EXPÉDITION» FRANÇAISES CONTRE ALGER SOUS LE RÈGKE DE LOUIS XIV
Cet état de choses dura longtemps. Mais quand la France, sortie de ses embarras intérieui^s, entra dans la plénitude de sa
< CeUe rederaoce n'était primitÎTemenl que de 17,000 livres.
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106 HISTOIRE DE LA CONljUÊTE D'ALGER.
force, on put prévoir que la guerre succéderait à ces querelles sans cesse apaisées et sans cesse renaissantes. Les principales expéditions de la France contre les puissances barbaresques, et en particulier contre Alger, eurent lieu sous le règne de Louis XIV. 11 n'y a rien là qui puisse surprendre. La vigueur et la hauteur du gouvernement delà France, à cette époque, se retrouvèrent naturellement dans ses rapports avec toutes les puissances étrangères, et notamment avec les corsaires, qui, malgré les traités, ne pouvaient se décider à renoncer à la piraterie, source de toutes leurs richesses. Ces expéditions, qui, au fond, ne furent que l'application de la même pensée, et se continuèrent les unes les autres jusqu'à ce que cette pensée eût prévalu, prirent place depuis 1G63 jusqu'à 1688. Dans ce quart de siècle, Louis XIV, malgré les grandes affaires qui l'occupèrent en Europe, trouva le temps et les moyens de réduire la régence d'Alger à subir les traites qu'il lui imposa et à les respecter.
Dès 1663, le duc de Beaufort, avec six vaisseaux de ligne et six galères, avait donné la chasse aux corsaires algériens et leur avait fait éprouver de grandes pertes. Il avait été précédé sur ces mers par de braves chevaliers qui, continuant la gloire de Tordre de Malte, alors déjà dans son déclin, armèrent à Marseille quelques bâtiments pour réprimer l'insolence des corsaires. C'est à bord d'un de ces bâtiments et contre les corsaires algériens que Tourvillc commença, comme volontaire, sa carrière maritime, prédestinée à tant de gloire.
Ces répressions, dont l'effet n'était que passager, ayant été jugées insulTisantes, Louis XFV conçut la pensée de conquérir sur la côte d'Afrique une position militaire et maritime assez forte pour protéger, d'une manière efficace et constante, notre commerce et nos intérêts.
Le point choisi, d'après les avis du célèbre ingénieur Clerville, fut Djijelly, situé entre Alger et Tunis; il présentait de rares avantages pour l'établissement qu'on songeait à y fonder. On y trouvait, en effet, dans la disposition du littoral, les moyens d'établir deux ports sans beaucoup de frais, parce qu'ils étaient
commencés par la nature; la ville, bâtie sur un rocher plat, ne tenait à la terre que par une langue étroite, et, par conséquent, elle était facile à défendre contre les attaques venant de l'intérieur du pays; enfin, à Textrémité du bassin ovale que présentait le rivage vers le couchant d*Âlger, s'élevait un rocher où l'on pouvait construire une citadelle commandant la ville et les deux ports : l*eau douce ne manquait pas dans le pays ^
L'affaire, bien conçue et vigoureusement commencée, fut mal conduite après des succès au début. L'expédition, qui se composait de huit galères, dix-^pt vaisseaux et soixante barques, por* tait six mille hommes de débarquement. Elle avait pour généralissime et amiral le duc de Beaufort; le commandant des troupes de terre était M. de Gadagne, officier de réputation qui avait ap- {Nris la guerre sous Gustave-Adolphe; l'ingénieur Clerville leur avait été adjoint comme maréchal de camp, membre du conseil et chef des ingénieurs, parmi lesquels se trouvaient Deshoulières et Mesgrini. L'unité de direction manquait à l'expédition, par suite de cette composition de Tétat-major.
Le gros de la flotte fit voile de Toulon le 30 juin 1664. Le 8 juillet elle rallia dans le port de Mahon huit galères françaises et sept galères de Malte qui devaient prendre part à l'expédition. Les vents, peu favorables, ne permirent démettre à la voile que le 17 juillet. La flotte fit une démonstration sur Bougie le 21 , et la contrariété des vents empêcha de paraître devant Djijelly* avant le 23. 11 y avait vingt-quatre jours qu'on était parti de Toulon.
Le débarquement se fit, ce jour-là même, avec ordre et sans grandes difficultés, quoique les Maures occupassent le rivage. Vivement poussés, ils se retirèrent. Le lendemain 24 juillet, ils <3vacuaient Djijelly, et les Français l'occupèrent.
C'est ici que commencèrent les fautes. La division se mit parmi
^ Koùs avons uLiiemeat consulté , pour toutes les expéditions de la France contre Alger dans le dix-septième siècle, VHûtoire éC Alger, par M. Ch. de Rotalier.
* Les auteui-s du dix-septième siècle appellent cette place Gigeri ou Gigei.
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les cheb de l'expédition. Ils prêtèrent trop facilement Toreille aux propositions des Maures, qui, pour gagner du temps, leur soumirent plusieurs projets de traités et obtinrent ainsi des trêves qu'ils rompaient bientôt en surprenant nos postes. Les nuits froides et les journées brûlantes de TAfrique leur servirent d'auxiliaires et fatiguèrent Tarmce, qui avait montré beaucoup de valeur et d'entrain dans ces luttes journalières. Les volontaires que Gadagne n'employait pas demandèrent à retourner en France, et les galères de Malte, qui ne s'étaient engagées à concourir à l'expédition que jusqu'au débarquement, affaiblirent aussi l'armée par leur retraite. L'ingénieur Clerville, par trop de mépris de l'ennemi, et dans la conviction qu'il n'avait pas de canons de gros calibre, ne donna point de force aux ouvrages provisoires qu'il entreprit en attendant qu'on approuvât le projet de citadelle qu'il avait envoyé au roi. Or les Maures, qui avaient reçu des Turcs d'Alger des pièces de trente-six et de quarante-huit, firent un tel dégât dans nos ouvrages, que le 51 octobre, trois mois et sept jours écoulés depuis le débarquement, on fut obligé d'abandonner l'expédition et de se rembarquer, après avoir encloué les canons, car on manquait des appareils nécessaires pour les hisser à bord.
Ce ne fut point un désastre comparable à celui de Charles- Quint, mais ce fut un échec. I^ouis XIV, loin de se laisser abattre par ce revers, ordonna au duc de Beaufort de reprendre la mer, et, l'année suivante, en 1665, ce vaillant homme, assisté du commandeur de SaintrPaul, joignit la flotte algérienne à la hauteur de Tunis, et lui infligea une si grave défaite dans deux combats successifs, qu'elle périt prgsque tout entière, et que seize ans se passèrent sans qu'on fût obligé d'armer dans les ports de France pour réprimer les insultes des Barbaresques.
En 1681, les actes de piraterie se renouvelèrent. Le dey ayant fut appeler le père Levacher, vicaire apostolique à Alger, lui déclara que la paix était rompue, et qu'il venait d'ordonner la sortie de deux vaisseaux de course. En même temps, les corsaires de Tunis et de Tripoli couraient sur nos bâtiments de commerce.
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Les Barbaresques payèrent cher ces insultes. L'année ne s'était point écoulée avant que Duquesne, et sous lui Tourville, eussent détruit la flotte de Tunis et de Tripoli. Il fallut que les chefe de ces deux pays subissent les conditions imposées par Louis XIY . Au nombre de ces conditions était la mise en liberté de tous les esclaves chrétiens. Ce fiit alors qu'eut lieu cet incident qui témoigne de l'oi^eil national des Anglais. Parmi les esclaves remis au comte d'Amfreville, capitaine de vaisseau chargé de cette négociation, il y avait beaucoup d'Anglais. Us soutinrent à d'Amfireville qne c'était par considération pour le roi d'Angle* terre qu'ils étaient mis en liberté. « Puisque cela est ainsi, dit d' Amfreville, qu'on fasse venir les Turcs,» et, leur remettant les Anglais : « Ces gens-ci, dit-il, prétendent n'être délivrés qu'au nom de leur roi ; le mien ne prend pas la liberté de leur offrir sa protection , je vous les rends ; c'est à vous de montrer ce que vous devez au roi d'Angleterre. » Les Anglais lurent remis aux fers ; châtiment bien dur d'un orgueil déplacé ^
Alger était plus difficile à frapper. 11 fut un moment question d'opérer la conquête de cette ville, et les raisons ne manquaient point aux partisans de ce plan hardi. Sa belle position sur le lit* toral de la Méditerranée, sa situation sur la route de l'Inde par l'isthme de Suez, sa proximité de la France , la fertilité de son pays, célèbre au temps des Romains , frappaient les esprits. Mais les frais de l'expédition, ses difficultés attestées par l'expérience du passé, le désasti^ de Charles-Quint, encore présent aux mémoires , le souvenir tout récent de l'échec éprouvé à Djijelly, empêchèrent de donner suite à cette idée. On renonça à conquérir Alger, on se borna à le châtier.
Duquesne, avec sa hardiesse ordinaire, proposait d'attaquer de vive force les forts de la marine, projet difficile et dangereux avec des forts aussi redoutables que ceux de Bab-Azoum, de Bab-al- Oued, qui montraient, le premier quinze canons, le second douze, et les batteries rasantes du Môle, qui présentaient soixante-dix à
' Ce fait est raconté par Voltaire dans le Siècle de Louis XIV.
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quatre-vingts bouches à feu. On n'avait point encore adopté de plan d'attaque, lorsqu'un pauvre gentilhomme de Gascogne, Renaud d'Éliçagarray, connu sous le nom de Petit Renaud, proposa un moyen nouveau et audacieux : c'était de tenter, entreprise inouïe dans les fastes de la marine, le bombardement d'Alger avec des mortiers placés sur les vaisseaux. Cette idée, ingénieusement hardie, eut, «levant le conseil du roi, le sort de toutes les idées nouvelles, quand elles sont présentées devant les corps dépositai* res des traditions de la science : elle fut rejetée à ru;.animité. Heureusement Petit Renaud trouva dans Louis XIV, qui, avec son espritjuste et droit, fut frappé de la manière lumineuse dont ce gentilhomme développait son plan, un appréciateur moins esclave de la routine. L'essai fiit résolu. Renaud d'Eliçagarray, autorisé par le roi, fit construire cinq navires à fond plat, de moyenne {grandeur et d'un fort échantillon, pour résister à la réaction de la bombe. Chacun de ces navires, appelés galiotes, embarqua deux mortiers de douze à quinze pouces coulés sur une semelle fixe inclinée de quarante-dnq degrés pour obtenir la plus grande portée, et reposant sur une charpente solide supportée par des lits de madri^s et de câbles. C'est ainsi que la marine fut dotée, à l'occasion d'Alger, d'une nouvelle puissance de destruction.
Le 23 juillet 1682, la flotte française, forte de onze vaisseaux de ligne, quinze galères, cinq galiotes, deux brûlots et quelques tartanes, mouilla en rade d'Alger. Des v^its violents et une grosse mer obligèrent Duquesne d'ajourner le projet d'attaque, et ce no fut que le 1 5 août qu'on put faire une première tentative. Elle ne réussit point, parce que l'inexpérience et l'insuffisance des dispositions prises amenèrent des accidents. La tentative, renouvelée le 30 août avec plus de précautions, réussit complètement; cent vingt bombes tombèrent dans la ville et y portèrent le ravage et la destruction. Le 3 septembre, la mer étant belle, le bombardement recommença. Les Algériens essayèrent d'enlever la ligne d'embossage des Français ; reçus par un feu bien nourri d'ai^ tillerie et de mousqueterie , ils furent obliges de regagner en desordre leur port. Ils envoyèrent, le 4 septembre, le père Leva-
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cher à Duquesne pour traiter de la paix ; les conditions imposées parla France parurent trop dures, les Algériens refusèrent de les accepter. Le bombardement recommença pendant la nuit; mais l'époque avancée de la saison, et le vent qui devint tout à coup mauvais, obligèrent Duquesne à rentrer à Toulon, en laissant Alger à demi ruinée. Ce n'était que partie remise : le moyen de la soumettre était trouvé.
En juin 1683 une nouvelle expédition fit voile de Toulon, sous les ordi-es de Duquesne, et parut le 20 juin en vue d'Alger, devant laquelle elle trouva la croisière commandée par le marquis d'Amfreville. Cette expédition se composait de seize vaisseaux, sept galiotes à bombes et deux brûlots. Cette fois on arrivait plein de confiance dans un moyen éprouvé, et avec l'expérience de la première expédition, qui indiquait les précautions à prendre pour éviter les accidents et les avaries. Sept ancres furent portées à six cents toises du Môle ; deux autres ancres, servant à deux vaisseaux destinés à flanquer les galiotes et à les proléger contre les attaques de l'ennemi, lurent mouillées à trois cents toises, la première vis-à-vis l'extrémité nord du Môle, la seconde à l'extrémité sud; au bout des amarres qui servaient aux galiotes, se trouvaient amarrés des vaisseaux, hors de la portée du canon, de sorte que chacune des galiotes, qui formaient un demi-cercle en face du Môle, avait derrière elle un vaisseau qui portait son amarre. Ces mesures préliminaires turent prises en présence de l'ennemi, qui n'essaya pas de les contrarier.
Dans la nuit du 26 au 27 juin, les galiotes se hâtèrent sur leurs câbles; quatre chaloupes canonnières, armées chacune d'un gros canon, se placèrent entre les bombardes et les forts, et le bombardement commença. Il dura pendant une partie de] la journée du 27, et reprit le soir avec une nouvelle mtensité. L'effet en fut terrible. Plusieurs milliers de personnes périrent ; les mosquées, le palais du dey et un grand nombre de maisons furent renversées. Le peuple, désespéré et furieux, ne savait où trouver un asile. Le dey, ne pouvant prolonger la lutte, envoya vers Duquesne, pour traiter de la paix, le père Levacher et le commandant de Beaujeu,
lis HISTOIRE m LA CONQUÊTE D*AL6ER.
alors prisonnier. Duquesne exigea, comme condition préalable de tout arrangement, la mise en liberté des esclaves chrétiens. On lui en avait rendu cinq cents quarante-six, et la négociation continuait, lorsqu'une de ces révolutions si communes à Alger changea la face des affaires.
Parmi les otages exiges par Duquesne, se trouvaient Mezzo- Morlo, amiral de la flotte algérienne, et Hali, raïs de la marine. Le mécontentement de la population, de plus en plus menaçante, et qui, depuis que le feu avait cessé, passait de la crainte a la fureur, ayant empêché le dey de souscrire à la seconde condition imposée par Duquesne, le payement d'une indemnité pour les prises faites, à différentes époques, par les corsaires sur le commerce français, on se rendit, de part et d'autre, les otages. Mezzo-Morto, qui avait promis à Tamiral français d*agir sur la milice dans le sens de la paix, agit dans le sens contraire. A peine à terre, il représenta aux janissaires, aux groupes desquels il se mêla, que Baba-Hassan ne méritait pas de commander à l'invincible milice. — a II la déshonorait, disait-il, par une paix honteuse. N'avait-il pas déjà ruiné TÉtat et les particuliers en rendant les esclaves aux Français, qui refusaient de rendre les Turcs enchaînés à bord de leurs galères. » Les passions de la soldatesque, enflammées par ces discours, devaient bientôt faire explosion. Les janissaires se répandirent en groupes armés dans la ville, et, le soir, à dix heures, Baba-Hassan, qui rentrait dans son palais, lut atteint de quatre coups de feu. Aussitôt Mezzo-Morto fut proclamé à sa place.
Duquesne, qui le croyait encore favorable à la paix, le fit complimenter, et, sur sa demande, lui envoya par écrit les conditions à souscrire. Deux jours se passèrent sans réponse; alors Duquesne hissa le pavillon rouge, en Tappuyant de deux coups de canon à boulet. Les Algériens répondirent par une manifisstation semblable. La guerre recommençait. Cependant, avant de reprendre les hostilités, le chef de l'expédition voulut mettre à l'abri des représailles la population française qui résidait à la Calle. Quatre galères, envoyées par lui, revinrent chargées de quatre
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cent vingt personnes. Depuis le rétablissement du Bastion de France en 1640, le commerce avait continué sur ce point, malgré des guerres presque continuelles entre la France et Alger. La nuit suivante, le bombardement fut repris, et, en même temps, on lança des brûlots sur le port. Deux vaisseaux, une galère, plusieurs bâtiments marchands coulés à fond, les édifices qui restaient debout dans la ville incendiés ou renversés, un grand nombre de morts : tels furent les résultats de cette nuit.
lies Algériens se défendaient avec courage. Éclairé la nuit par de grands feux, leur tir devenait plus juste, et faisait éprouver des pertes sensibles aux Français qui étaient venus s*embosser, avec une grande hardiesse, sous le canon de Tennemi, pour bombarder la ville de plus près. Les ravages qu'ils y faisaient croissant d'heure en heure, la iîireur de la population ne connut plus de bornes, et, le29 juillet, Mezzo-Morto, partageant cette lureur, ordonna au père Levacher, conduit devant lui par ses satellites, de choisir entre le turban et la mort. Le généreux prêtre n*hésita point, et lut attaché à la pièce dite la Consulaire. Un jour, la victoire devait, nous Tavons dit, mettre aux mains de. la France cet instrument de meurtre consacré par ce martyre. Une fois les exécutions commencées, elles continuèrent. Mais, au milieu de ces actes atroces, vient s'encadrer un trait de magnanime courage qui console le cœur. Un oi&cier français, M. de Ghoiseul, pris deux jours auparavant dans une ronde de nuit, venait d'être attaché à la bouche d'un canon, lorsqu'un capitaine de corsaire, peu de temps auparavant son prisonnier, et plein de gratitude pour la bonté qu'il avait trouvée en lui, traverse la foule, le proclame son bienfaiteur et demande sa vie. La foule, prompte à passer de la colère à la pitié, s'attendrit; mais Mezzo-Morto, demeurant inflexible, conunande le feu au canonnier. Alors le corsaire, se serrant contre Ghoiseul et le tenant embrassé : ce Eh bien! tire, crie-t-il au canonnier; puisque je ne puis sauver mon bienfaiteur, j'aurai du moins la consolation de mourir avec lui.» La beauté de l'action, la surprise, le courage du corsaire, l'émo-
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iî4 fflSTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER.
lion de tous, touchèrent Mezzo-Morto lui-même, car l'homme le plus endurci est toujours homme par quelque endroit, et n'échappe point à Tadmiration involontaire qu'excite, dans le cœur humain, la vertu. M. de Choiseul fut sauve.
Le bombardement dura jusqu'au 18 août, en faisant dans Alger d'immenses ravages. Près de mille bombes étaient tombées dans la ville. Cependant Mezzo-Morto tenait encore. Tout en continuant à répondre au bombardement, il avait eu à défendre, les armes à la main, son pouvoir contre la population, que le paroxysme du désespoir et de la terreur poussait à la révolte. Entouré de la milice, il fit face à ce double péril, et il était maître d* Alger en ruines, lorsque les bombes manquèrent à Duquesne, qui n'avait point voulu faire embarquer un grand nombre de ces projectiles dangereux à bord des vaisseaux, dont l'emménagement était loin d'égaler la perfection d'installation obtenue dans les temps modernes.
11 fallut donc repartir pour Toulon, en laissant encore une fois l'œuvre inachevée. Mais Duquesne établit Tourville en croisière devant la ville, et fit avertir le dey qu'il ne tarderait pas à revenir. Cette fois, les Algériens ne l'attendirent pas. Épouvantés à l'idée de voir recommencer, l'été suivant, le bombardement qui avait déjà fait tant de victimes, ils se soulevèrent contre Mezzo-Morto, qui n'eut que le temps de fuir pour éviter le sort de son prédécesseur.
Une première paix fut alors signée le 16 avril 1684. Elle fut moins dure qu'on n'aurait pu le supposer. Tourville renonça à obtenir les frais de la guerre, et rendit même aux Algériens les soldats de la milice, prisonniers à bord des galères de France, fj'obstination intrépide des janissaires dans le dernier bombardement leur avait conquis de meilleures conditions; on voulut sans doute aussi faire quelque chose pour la population, qui avait contraint Mezzo-Morto à la fuite, afin de traiter avec la France; enfin, les difficultés et les hasards des expéditions tentées sur cette côte dangereuse durent contribuer à décider Louis XIY à sanctionner un traité dont il avait été d'abord mécontent.
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Ce traité dura peu. La leçon n'avait pas été assez complète, et les Algériens revenaient presque irrésistiblement à la piraterie, qui était pour eux une habitude et un besoin. Ils crurent qu'on les ménageait parce qu'on les craignait, et, des 1685, Louis XIY était obligé de renvoyer Tourville devant Alger pour demander réparation de diverses infractions au traité. Ils promirent de faire droit aux représentations de la France; mais, loin de là : ils recommencèrent leurs déprédations dans les années suivantes a^ec les corsaires tripolitains et tunisiens placés sous Tinfluence du dey, et firent éprouver les plus grandes pertes au commerce de France, d'Espagne et d'Italie.
Le roi, déterminé à mettre un terme à cette piraterie, chargea le maréchal dTstrées de châtier d'abord Tunis et Tripoli : ces deux villes se soumirent, après un bombardement, aux conditions qui leur furent dictées. Elles payèrent une contribution de guerre, et Tunis assura à la France, à l'exclusion de l'Angleterre qui le convoitait, le droit de faire le commerce sur sa c6te et d'y pécher le corail. Le tour d'Alger était venu. Vers la fin du mois de juin 1688 , le maréchal d'Estrées parut devant cette ville, et, du l*' au 16 juillet, il y jeta dL\ mille bombes.
Cette fois l'orgueil d'Alger fut vaincu. Pendant cette épouvantable exécution, la population se livra d'abord à ses fureurs accoutumées. Le successeur du père Levacher, le père de Montmasson, le père François Francillon, le consul de France et quarante autres Français à peu près furent attachés à la bouche des cânons^ Mais, quand cette fureur se fut assouvie, les Algé-
^ On troure des détails curieiu et touchants sur ces exécutions dans une lettre écrite par le frère Jacques le Clerc, de la congrégation de Saint-Lazare, résidant alors h. Alger» pour y servir de compagnon au Ticaire apostolique , et qui Til lui-même de près la mort dans cette occasion. On le prit en eflet le 7 juillet 1688 pour le conduire au lieu du supplice. Il devait, comme le vénérable père de Montmasson, être attaché à la bouche d'un canon, i Mon heure o'était pas encore venue, ajoute4-il ; il plut à la divine Providence de me réserver à quelque autre fin à elle connue. Je fus donc conduit pour aller saciifier à Dieu la vie qu'il m'avait donnée; mais je n'eus pas plutôt fait deux cents pas, que je me vis reconduire au lieu d'où j'étais parti. » Le frère raconte en-
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HG niSTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER,
nens comprirent qu'il y allait de Texistence de la ville, qui ne pouvait résister à celte force de destruction que possédait le roi de France, et dont il était résolu à se servir jusqu'au bout pour les réduire. Ils se soumirent donc à leur destinée, et, bien que le maréchal d'Estrées, à bout de munitions, fût rentré à Toulon, ils demandèrent la paix et renoncèrent à une lutte impossible.
Louis XIV exigea cette fois qu'une ambassade solennelle vînt lui porter la soumission d'Alger. Le 26 juillet 1690, Méhémet Fleming , envoyé du dey, fiit présenté au roi par le marquis de Seignelay dans la galerie de Versailles. Il prononça sa harangue en turc, et Lacroix-Petit , secrétaire interprèle du roi, la traduisit aussitôt. C'était le temps des pompes triomphales auxquelles le royal palais de Versailles servait de cadre majestueux. Déjà le doge de Gênes était venu s*inclinér devant la grandeur de la France personnifiée dans le grand roi : et, à plus juste titre encore que lui, Méhémet Fleming aurait pu répondre à qui lui aurait demandé ce qui Tétonnait le plus à Versailles : « C'est de m'y voir. »
Voici le discours prononcé dau3 celte mémorable circonstance par Méhémet Fleming :
« Très-puissant, très-majestueux et très-redoutable empereur, dit Fleming, Dieu veuille conserver Votre Majesté avec les princes de son sang, et augmenter de un à mille les jours de voire règne.
suite commenl le gardien Bachi lui dil de n^avoir point peur et de rester là en repos ; comment il écriyit au révérend père d'Espînosa, administrateur du grand hôpital espagnol, pour Tavcrtir de la triste situation où il se trouvait; comment celui-ci lui envoya un Majorquin de ses amis nonmié Plumel, homme d^espritet adroit, qui négocia sa délivrance, en promettant au gardien Bachi deux cent vingt piastres ; comment on le fît conduire, après lui avoir fait couper les cheveux et ravoir fait changer d*habits, au jardin du père administrateur, qui avait reçu également dans son jardin huit ou dix capitaines, qui sauvèrent leur vie à force d'argent. ï-a cruauté tempérée par la cupidité, tel était le trait prind|ial du caractère de ces barbares : nous avons trouvé quelque chose de cda dans nos révolutions. On trouve la lettre du frère Jacques dans le Voyage pour la rédemplion des captifs, par les PP. François Gomelin, etc.
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