‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 24 sur 192 · EXPULSION DES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

EXPULSION DES ESPAGNOLS

Dragut commanda à Tripoli, comme les Barberousse avaient commandé à Algeri L'on tentait sur de nouveaux points du littoral ce qui avait réussi à Alger, et les corsaires devenaient les instruments de la domination turque sur la côte d'Afrique. L'opinion européenne, d'abord indignée del'alliance de laFrance avec les Turcs, avait fini par se familiariser avec ce spectacle. Henri II put faire impunément ce que François V avait tenté quelques années auparavant, à son dam. Les flottes combinées des Turcs et des Français ravagèrent les côtes de l'Italie et les iles de la Méditerranée, en faisant des milliers d'esclaves, sans que la clameur de réprobation unanime qui s'était fait entendre se renouvelât. Le sens religieux s'affaiblissait en Europe.

11 y a cependant une chose remarquable, c'est qu'on trouvait dans la coopération de Dragut les mêmes inconvénients que dans celle de Barberousse, le défaut de suite, la difficulté de s'entendre sur un plan de campagne, l'impossibilité de faire opter le pirate pour une entreprise difficile et utile à la France, quand il se présentait une expédition facile et lucrative pour lui. Au fond, ce n'était pas un allié réel, c'était un associé indépendant, un ennemi des chrétiens qui protitait.des divisions de l'Empire et de la France, pour faire du mal au premier, mais à son heure, à sa manière, à son propre avantage, sur le point de son choix. C'est là le caractère que l'on retrouve dans toute cette période de guerre, qui dura de 1545 à 1555, et pendant laquelle les vaisseaux d'Alger parurent à côté de ceux de Dragut. Elle ne servit à la France que comme une diversion. La disparité des buts empêcha l'unité des efforts, et l'on ne réussit pas plus avec Dragut contre la Corse, que l'on n'avait réussi avec Barberousse contre Nice.

Après avoir exposé l'origine de la fondation de la domination turque sur la côte d'Afrique par l'alliance de deux forces, l'une irrégulière, celle des pirates, l'autre régulière, celle de la Porte, réunies par un mtérêt politique commun et par la communauté de la religion, il convient de serrer de plus près l'histoire

Googk

h% ALGÉRIE : ORIGINES HISTORIQUES.

du royaume d'Alger, et d'indiquer les principales phases du développement de cette puissance. Elle avait deux adversaires sur la côte d'Afrique, les E^agnols, qu'elle aspirait à en chasser, les Maures, les Arabes et les Beriières, qu'elle voulait dominer en affaiblissant ou en détruisant les principautés indépendantes qui représentaient ces (rois nationalités. £n même temps, elle était dans un état de guerre permanent avec la chrétienté, guerre nécessaire à une puissance dont les finances étaient alimentées parla piraterie et le pillage. Ses rapports avec le Grand Seigneur sont, dès cette époque, plutôt encore des rapports de déférence que de sujétion. Le troisième successeur de Barberousse, Hassan, Corse d'origine, fait emprisonner Yahia, désigné par Salahh-Reiss pour lui succéder dans la régence d'Alger, et, une fois en possession du gouvernement, fait confirmer son titre par le Grand Seigneur. Il était impossible que la force et la violence, qui étaient à Alger les deux principaux mobiles du gouvernement, ne se retrouvassent pas dans l'institution même de ce gouvernement.

La lutte des maîtres d'Alger contre les Espagnols lut longue et opiniâtre. D'abord les premiers ruinèrent l'influence des seconds dans les villes où ils exerçaient un protectorat, s'emparèrent de Tlemsen et en restèrent maîtres, établirent à Fez une de leurs créatures, et enfin chassèrent les Espagnols de Bougie, qu'ils occupaient depuis quarante-cinq ans. Oran, siège de la puissance espagnole, tint plus longtemps. Tous les efforts des Turcs échouèrent, en 1565, contre cette ville vaillamment défendue. Tunis tomba, en 1574, sous leseflbrts des corsaires barbaresques, assistés parle sultan Selim, et Alucb-Ali, qui gouvernait Alger, prit une grande part à cette expédition, qui détruisit l'œuvre de la conquête de Charles-Quint.

Oran ne devait échapper complètement aux Espagnols que lorsque leur décadence graduelle et constante sur le continent les eut rendus impuissants à conserver cette possession afiricaine, et presque indifférents à sa perte, qui^ne demeura un fait définitif que dans les dernières années du dix-huitième siècle,

Googk

Page 1