; la prise des forts et surtout de la ville les augmenterait encore. Enfin, il ne faut pas moins de 10,000 honmies pour garder Alger et ses dépendances. Il y a loin du cap Matifoux à la pointe Pescade. 11 faudrait même davantage si l'on avait h ci^aindre quelques tentatives de la part des Anglais et, par suite, des mouvements parmi les habitants. D'un autre côté, on ne peut guère s'en tenir à Alger et à la banlieue, quoique les environs, jusqu'à la plaine de la Mitidjah exclusivement, pussent suffire à la nourriture de la ville et de l'armée. On aurait sans cesse à craindre les incursions des beys, les obstacles qu'ils pourraient mettre aux approvisionnements, etc.; il faudrait donc, dès qu'on serait maître d'Alger, songer à s'emparer de Constantine, Tittery, Onm, et surtout du premier point. Il resterait pour cela 20 à 25,000 hommes au plus, ce qui ne serait pas sûi'ement trop, si Ton considère les distances, le disséminement et tout ce qui peut arriver d'imprévu.

La cavalerie est embarrassante à transporter; les environs d'Alger ne lui permettraient guèi^e de donner, sauf dans l'intervalle de Sidi-Perruch au camp. Il paraît aussi que, soit pour le bien de la chose, soit pour la singularité, il vaudrait mieux opposer de l'infanterie aux Maures.

fi56 PIÈCES JOSTlFICAm-ES

La cavalerie serait pourtant nécessaire dams {dusiears cas, surtout dans ksc marches un peu longues k traYers des planes ; il fondrait en amir en lète et sur les deox flancs, pour n être pas surpris trop à Fimproviste. On suppose donc 2 à 3,000 honunes de cette arme.

La face du château de FEmpereur qu'il faudra battre en brèche est année de 10 canons; on ne peut guère lui en opposer davantage direciement; on êtahlirait une autre batterie oblique contre Fangle méridional du mtee cote. Celle-ci serait particulièrement armée de mortiers et d^obusiers. Une troisième d'enfilade serait placée ou un peu plus loin, sur un point d^où Fon démnre parfaitement les terre-pleins, ou très-près, siu* un emplacement un pea ba^; en comptant ce qui pourrait être mis hors de service ou pris, on voit quH ot faudrait pas moins d^une quarantaine de pièces de position de toute espèce, d'autant qu^après la prise du diàteau on pourrait attaquer à la fob la vilk» <h le fort de Babasson.

Presque toute Fartillcrie algérienne est de calibre européflo; on pourr4iî s'en servir, en cas de besoin; mais il faut être pourvu de leurs affût», ceoi du pays sont en général mauvais. Ce sont des affûts de mer ou à roues pleines, d'un petit diamètre et qui ne sont point roulants. .

Il faut une artillerie de campagne, et de la plus légère; un peu d^artiUerie à cheval est aussi nécessaire. On l'opposerait à cette compagnie de nouvelle formation dont nous avons parlé.

On parle ici de brèche et non d'assaut. Avec les Algériens, Fassaut ne doit être tenté que dans un cas bien clair; il faut éviter toute entreprise qui pourrait donner, par son résultat, du cœur à Fennemi et produire un effet oontraiiv panni nos troupes. Une marche sûre finira toujours par être la meilleure. Cependant, si nous arrivions assez à Fimproviste pour pouvoir tenter ce mQjai, il ne faudrait pas manquer de le faire, car, on le répète, le château de FEml)creur pris, le plus difficile, et presque tout, est fait.

Il sera donc bon d'avoir un approvisionnement d'échelles; elles doivent être faites dans la supposition d'un revêtement de 30 pieds de haut. Elles iront bien en les appliquant contre les embrasures, dont le bas se Iroure i 3 ou 4 pieds au-dessous de la crête intérieure du parapet. On pourrait en mettre deux jointièrcs par embrasure. Ainsi la face en question serait assaillie par 20 hommes à la fois.

11 faut un nombreux personnel d'artiUerie et du génie ; b moins de circonstances tout à fait heureuses, il sera trè&-sage de fortifier un peu le camp. La nature du terrain obligera à morceler les attaques, et tout cda exige un plus grand nombre d'officiers. Quant aux hommes propres au serrice du caooo, on n'en peut trop avoir, pmsque toutes les fortifications d'Alger, la ville exceptée, ne sont que des batteries.

Les outils, ustensiles, matériaux, et même les gabions et fascines, sont des choses à avoir en abondance.

On ne parle point de la force à donner k la flotte de transport, car, si on voulait l'établir rektivement à la force de Fennemi, il faudrait connaître celle^i

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ay moment du dëpart. On a dit tout ce qu'on savait de particulier à ce sujet en parlant des croisières anglaises.

TEMPS NÉCESSAIRE POUR s'eVPARER d'aLGER ET DE SES DÉPENDANCES.

Gel article est soumis & trop de chances pour qu'on puisse en parler auU^eraent que par approximation. Mais si larmêe déblaye le terrain de manière que Tartillerie et le génie puissent tout de suite se livrer à leurs opérations, on pense que dans le courant d'un mois, à compter de ce moment-là, on doit être maître d'Alger et de ses dépendances, la marine pouvant être chargée de prendre les forts isolés, dont elle aurait peu à craindre, tels que les forts de Matifoux, de l'Eau et de la pointe Pescade. Quant aux forts des Vingt-Quatre- Heures et des Angbis, ils se rendraient sans doute, tout le reste étant pris. Nons avons dit conmient les attaquer dans le cas contraire.

Célérité et vigueur doivent être la devise de l'expédition. L'unité de commandement est aussi indispensable. Il faut aussi être pourvu, avec une certaine abondance, des choses nécessaires.

Une fois maître d'Alger, on ne pourra être trop attentif à établir une police sévère, mais juste, envers les habitants. D'un autre coté, respecter les mosquées, les femmes, les jardins ou maisons de campagne, et surtout payer exactement, sont des articles dç rigueur. La violation d'un seul pourrait entraîner de grands malheurs.

Quant h l'intérieur du pays, dans la direction du sud, il faut songer à y pénétrer bien plus par la persuasion que par la force des armes; c'est surtout l'affaire du temps, et nous ne devons espérer ce résultat qu'en nous faisant aimer sur le littoral. Il faut que les gens qui viendront aux marchés et dans les ports soient, pour ainsi dire, nos précurseurs et nos avocats dans leurs tribus. En brusquant, en violentant, nous travaillerons contre nous-mêmes. Toutes les fois que la Régence envoie des troupes dans ces contrées pour faire razia ou rafle, ou pour tout autre objet qui contrarie les habitants, ceux-ci cachent leiir grain, plient tentes et bagages, et se retirent sur des montagnes inaccessibles, où ils cultivent sur des terres rapportées, s'il le faut, tout juste le nécessaire pour leur subsistance. C'est une chose très-remarquabîe que, depuis neuf ans, les troubles occasionnés parles vexations du dey, des beys, ^., ont porté un si grand nombre de cultivateurs dans les montagnes, que ce pays, qui. auparavant, exportait une quantité immense' de grains, n'en récolti* presque phis que pour sa propre consommation.

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658 riÈCES JUSTIFICATIVES.

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