CHABLES-QUINT DEVANT ALGER
était entouré, s'il avait voulu capituler, acheva de le décider à une résistance énergique. Il répondit qu*il y avait folie à suivre l'avis d'un ennemi, et qu'Alger, célèbre déjà par la ruine des Espagnols, verrait grandir sa gloire par le résultat de celte nouvelle expédition. Les récits contemporains ajoutent que les prédictions d'une vieille devineresse arabe, qui avait déjà pronostiqué le désastre de Diego de Yera et de Hugo de Moncade, et qui annonçait qu'un sort plus terrible était réservé à la flotte conduite par l'empereur des chrétiens, exercèrent de l'influence sur l'esprit d'Hassan, ou du moins furent exploitées par lui pour encourager les siens. Les histoires sont remplies de faits de ce genre, toujours douteux, car il est difficile de constater la date de ces prophéties, souvent nées après coup de l'événement dont on veut qu'elles aient été la préface, tant Tesprit humain est avide de merveilleux I
Hassan n'avait que des forces bien insuffisantes pour résister à la formidable armée qui le menaçait. Les échecs qu'avaient subis récemment les corsaires d'Alger, l'expédition qui occupait en ce moment une partie de ses forces, employées dans le Maroc à combattre les Portugais, ne lui laissaient que sept ou huit cents Turcs, cinq ou six mille Maures originaires d'Alger, et les nombreuses tribus arabes, ennemis incommodes dans une marche , redoutables dans une retraite, mais incapables de tenir en ligne. Il disposa avec intelligence ces forces insuffisantes; mais il, avait un allié qui devait faire plus que tous ses soldats ensemble, la mer, si redoutable en cette saison sur la côte inhospitalière d'Africfue.
Pendant ces pourparlers, le vent, recommençant à souffler avec violence, avait obligé la flotte d'aller se placer de l'autre côté du capM^tifoux, pour avoir moins à en souflrir. Le 24 octobre, Femand de Gonzague et Jacob Bosse, deux hommes expérimentés, reconnurent d'une manière plus précise, sur la plage choisie, les points les plus favorables au débarquement. Le 25, le temps étant meilleur, la flotte reprit son mouillage dans la rade. Le 26, le débarquement commença à une demi-lieue à
Test d'Alger. Les boulets balayèrent en un instant la plage et mirent en fuite les Arabes qui voulurent s'opposer à cette opération. Les embarcations portant sans obstacle les troupes à la côte, dans la matinée même vingt et un mille hommes étaient débarqués. Les chevaux et les canons, saufneuf pièces, ne furent débarqués que le lendemain 27 octobre.
L'empereur divisa ses troupes en trois corps, dont chacun, menait trois pièces d'artillerie de petit calibre, et se porta, le jour même, à trois mille dans les terres ^ A minuit, il y eut une alerte et une vive canonnade qui dura une heure ; les Maures étaient venus attaquer le camp. Le lendemain, 27 octobre, les chrétiens se remirent en marche et posèrent leur camp à deux mille mètres de la porte Bab-Azoum. Cette position était couverte par un profond ravin qu'on passait sur un pont. L'infanterie espagnole, formant la gauche de Tarmée, occupait le plateau le plus élevé de la montagne ; les Allemands furent placés au centre sur le versant ; les Italiens occupèrent la plaine jusqu'au bord de la mer; l'empereur prit son poste au milieu det^ Allemands, dans un terrain planté de vignes, et choisit son logement dans le marabout de Sidi-Jacob. Les Espagnols, qui, d'après cette disposition, étaient les plus voisins de l'ennemi, escarmouchèrent toute la journée du 27, et arrivèrent ainsi, en montant résolument des pentes escarpées, jusqu'à la colline qui, couronnant la montagne, commande la citadelle d'Alger. C'est précisément sur ce plateau que l'on construisit plus tard le fort à quatre bastions, appelé le fort de l'Empereur.
Jusque-là l'expédition avait marché de succès en succès ; tout semblait annoncer un triomphe. L'empereur ordonna de débarquer le matériel du siège ; les galères devaient en outre battre la place, en enfilant dans sa longueur le rempart, que, de la mer, on découvrait tout entier.
Lèvent sauta, dans la soirée du 27, au nord-est; la pluie commença à tomber vers neuf heures, et la tempête, qui avait
* Relation de Vandenesse.
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