EXPÉDITION AMÉRICAINE EN
M. Shaler, consul général des États-Unis, raconte ainsi cet épisode maritime, dans lequel il joua le rôle principal : « A cette occasion, dit-il, je fus nommé, par le président, commissaire pour traiter de la paix avec Alger, et les capitaines Bambridge et Decatur, commandants des forces maritimes destinées à appuyer les négociations, me furent adjoints. Je fis voile de New- York, en mai 1815, avec M. Decatur, qui commandait la première division, laquelle consistait en trois frégates, un sloop, un brick et trois schooners. Nous arrivâmes dans la Méditerranée au commencement de juin, et, le 16 du même mois, nous rencontrâmes et nous primes une frégate algérienne à la hauteur du cap de Gâte; deux jours /iprès, nous fîmes rencontre et capture d'un grand brick; le 28 juin, nous parûmes à la hauteur d'Alger, et, conformément à nos instructions, nous proposâmes à la Régence les conditions auxquelles elle pouvait renouveler ses relations pacifiques avec les États-Unis. Les Algériens furent tout à fait déconcertés par ces événements, et, tous leurs croiseurs étant en course, ils accédèrent, presque sans discussion, aux termes de la paix que nous leur dictâmes. Le traité lut signé le 31 juin, et, le soir du même jour, je débarquai à Alger, en qualité de consul général des États-Unis, poste auquel j'avais été également nommé par le président, le cas échéant de la conclusion delà paix. Ces événements se succédèrent si rapidement, que j'avais peine à y croire. Il m'avait semblé impossible que cette fameuse Régence pût se rendre à discrétion dès ce premier coup de vigueur; mais un léger examen me fit voir que ce n'était qu'un ridicule fantôme, et m'amena à regretter que nos inslruclîons ne nous permissent pas de lui infliger un châtiment plus exemplaire ^ »
Dans ces lignes, empreintes de la hauteur confiante qui caractérise la politique des États-Unis, le représentant de ce grand pays s'exagérait la portée de Tavantage obtenu et la facilité
* Cette lettre est citée dans Y Aperçu historique, statistique et topographique sur VÊtatd* Alger, rédigé au dép<)t général de la guerre, page 77 (1830).
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128 UISTOIRE DE LÀ CONQUÊTE D*ÂLGER.
d'une expédition contre Alger. Le difficile n'avait jamais été d'obtenir des Algériens des clauses faTorables, surtout quand on les surprenait dans un moment propice, comme cela était arrivé à Tescadre américaine, paraissant à Timproviste devant Alger, dont les croiseurs étaient en course, de sorte que la ville se trouvait mal préparée à la défense, et que sa marine militaire, dispersée, était à la merci de Tescadre américaine. Le difficile, c'était de faire exécuter un traité obtenu, et d'obliger la Régence, une fois le péril passé, à exécuter les conditions acceptées sous le coup du péril.
L'Angleterre en fit l'expérience l'année suivante. Au commencement de 1816, lord Ëxmouth s'était présenté en rade d'Alger avec une division anglaise composée de 6 vaisseaux de haut bord, 4 frégates et 2 bricks, pour demander, au nom des sept grandes puissances de l'Europe, l'abolition de l'esclavage des Européens. Le dey répondit qu'il ne pourrait souscrire à une pareille condition sans exciter contre lui l'animadversion du divan et faire éclater une révolution à Alger. Il proposa, comme terme moyen, de mettre quelques chrétiens en liberté, en considération du roi d'Angleterre. Lord Exmouth fit connaître à son gouvernement cette proposition, et, passant outre, il se présenta successivement devant Tunis et Tripoli, qui, effrayés des préparatifs d'attaque faits par la flotte anglaise, souscrivirent à la condition imposée. Encouragé par ce premier «uccès, lord Exmouth revint devant Alger, et renouvela ses réclamations. Débarqué lui-même, avec son frère, sir Israël Pellew, major général de la flotte, et un capitaine de frégate, pour présenter en personne ses sommations, il courut, ainsi que ses compagnons, les plus graves périls. Les janissaires le menacèrent de mort, l'un d'eux appuya son pistolet sur sa poitrine, et l'amiral dut mettre l'épée à la main. Quant au dey, il se retrancha, comme la première fois, dans les difficultés de sa position, et refusa d'acquiescer à la réclamation des sept puissances.
L'amiral, de retour à son bord, donna l'ordre d'attaquer immédiatement ; mais, le vent s'y étant opposé, le dey fit de nou-
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