INSULTE FAITE AU PAVILLON PARLEMENTAIIŒ
l'attérage difficile. Mais le commandant avait donné sa parole de ne partir que le lendemain, il fallait la tenir. Vers neuf heures du soir, on s'aperçut que le vaisseau avait chassé de deux encablures sur son ancre, et on découvrit bientôt que le câble était coupé. Une seconde ancre fut immédiatement mouillée avec la chaîne. Peut-être ne fut-ce qu'à la faveur de cette précaution que le vaisseau échappa au danger d'échouer sous les batteries du fort Bab-Azoun, où sa perte et celle de l'équipage eussent été inévitables.
Ici, nous laissons la parole au témoin oculaire qui a raconté la nouvelle insulte à laquelle la France fut en butte de la part des Algériens.
« Le lendemain 3 août 1829, dit-il, vers raidi, le commandant ordonna au brick Y Alerte ^ mouillé à peu de distance de nous, et qui avait suivi le vaisseau dans cette mission, d'appareiller et de sortir de la baie couvert du pavillon parlementaire. Forcé par le vent de passer sous les batteries de la ville et à portée du canon, M. le capitaine de Nerciat exécuta cette manœuvre avec habileté et prit le large. A une heure, le vaisseau, après avoir également appareillé, suivait la même route ayant les basses voiles, les huniers et les perroquets, portant le pavillon parlementaire au mât de misaine, le pavillon du roi arboré à la corne, et le guidon de commandement au grand mât. Plein de confiance sur la foi du sauf-conduit, nous naviguions pour sortir de la baie, lorsqu'un coup de canon à poudre, parti de la batterie du Fanal, fixa notre attention. Peu de temps après, on entendit un deuxième et un troisième coup, et l'on vit beaucoup de monde courir aux batteries. C'était probablement l'ordre de faire tirer, car aussitôt une canonnade à boulets, partie des batteries de la ville et du môle, et dirigée sur le vaisseau, ne laissa plus de doute sur l'attentat qui allait être commis. En effet, dès ce moment, de deux heures et demie jusqu'à trois, c'est-à-dire pendant une demi-heure, jusqu'au moment où le vent nous permit de nous éloigner de la côte, le vaisseau du roi la Provence a essuyé le feu d'environ quatre-
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i74 HISTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER.
vingts coups de canon et celui de plusieurs bombes qui tombèrent à peu de distance de Tarrière du vaisseau.
c( Un heureux hasard voulut que onze boulets seulement atteignissent le corps du bâtiment, c'est-à-dire trois dans la coque, un dans la grande vergue, qui fut percée d'outre en outre, entre le milieu et le bout de tribord, et plusieurs dans la voilure et le grcement. La corvette de guerre anglaise \ePilorus et la goélette espagnole la Guadaleta, mouillées à peu de distance du port, ont été témoins de celte insulte. Nous dûmes probablement à la position du premier de ces bâtiments, placé entre nous et une partie des batteries, de ne pas avoir reçu le feu de celles qu'il nous masquait ^ »
M. le capitaine Signoret, homme de Tart, a constaté les mêmes faits avec une précision scientifique. « Le feu des batteries ennemies, dit-il dans son mémoire, a commencé à la distance de six cents toises; mais, la route du vaisseau croisant un peu la direction des forts de la Marine, cette distance a diminué jusqu'à quatre cent cinquante toises environ. Puis, le vaisseau ayant doublé le fort de la pointe nord du môle, cette même distance s'est accrue jusqu'au moment où il s'est trouvé hors de portée. La direction donnée aux pièces a généralement été bonne; presque tous les boulets ont passé sur le vaisseau et entre les mâts ou à peu de chose près. Le pointage n'a donc été fautif que dans l'angle d'élévation de la pièce. La distance aura été appréciée plus grande qu'elle n'était réellement. Toutefois nous observerons que la même pièce de canon n'a pas tiré deux coups de suite sur le vaisseau, et que c'est lorsqu'il passait devant la fortification que quelques pièces faisaient feu. x>
Cet attentat contre le droit des gens et cette nouvelle insulte au gouvernement français ne fiirent réparés par aucune démarche officielle du dey*. Seulement, le 6 août 1829, le capitaine
< M. Bianchi : Relation, etc., page 61.
' Il y eut sur cet inddeiit, comme sur tous les faits de cette histoire, une version algérienne à coté de la version française. Dans la version algérienne que nous a transmise Simon PfeifTer, on assure que le vaisseau la Provence dé'
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