‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 39 sur 192 · ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS EN AFRIQUE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS EN AFRIQUE

(ions du traité de 1539, par un traité contenaiit quelques dispo> silions particulières pour faciliter le rétablissement et la sûreté du commerce français dans la régence d'Alger, etc.

Le commerce européen se faisait à cette époque, dans tout le Levant et dans les États barbaresques, sous le nom et Tautorité des consuls français, comme le rappelle M. de Noailles, évéque de Dax et ambassadeur de Charles IX près la cour ottomane, a II n'y a aujourd'hui, dit-il, si petite province en Italie, en Espagne, qui ne guette l'opportunité d'avoir un consul à part soi, et par ce moyen à se séparer de la protection qui leur a été toujours si utile sous le nom et la bannière de France. »

H. de Noailles fut chargé, auprès de la Porte, d'une négociation délicate, dont la réussite pouvait neutraliser la puissance des Espagnols établis à Oran, et avoir de grands effets sur le développement de la marine et du commerce de la France. C'était la cession du royaume même d'Alger en faveur de Henri, duc d'Anjou, depuis roi de Pologne et ensuite roi de France sous le nom de Henri III. Les ouvertures de l'ambassadeur surprirent le divan de Constantinople, et mirent quelque froideur dans les rapports du gouvernement turc avec la France ; mais Gilles de Noailles, prudent diplomate, qui succéda à François de Noailles, rassura la Porte, un moment mise en émoi, fit oublier une demande trouvée indiscrète, et rétablit une entière harmonie entre les deux cours.

M. de Germigny, qui succéda à Gilles de Noailles, ménagea à l'Angleterre les premières capitulations qu'elle a obtenues de la Porte en 1579. Hume rapporte à cette occasion que les Turcs avaient cru jusque-là que la Grande-Bretagne dépendait de la France. M. de Germigny, étant ambassadeur à Constantinople, renouvela, le 6 juillet 1581 , nos capitulations, ou articles de paix et de commerce avec le sultan Amurat, souverain d'Alger, de Tunis et de Tripoli, par un traité dont les premières dispositions établissent la préséance des ambassadeurs de France et garantissent toute sécurité aux marchands de Venise, d'Angleterre, de Portugal, de Sicile, de Catalogne, d'Ancône et de Raguse, et de

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tous les autres pays qui naviguaient alors sous la bannière de France.

Notre situation générale étant devenue moins forte pendant les troubles de la Ligue, nos établissements en Afrique lurent encore une fois ruinés.

Les grandes capitulations du 20 mai 1604, données par le Sultan Achmet, fils de Mahomet lU, et signées lors de l'ambassade de François Savary, sieur de Brives, rétablirent et confirmèrent nos privilèges. La régence de Tunis accepta ces capitulations, mais la régence d'Alger, qui tendait de plus en plus à se rendre indépendante de la Porte, les repoussa.

Cet incident, qui révèle le progrès d'une situation qui exerça une grande influence sur les établissements français en Afrique, mérite une attention particulière, et il est utile d'entrer ici dans quelques détails.

A mesure que les liens d'Alger avec la Porte se relâchèrent, la France, d'abord respectée par les corsaires algériens à cause de ses anciennes alliances avec l'empire ottoman, se vit en butte à leurs attaques comme les autres peuples. En 1600, l'établissement de la Galle, connu sous le nom de Bastion de France, fut détruit de fond en comble. En 1604, Henri IV, ayant enfin mis un terme aux troubles de la Ligue, voulut essayer de rendre la sécurité au commerce français, en renouant les anciennes alliances de la France avec les Algériens. Il obtint facilement des ordres de Mahomet 111, avec lequel il renouvela les capitulations qui unissaient autrefois les deux gouvernements. Mais ces ordres demeurèrent inobéis. Quand l'ambassadeur de France de Brives les produisit devant le divan d'Alger, la colère de la milice fiit si vive, qu'il fut obligé de quitter en toute hâte la ville, où sa vie n'était pas en sûreté. Les janissaires repoussaient, comme attentatoire à leurs intérêts, tout traité dont l'objet était de limiter leurs droits à la piraterie, source de leurs richesses. Tout ce que de Brives avait pu obtenir, à force de présents, c'était la restitution des esclaves chrétiens.

Il faut rappeler ici un événement qui exerça une grande in-

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ÉTABUSSBHENTS FRANÇAIS EN AFRIQUE. iOl

fluence sur la côte septentrionale de TAfrique, sur les ravages toujours croissants de la piraterie, et sur la passion comme sur les moyens avec lesquels les Barbaresques l'exercèrent. Depuis la prise de Grenade, en 1492, jusqu'aux premières années du dix-septième siècle, la position des Maures d'Espagne n'avait cessé d'empirer. Suspects à leurs nouveaux maîtres par leur religion, leur origine, leurs mœurs, leurs intelligences naturelles avec les Barbaresques de la côte septentrionale de l'Afrique, ils avaient été violemment gouvernés, gênés dans leurs croyances, rançonnés; et, plusieurs révoltes ouvertes ayant détruit leurs capitulations, ils avaient subi la religion du vainqueur. (]es révoltes, durement réprimées, avaient été suivies d'émigrations partielles qui avaient déjà fortifié sur la côt€ d'Afrique les foyers de piraterie. Lies émigrés revenaient avec les corsaires sur la côte d'Espagne, dont ils connaissaient parfaitement les abords, et les Barbaresques trouvaient à l'intérieur des indications , un appui et des dépôts secrets d'armes et de munitions. Les mesures de rigueur n'ayant fait qu'envenimer les rapports entre les deux races, et l'antipathie des origines, des mœurs et des religions dominant la politique, le gouvernement espagnol prit, sous le r^e de Philippe 111, une mesure radicale : il décréta, en 1609, Texpubion en masse des Maurisques^ Cette loi de proscription, en privant l'Espagne d'au moins 600,000 habitants, augmenta la population d'Alger, de Tunis, de Tripoli, et fit paraître à Salé un nouveau foyer de piraterie. Les sauvages tribus qui erraient sur le rivage reçurent, il est vrai, comme une proie, cette épave de l'islamisme que la mer leur apportait. Elles reprochaient aux Maurisques leur longue soumission aux rites chrétiens, et, au dire des historiens, un grand nombre de ces réfugiés périrent massacrés par leurs coreligionnaires. Mais ceux qui échappèrent vinrent grossir la population des villes barbaresques; ils ajoutè-

* Voir le Ihrre intéressant et plein de recherches publié par M. le comte Albert de Ciroourt, sous ce titre : Histoire des Arabes d'Espagne sous la donûnatian des chrétiens.

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lOS HISTOIRE DE LA CONQUÊTE D*AL6BR.

rent à sa force, et, perdant Tespoir de reconquérir l'Espagne, ils n'aspirèrent plus qu'à la désoler.

Cet événement donna une nouvelle et vive impulsion aux courses des corsaires. La barbarie algérienne, fondée sur le despotisme d'une soldatesque qui gouvernait par le sabre les populations subjuguées, ne laissait point de place à la civilisation. Alger lui emprunta seulement certains perfectionnements pour les instruments de ses brigandages ^ C'est de cette époque que date l'agrandissement de la marine algérienne, qui jusque-là ne se servait que de galères ; elle commença à employer des vaisseaux pontés et à voiles et étendit le cercle de ses entreprises. En 1630 les Barbaresques possédaient jusqu'à cent vingt-deux bâtiments de toute grandeur; Alger seul en comptait soixantedix.

La France, qui, rétablie par Henri IV, continuait sa progression ascendante sous le ministère du cardinal de Richelieu, essaya de nouveau, en 1625, de conclure un traité avec Alger. La situation de notre commerce et celle de notre littoral méditerranéen devenaient intolérables. On voit dans le rapport rédigé par M. deSéguiran, chargé par Richelieu de parcourir les ports français de la Méditerranée , que a les attaques de& pirates étaient alors si fréquentes en Provence, que les bâtiments marchands n'allai^t en mer qu'armés en guerre, et que les habitants des côtes, for^ tifiés dans leurs maisons, avaient été obligés d'établir des signaux de nuit et de jour pour prévenir au loin de l'arrivée des corsaires. ))

Richelieu, pour. rendre quelque sécurité aux populations du Midi, établit des croisières sur les côtes de France et ordonna quelques attaques contre les Barbaresques. Les spins qu'il donna à la marine royale lui permirent d'appuyer les négociations en-

' On retrouTe la trace des Mores d'Espagne k Alger dans le nom de mur des Tagarins, que portait la partie occidentale de Tenceinte de la ville. LesMorisqnes d'Aragon se désignaient par cette dénomination, qui venait de Tandenne division de TEepagne sous les califes ommiades Elrjhagr, la frontière. C'était le pays conquis depuis par les rois d'Aragon sur les émirs de Saragosse.

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