EXPÉDITIONS ANGLAISES : U)RD EXMOUTH
mouillée le plus au large du Môle. A cinq heures une seconde frégate fut incendiée par des carcasses^ que lançaient les chaloupes canonnières et bombardières. A sept heures trente minutes plusieurs autres frégates^ amarrées au dedans du Môle, éprouvèrent le même sort. Une de ces frégates, s'étant détachée, vint, pous* séepar lèvent, sur le vaisseau amiral de lord Exmouth, et Ton dut manœuvrer et changer de position pour l'éviter. I^ feu des Algériens commença dès lors à se ralentir. Les batteries du Môle, en général, et les batteries supérieures étaient éteintes; mais les batteries inférieures, fortement casematées, continuèrent un feu bien nourri jusqu'à onze heures et demi du soir. Le péril que l'incendie de la Qotte algérienne en feu créait à l'escadre an* glaise devint si imminent à dix heures un quart du soir, par une brise de N. 0. , que l'amiral donna à ses vaisseaux Tordre de couper les câbles et d'appareiller. A onze heures quarante-cinq minutes le feu cessait des deux côtés ; la flotte anglaise, pour éviter l'incendie, avait du se replier à la hâte de Tautre côté de la baie.
Les Algériens avaient fait des pertes cruelles ; un grand nombre d'habitants avaient péri, la flotte entière avait été incendiée, les batteries supérieures du fort de la Marine, prises à revers, avaient été démontées et leur canonniers tués. Mais les remparts de la ville et les batteries basses du fort, construites en pierre de taille, avaient peu souffert. La ville, dont les maisons, depuis les bombardements de Louis XIV, sont terrassées, et presque entièrement construites de pierre et de briquœ, n'avait pu être incendiée par les fiisées à la congrève. Les avantages obtenus par lord Exmouth n'avaient donc rien de décisif, et ils avaient été chèrement payés. La Reme-Charlotte seule comptait quatre-vingthuit morts et cent vingt-neuf blessés; en outre, elle avait éprouvé
• Carcasse, terme de marine : « Autrefois on donnait le nom de carcasse à une espèce de bombe percée de trois trous; aujourd'hui c'est ainsi que Ton appelle l'enveloppe en fer d'un pr^ectile creux destiné à recevoir des artifices. Carcomèrty synonyme de chaloupe canonière. Dictionnaire de marine, par M. le baron de Bonnefoux.
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de graves avaries. Tous ses mâts étaient trùsH3ndommagés. Elle avait perdu sa grande vergue et sa vergue de misaine, une ancre de bossoir et plusieurs autres ancres, et son gréement était, en plusieurs endroits, coupé. Les pertes du reste de l'escadre étaient proportionnelles à celles du vaisseau amiral : elles offraient un total de huit cent quatre-vingt-trois morts et de plus de quinze cents blessés.
Heureusement pour lord Exmouth, le dey, menacé d'une de ces conspirations si communes à Alger dans un jour de revers, lui envQya, le lendemain, des parlementaires. La diminution de ses équipages, les fatigues des survivants, les avaries de ses navires, le défaut de munitions, car il avait, la veille, brûlé trois mille quintaux de poudre, ne lui auraient pas permis de recommencer les hostilités. Le dey signa un traité stipulant Tabolition absolue de Tesclavage des chrétiens, la délivrance sans rançon des captif de toutes les nations européennes, la restitution de 370,000 piastres fortes, que le dey avait reçues deux mois auparavant pour rachat de cinq cent soixante-dix esclaves napolitains, Tabolition du tribut précédenunent imposé au pavillon hollandais, qui jouirait désormais des avantages résultant des traités entre TAngleterre et Alger. Mille esclaves furent rendus par le dey, en exécution de ce traité.
Malgré la sévérité de la leçon, Teffet moral qu'elle avait produit ne dura pas longtemps. Ce fut eu vain, en eflet, qu'en septembre 1819 une escadre anglo-française, sous les ordres des amiraux Jurien et Freemantle, se présenta devant Alger pour si* gnifier à la Régence la résolution prise par les grandes puissances européennes, réunies en congrès à Aix-la-Chapelle, de mettre un terme aux pirateries des Barbaresques. Le dey reiîisa obstinément une réponse écrite, et déclara de vive voix qu'il ferait la guerre, conune de coutume, au pavillon des nations qui négligeraient de faire payer le tribut à Alger, et que les corsaires continueraient, malgré les représentations des grandes puissances, à envoyer des détachements de leurs équipages à bord des bâtiments de commerce pour examiner leurs passe-ports; visites su-
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