INSULTE FAITES AU PAVILLON PARLEMENTAIRE
Quin, commandant de la corvette anglaise le Pi/oritô, fit tenir au comte de la Bretonnière un pli renfermant une lettre personnellement adressée à cet officier anglais par le drogman du dey, parlant en son propre et privé nom. Ce drogman écrivait donc au commandant anglais que, non-seulement Hussein-Pacha avait désapprouvé l'attentat du 5 août, mais que , mécontent, disaitil, de ce qu'on avait agi contre sa volonté, il avait destitué le ministre de la marine et chassé^tous les chefs des batteries. Cet avis indirect, sans aucun caractère officiel, adressé à un tiers qui le communiquait officieusement, ne pouvait être accepté comme une réparation. Le capitaine Quin, en le transmettant, exprimait hautement son admiration pour le commandant français et rintrépide impassibilité avec laquelle il avait maintenu son équipage demandant à répondre au feu des Algériens, et était resté fidèle au devoir imposé par le pavillon parlementaire, au moment où l'ennemi en violait les droits. Cette admiration était sincère, comme le prouve une lettre écrite par un de ses compatriotes qui se trouvait avec lui au moment de l'événement. « La Provence, dit-il, mit à la voile hier à deux heures. Ce bâtiment sortît majestueusement sous pavillon parlementaire et passa environ à une demi-portée de canon des batteries de la ville, qui, à l'étonnement général, firent feu sur lui. Le capitaine Quin, le maître Martin et moi, nous étions au consulat, en ville; nous montâmes sur la terrasse, qui, comme vous le savez, commande
rira vers les grands forts ; que trois fumades, faites, selon l'usage, avec de la poudre brûlée à Tair libre, lui donnèrent inutilement avis de s'éloigner ou de mettre en panne, sans qu'il répondit à cette inTitation, et que ce fut alors que la canonnade commença. Il y a contre cette version deux objeptions décisives : c^est que les Algériens, qui connaissaient leur mer, savaient ti^bien que les courants portaient à la côte, et que le navire n'était pas libre de ne pas dériver; au lieu de continuer sa route, s'il se fut arrêté pour se mettre en panne, il aurait été infailliblement perdu. Les Anglais, qui, à cette époque, éUient fort hostiles à la France, jugèrent, on le verra, Faction des Algériens et la conduite du commandant français conmieuous les jugeons. Il n'j eut qu'en France*, dans l'opposition, que la version algérienne rencontra de l'écbo. L'amiral Verhuel eut le malheur de l'adopter à la Chambre des pairs.
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toute la vue de la rade. La position de ce vaisseau de guerre était fort critique; si, d'après Tétat du vent, il eut été atteint, il pouvait être chassé vers la terre, près du consulat américain. Heureusement le ieu des batteries fut si mal dirigé, que nous pensons qu'il n'a pu éprouver beaucoup de mal. Nous sommes tous d'avis que M. de la Bretonnière s'est conduit, dans cette circonstance, avec la plus grande dignité, en traitant ces pirates avec le mépris qu'ils méritent. Il a gardé son pavillon parlementaire, et, à la satisfaction générale, il n'a pas tiré un seul coup de canon. Ce sang-froid et ce jugement ont été ici admirés de tout le monde. Pendant cette crise, je n'ai jamais vu un homme plus agité que le capitaine Quin. Son anxiété sur le sort de ce beau vaisseau était au delà de ce qu'on peut concevoir. Se figurant qu'il était lui-même à bord, il ne cessait de dire : Don'i fire, my baySf keep np close io the wind (Ne faites pas feu, mes enfants; serrez le vent). L'infamie de cette violation était, en effet, si flagrante, que, dans ce moment, nous étions tous Français. La brise d'ailleurs était faible, et il était à craindre, si le vaisseau français eut tiré, qu'il eût fait tomber le vent; et il se serait mis, par ce seul fait, dans une position désespérée. Aussi jamais commandant n'a mieux mérité de son gouvernement que M. le comte de la Bretonnière; sa conduite fut pleine de prudence, de noblesse et de dignité. Nous rendons grâce à Dieu de l'avoir vu échapper à ces barbares*. »
* M. Blanchi, en citant cette lettre dans sa Relation, page 69, ajoute ce qui suit : « J'ai entre les mains Toriginal de cette lettre en anglais, adressée à madame Bowen par son mari, médecin actuel d j dey d'Alger. » M. Bowen est père de madame la marquise de Faudoas, ycuyc du lieutenant-général de ce nom.
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