LETTRE DU CAPITAINE COLLET
envoyé toute sa bordée dans les flancs de l'anglais; puis, passant de Tautre côté, avait renouvelé la même manœuvre; après quoi il s'était tranquillement éloigné, déjà hors d'atteinte avant que Tennemi lut revenu de sa stupeur. Ce Jean Bart, à qui les occasions avaient manqué, avait autant de sang-froid dans l'appréciation que d'énergie et d'ardeur dans l'exécution. On pouvait être sûr qu'il irait jusqu'aux limites extrêmes du possible dans l'estimation de ce qui pouvait être fait par mer contre Alger.
Voici la réponse qu'il adressa aux questions du ministre, à la date du 10 août 1827; il écrivait devant Alger même, à bord de la Provence :
« Monseigneur, par ma dépêche du 7 juillet, j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Excellence que les renseignements que j'avais pris sur la position d'Alger et ses moyens de défense ne me permettaient pas de supposer qu'il fût possible de tenter, avec quelque espérance de succès, une entreprise sur ses bâtiments dans le port ou contre la ville elle-même. Votre Excellence remarquera, d'après le mémoire de M. Deval, consul général, adressé au ministre des affaires étrangères, et dont je joins ici un double, que le résultat de toutes les expéditions qui ont précédé ou suivi celle de lord Exmouth en 1816, ont toujours tourné à l'avantage des Algériens; que celle même de lord Exmouth, qui a été la plus formidable, ne leur a pas fait un notable dommage, et qu'au lieu d'abaisser l'orgueil du dey elle lui a appris à connaître combien il pouvait braver les efforts d'une escadre. Elle se convaincra facilement que recourir aux mêmes moyens pour obtenir raison de tous les griefs que la France a envers le dey ne serait prendre qu'une demi-mesure, qui, probablement, n'amènerait à aucun résultat favorable, et pourrait, au contraire, retarder la fin de cette guerre.
c Une escadre, d*après tout ce qui est dit dans ce mémoire, ne peut être destinée à attaquer Alger que pour faire diversion et soutenir des troupes de débarquement au moment où elles escaladeraient les murailles. Les Algériens sont loin de penser
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à une entreprise aussi hardie, à une attaque aussi vigoureuse. On peut croire qu'ils ne la supposent pas possible, si Ton en juge par le peu de soin qu'ils ont mis à fortifier la ville du côté de terre. Le colonel du génie Boutin, qui fut envoyé à Alger en 1806 et 1807 pour examiner la place et ses environs, doit avoir déposé au ministère de la guerre des mémoires sur les résultats de son travail et de ses observations. Alger S depuis cette époque, n'a rien changé à ses moyens de défense du côté de la terre. Le gouvernement du roi saura, d'après toutes ces données, s'il lui importe de s'emparer de cette place, et jugera de la quantité d'hommes à y envoyer, si toutefois il prend cette détermination.
« Une expédition de cette nature n'étant praticable que pendant la belle saison, on pourrait employer au transport des troupes tous nos vaisseaux condamnés qui sont pourtant capables, malgré leur mauvais état, de tenir la mer pendant quelque temps, n'ayant surtout que la batterie haute; je dis d'employer ces vaisseaux, parce que je sais combien il est difficile de rallier des bâtiments de transport lors d'un débarquement. Il faudrait, si la chose était possible, que toutes les troupes fussent transportées par les bâtiments du roi. On serait sûr de leur navigation et de l'activité que les officiers mettraient pour concourir à la réussite de l'expédition. Les capitaines du commerce n'y portent pas le même intérêt. Les bâtiments sont souvent mal commandés, ce qui ne peut arriver sur les bâtiments du roi.
<c Je crois môme que, sur chaque navire de commerce qu'on serait obligé d'employer comme moyen de transport il conviendrait de mettre un enseigne de vaisseau. Cette mesure éviterait l'armement d'un grand nombre de bâtiments légers, nécessaires pour éviter les séparations et les rallier au moment du débarquement.
* Ce passage de la leUre du commandant Collet, et la note envoyée le 1*' juillet 1827 par le consul général Deral, mirent sur la trace du travail du chef de bataillon du génis Boutin, dont les plans deTinrcnt le point de départ du projet d'expédition.
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