MISSION DU CAPITAINE DE LA BRETONNIÈRE
appartenu autrefois àM.Deval, consul général de France à Alger, mort peu de temps après avoir quitté cette ville. Ils y virent plusieurs capitaines de navire français, arrêtés depuis la rupture, et le seul survivant du désastre des canots de la Duchesse-de-Berri et de VIphigémej sauvé par un Arabe auquel il s'était rendu, et qui l'avait défendu, les armes à la main, contre ses compatriotes, belle action récompensée par le dey qui avait fait don au libérateur de deux cents piastres, tandis qu'il n*avait payé que cent piastres chaque tête coupée; il est vrai qu'on ne rachète point les morts, et qu'on rachète les vivants. Les autres prisonniers français logeaient en partie chez les consuls des nations européennes, eu partie dans une maison que le gouvernement leur avait assignée près de la Marine; en général, ils n'étaient pas maltraités. Ces prisonniers faisaient des vœux ardents pour la conclusion de la paix, car Texpérience était là pour les avertir qu'une expédition dirigée contre Alger pouvait devenir le signal de leur supplice.
Le 2 août, le commandant de laBretonnière, quittant de nouveau son bord, se rendit à midi chez le ministre de la marine. La mission qu'il allait remplir était périlleuse, car le gouvernement algérien, étranger aux plus simples notions du droit des gens, avait souvent attenté à la liberté, môme à la vie des ambassadeurs. Ceux qui entouraient l'envoyé de France remarquèrent l'air triste et abattu du drogman du dey et la physionomie sombre des dignitaires quiTentouraient, comme un symptôme de mauvais augure. Introduit auprès du dey avec le même cérémonial qu'à l'audience précédente, la conversation, après les compliments d'usage, s'établit sur les points en discussion. Elle se termina, après de longs débats, par le rejet absolu que fit le dey des propositions du gouvernement français.
« Après avoir fait les plus grands efforts, dit M. Biarichi, secrétaire-interprète du roi, pour remplir, par la délivrance des prisonniers, les vues personnelles de Sa Majesté, et avoir inutilement employé tous les moyens de persuasion pour amener Hussein-Pacha à consentir aux justes réclamations de la France, \v
commandant des forces navales du roi, dont le langage avait été celui d'un négociateur conciliant et courageux, lui fit observer la terrible responsabilité qu'il assumait sur sa tête, en se rendant, aux yeux de Dieu et des hommes, la cause des malheurs de son pays, et il n'hésita pas à lui déclarer que désormais le roi de France, après avoir épuisé tous les moyens de conciUation, emploierait les forces que le Tout-Puissant avait mises entre ses mains pour défendre ses droits et la dignité de sa couronne.
<c — J'ai de la poudre et des canons, répliqua Hussein-Pacha ; et, puisqu'il n'y a pas moyen de s'entendre, vous êtes libre de vous retirer. Vous êtes venu sous la foi du sauf-conduit, amanilè, je vous permets de sortir sous la même garantie.
« Nous prîmes immédiatement congé de ce prince, et sortîmes du palais K »
Quand M. de la Bretonnière, après avoir traversé une multitude curieuse et inquiète, qui essayait de lire sur son visage le résultat de sa mission, fut au moment de se rembarquer dans son canot, le consul général de Sardaigne et l'interprète du dey le prièrent de différer, jusqu'au lendemain midi, son départ de la baie, dans l'espoir que quelques heures de réflexion pourraient vaincre l'obstination du dey. M. .de la Bretonnière y consentit; mais il dit, en parlant au drogman de la Régence : « Rappelez à votre maître, monsieur, que, passé cette heure, s'il ne se rend pas aux justes réclamations du roi, toute négociation est rompue, et je ne serai plus pour lui que le commandant des forces navales de Sa Majesté, chargé de continuer les opérations delà guerre jusqu'à pleine et entière satisfaction ". »
Le vent était debout, et la mer affreuse. Cène fut qu'avec peine que le commandant de la Bretonnière arriva à son bord, après trois heures d'efforts et de périls. La position de \aProvence dans la baie n'était point sans danger, à cause de l'état de la mer, du .sens des courants et de la nature corailleuse du fond, qui rend
• Uelalion, etc.; par M. Bianclii.
* Relalion, etc.; par M. Bianchi.
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