CHARLES-QUINT DEVANT ALGER
régné toute la nuit, deyint horrible le matin. Les soldats, dont les tentes étaient restées à bord de la flotte, souffraient cruellement sous cette pluie glacée qui pénétrait leurs vêtements, avariait leur poudre, éteignait et mettait hors d'état les mèches de leurs mousquets, en inutilisant leurs armes dans leurs mains, et défonçait sous eux le terrain, dans lequel ils entraient jusqu'à mi-jambe. Le lendemain 28, à la pointe du jour, les Italiens, qui, sous la conduite de Prosper de Colonne, avaient dépassé le ravin, furent rudement chargés par un corps de Turcs et de Maures, cavalerie et infanterie, qui sortit de la place. Ces Italiens étaient de nouvelles levées, et les fatigues de la nuit et Félat où se trouvaient leurs armes les rendaient peu capables de résister à un ennemi qui n* avait pas eu à souffrir des intempéries, et dont les arbalètes étaient en état, malgré la pluie. Ils reculèrent en désordre, après avoir éprouvé des pertes sensibles; les piquiers, qui seuls essayèrent de résister, furent accablés de traits par les Turcs.
L'empereur envoya plusieurs enseignes d'infanterie pour soutenir les siens, et obligea les ennemis à la retraite. Alors Femand de Gonzague, exhortant les soldats à réparer cet échec, les entraîna dans un mouvement offensif très-vif qui les fit arriver jusqu'aux portes d'Alger en même temps que les Turcs; un chevalier de Malte de la nation française y planta même son poignard. Cette témérité héroïque leur devint fatale. Les portes se refermèrent sur les Turcs. Les traits et les pierres lancés du haut du rempart accablèrent ces troupes inexpérimentées, prises en flanc par la partie des Turcs qui, n'ayant pu rentrer dans la place, avait filé le long des fossés, et, Hassan lui-même les ayant pris en tête par une charge vigoureuse, ce ne fut plus qu'un sauvc-qiii-peut. Quelques vieux soldats, ralliés autour deSpinosa en bataillon carre, tinrent seuls ferme, et les Arabes se mirent bientôt à distance de ces forteresses vivantes, hérissées de lances, contre lesquelles ils étaient venus se briser. On reconnut aussi, à leurs cottes d'armes violettes portant une croix blanche, et plus encore à leur courage, les chevaliers de
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48 ALGÉRIE : ORIGINES HISTORIQDES.
Saint-Jean de Jérusalem, qui, serrés les uns contre les autres, reculèrent lentement, sans cesser de combattre, en repoussant tous les assauts. Là se distinguèrent le brave Savignac, qui mourut d'un coup d'arbalète, et le chevalier Villegagnon, destiné à une grande renommée. Ils donnèrent le temps à Charles-Qumt d'envoyer les lansquenets allemands, au milieu desquels il se trouvait, au secours du corps d'armée italien presque détruit. Encore furent-ils entraînés dans la retraite, et l'empereur dut s'élancer avec les gentilshommes de sa maison pour les ramener au combat, en leur disant que le moment était venu de combattre pour le salut de l'armée et Thonneur du nom allemand, devant leur empereur, ce Aussitôt le maudit de Dieu, disent les récits arabes, prit ses armes, ses gardes Tenlourèrent, et il s'avança pour arrêter les progrès des Algériens. Les musulmans reculèrent. »
Cet échec militaire, partiel et bientôt réparé, n'était rien auprès du désastre qui frappait, au même moment, la flotte. La tempête, de plus en plus violente, battait les navires, qui chassaient sur leurs ancres ; les bâtiments de transport finissaient par aller se briser à la côte, occupée par des nuées d'Arabes qui massacraient sans pitié les naufragés. Les galères, plus fortement construites et plus habilement manœuvrées, résistèrent mieux; cependant on en perdit quinze, et le nombre des bâtiments de transport brisés à la côte s'éleva à cent quarante. Doria sur la mer, et sur la terre l'empereur, assisté de Fernand de Gonzague, du duc d*Albe et de Cortès, firent tout ce qu'il était humainement possible à de grands cœurs et à de fermes esprits de faire pour sauver la flotte et l'armée. Ils y parvinrent. Mais, à partir du 28 octobre, la tempête durant toujours, et rendant impossible le débarquement des vivres et des munitions, il fallut songer à la retraite. Charles-Quint fit un mouvement en arrière, et le lendemain, 29 octobre, la tempête, qui avait un peu faibli, ayant permis à une embarcation d'arriver à terre, André Doria envoya prévenir l'empereur qu'il avait conservé assez de navires pour suflire au réembarquement
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