COURSES ET PIRATERIE
Ces bâtiments formaient des croisières sur les routes commerciales , comme les pécheurs tendent leurs filets dans les eaux poissonneuses. Dans la Méditerranée les principales croisières surveillaient le détroit de Gibraltar, le cap de Gâte, le cap de Paies, le cap Saint-Martin, le cap de Creux, les iles Majorque et Minorque, Nice, le cap Corse, les îles de Saint-Pierre, la rivière de Gènes, la côte de Naples, la côte Ecclésiastique, la Sicile, Trapani, le golfe Adriatique; dans l'Océan, Cadix, Lagos, le cap Saint- Vincent, le cap de la Hogue, le cap Finistère, les îles Canaries, les iles Madère, les Açores. Les vaisseaux algériens pénétraient quelquefois jusqu'à Terre-Neuve, et il y en eut d'assez hardis pour venir jusqu'au Texel, où ils prirent des bâtiments.
Ce chiffre de vingt vaisseaux représentait le minimum des forces des corsaires algériens ; ils étaient plus nombreux quand le temps était favorable à la course. Il y avait en outre un certain nombre de barques latines, et de bâtiments à rames qui prenaient la mer, pendant l'été, afin de pratiquer la piraterie.
Il est facile de se faire une idée de la perturbation que jetait dans le commerce européen ce brigandage permanent et systématique qui infestait les mers, aussi peu sûres que les grandes routes à la même époque, sans que le service de la maréchaussée y fût aussi facile. Les Algériens avaient Tavantage de n'avoir pas de commerce, de sorte qu'on ne pouvait leur rendre le mal qu'ils faisaient. Leur commerce, c'était la guerre. Ils la faisaient, non aux bâtiments armés, qu'ils évitaient autant que possible en se cachant sous un des pavillons européens, mais aux bâtiments marchands trop faibles pour se défendre avec chance de succès.
II résultait de ces prises continuelles, de grandes richesses à Alger, richesses acquises non par l'échange, comme dans une situation normale, mais par la violence. Ces richesses étaient de deux genres : les marchandises et les esclaves, qui étaient aussi au nombre des marchandises. Ce n'était pas la moins précieuse de toutes, tant par le travail qu'on en tirait que par leur rachat, que le zèle et la douleur des familles tentèrent dès le début, et que cette sublime charité chrétienne, puissance des temps modernes
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82 ALGGRIE : ORIGINES HISTORIQUES.
qui trouve des remèdes à toutes les misères, organisa bientôt sur
une grande échelle.
En Espagne comme en France, des ordres se fondèrent pour la rédemption des captifs; les pères de la Merci et ceux de la Sainte-Trinité quêtèrent partout afin de réunir les ressources nécessaires pour affranchir chaque année un cerUûn nombre d'esclaves chrétiens, de sorte que les aumônes des fidèles donnaient les moyens de payer la rançon d une partie de ceux que leurs familles, trop pauvres, ne pouvaient rendre à la liberté.
On sait la tendre pitié que les esclaves chrétiens des puissances barbaresques inspirèrent aux saintes âmes, et le souvenir de saint Vincent de Paul, pris par les corsaires sur le golfe de Lyon, conduit sur les côtes de Barbarie, étudiant les misères des esclaves chrétiens en les éprouvant, et fondant des missions pour les racheter et les soulager, est resté populaire.
Ces captifs étaient de toutes les nations, de toutes les classes, de tous les âges, de tous les sexes, suivant les hasards de la mer. Il existe, dans les récits des ordres rédempteurs, des légendes touchantes sur les aventures et les misères de ces prisonniers, au nombre desquels on compta le célèbre Cervantes, qui, avant d* écrire son Don Quichotte, fut longtemps esclave à Alger, esclave peu résigné, car il avait conçu la pensée de s'emparer de la ville en se mettant à la tète de ses compagnons de misère, et les Algériens disaient que tant que ce chrétien serait dans le bagne, il n'y aurait pas d'évasion d'esclaves, tant il avait réussi à donner à tous ses compagnons Tespoir de surprendre Alger. Parmi ces légendes, il en est qui racontent les épreuves, le courage, quelquefois le triomphe, tant la vertu a de puissance même sur les natures les plus farouches, d'autres fois le martyre de saints prêtres, de braves chevaliers de Malte, de jeunes filles, déjeunes hommes, et même de jeunes enfants\
> C'est ainsi qu'on trouve dans le Voyage pour la rédemption des captifs aux royaumes d'Alger et de Tunis en 1720, par les PP. Françob Gomelîn, Philëmon de la Motte et Joseph Bernard, de Tordre de la Sainte-Trinité, la relation touchante des aventures de mademoiselle de Bourii. Agée de neuf i dix
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