‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 64 sur 192 · L'EXPÉDITION EST RÉSOLUE · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION EST RÉSOLUE

que Constantinople, peu accessible à notre politique, obéissait tour à tour à Tascendant de la Ru^ie ou à celui de TAngleterre. Quoique cette considération ne fût pas sans valeur, elle ne rachetait point le double inconvénient de donner une solution musulmane au lieu d'une solution chrétienne à la question d'Alger, ce qui diminuait singulièrement l'importance et la durée du résultat, et de faire venger par une épée d'emprunt l'injure de la France. Ce ne fut point, comme le baron d'Haussez semble l'indiquer, uniquement par la sagesse du pacha d'Egypte que la combinaison manqua. Il n'avait été d'abord question que de prêter à Méhémet-Ali des vaisseaux français pour transporter ses troupes. 11 objecta qu'il ne pourrait se présenter devant des populations musulmanes sous un pavillon chrétien, et demanda qu'on lui donnât les vaisseaux en toute propriété. Le roi repoussa d'une manière absolue cette demande, en disant que jamais des bâtiments qui avaient porté le pavillon français ne porteraient, de son aveu, un autre pavillon. Ce fut alors que l'on songea à une armée d'expédition égyptienne, se dirigeant sur Alger [tar terre. L'Angleterre, jalouse de voir la puissance égyptienne prendre des accroissements sur la Méditerranée, et son intimité avec nous se resserrer, fit inutilement des démarches très-pressantes auprès du cabinet des Tuileries pour le déterminer à renoncer à cette idée, puis s'adressa directement à Méhémet-Ali, et, moi* tié par conseil, moitié par menaces, elle l'obligea à demander l'agrément de la Porte, et plus tard, à renoncer au traité qu'il avait signé avec nous*. Dans le conseil du 31 janvier 1830, l'expédition directe faite par la France elle-même contre Alger fut résolue, et on laissa à Méhémet-Ali le soin de réduire Tripoli et Tunis. Ce ne fut que dans le mois d'avril suivant que le pacha d'Egypte nous avertit qu'il renonçait à coopérer, même dans cette mesure, à notre entreprise.

Ainsi, dans les conseils du roi Charles X, la question d'Alger

' Voir les documents contenus dans le discours de M. le duc de Valmy, écrit pour être prononcé à la Chambre, et publié par la Quotidienne dans son numéro du 15 mai 1841.

Googk

avait traversé trois phases. Dans la première, on avait espéré arriver à une solution par un blocus, et cet espoir s'était prolongé jusqu'à Téchec de la mission du comte de la Bretonnière. Dans la seconde, on avait cherché les moyens de réduire Alger sans entreprendre une grande expédition , et c'est alors que ridée de recourir à la Porte Ottomane, bientôt modifiée par de nouvelles instructions, puis celle d'acheter le concours militaire du pacha d'Egypte, avaient été accueiUies. Ce ne fut que lorsque ces deux expédients eurent échoué qu'on en vint nécessairement à la pensée de diriger une grande expédition française vers la côte d'Afrique. Ce récit curieux des délibérations intimes du conseil révélées par les papiers du baron d'Haussez, et les témoignages des hommes le plus activement mêlés aux alTaires, mettent hors de doute un point d'histoire générale jusque-là controversé : c'est que l'expédition d'Alger ne fut point entreprise par la Restauration comme une mesure de politique intérieure, commandée par les circonstances difficiles où se trouvait le ministère de M. dePolignac, mais comme une mesure d'honneur et d'intérêt national, devant laquelle le gouvernement, qui avait tenté toutes les autres voies, ne pouvait plus reculer sans déserter ses devoirs.

Quand le ministère nouveau eut résolu de faire l'expédition d'Alger, exclusivement avec les forces de la France, il voulut naturellement prendre l'avis de l'homme de mer qu'on regardait, non sans raison, comme le plus compétent dans la question. N. Dupetit-Thouars, déjà consulté par le précédent cabinet, se trouvait indiqué. Ce fut à lui et à M. Gay de Taradel que le baron d'Haussez s'adressa.

Il introduisit M. Dupetit-Thouars dans une commission réunie sous sa présidence et composée du vice-amiraljacob, du contreamiral Roussîn , du contre-amiral de Mackau, directeur du personnel, du baron Tupinier, directeur des ports, et du capitaine de vaisseau Latrcyte. Cette commission avait adopté un plan qui consistait à envoyer une armée de 30,000 hommes sur 400 navires de commerce, escortés par six frégates. Le capitaine Dupetit-

Googk

M. DUPETIT-TDOUARS ET LA COMMISSION MARITIME. 201 Thouars, qui, fortement appuyé par le ministre de la marine, obtint cette fois de prime abord les honneurs de la séance, combattit vivement ce plan. Il exposa que la condition essentielle du succès était de jeter tout d'abord sur la plage un grand nombre d'hommes organisés et prêts à combattre : or ce n'était qu'en embarquant la plus grande partie de Tannée et du matériel sur des vaisseaux de guerre qu'on pouvait remplir cette condition. Ces vaisseaux, en outre, offriraient seuls les garanties nécessaires, soit par leurs qualités qui leur permettaient de se maintenir'contre les courants ou le mauvais temps, pendant que la flotte resterait ralliée sur la côte en attendant le moment favorable au débarquement, soit par leur aptitude à rester en bon ordre ou à obéir aux signaux de ralliement, ce qui était essentiel pour laisser à Tamiral la facilité de saisir le premier moment opportun. S'il eût été possible de mettre un régiment à bord d'un vaisseau, c'eût été le mieux. Puisqu'on ne le pouvait pas, il faudrait mettre un demi-régiment par navire de guerre. Douze vaisseaux débarqueraient ainsi, en un instant, là, 000 hommes. Ces 12,000 hommes, une fois jetés dans la presqu'île de Sidi-Ferruch, tiendraient en échec toutes les forces de la Régence.

Dans son rapport, M. Dupetit-Thouars développait ainsi ses idées :

« L'escadre d'expédition semble devoir être composée de trois divisions bien distinctes, ayant chacune une mission bien spéciale à remplir :

« Une division d'attaque contre la place ;

« Unexlivision de transport de l'armée et du matériel ;

c( Enfin une division de bombardes, brûlots et canonnières.

« Chacune de ces divisions devra avoir un chef spécial, placé sous les ordres de l'amiral en chef, mais au moment de l'action n'agissant plus que d'après les indications reçues, et d'après luimême, à raison de la distance des points d'opération et de la difficulté de se faire suffisamment comprendre à de si grandes distances.

Googk

« M. l amiral n'étant destiné avec sa diyision qu'à canonner la place pour fiadre rester aux batteries de mer les canonniers et les Turcs qui en composent Tarmement, il ne sera pas nécessaire que cette division soit d'une force considérable ; par exemple, quatre vaisseaux, quatre frégates, quatre bricks, ceux-ci, non pour canonner la place, la portée de leur artillerie ne le leur permettrait pas, mais pour la transmission des ordres de M. l'amiral.

« La division des bombardes et brûlots ralliée sous le vent de la division d'attaque (je suppose les vents à l'est, c'est une condition indispensable) sera en mesure de se porter au feu entre l'armée d'attaque et la pointe Pescade.

«( La division du transport de l'armée mouillera, lorsque le moment d'agir sera venu, de la pointe de Sidi-Ferruch en allant vers l'ouest, les vaisseaux par ordre de bataille. Le premier et le deuxième vaisseau portant le premier régiment (je suppose les régiments portés au complet de guerre de 2,000 hommes), le troisième et le quatrième portant le second régiment, et ainsi de suite.

« Cette opération étant celle d'où dépendra surtout le succès de l'expédition, il convient d'entrer dans les détails. Je suppose qu'on ait décidé le passage de l'armée sur des vaisseaux armés en flûtes, ayant leurs batteries basses seulement et 350 matelots et surnuméraires, tout compris : on pourra facilement, sans trop d'encombrement, embarquer! ,000 hommes sur chaqne vaisseau, ou deux bataillons d'un même régiment ; deux vaisseaux pour^ ront donc porter le régiment, plus l'artillerie de campagne qui lui est affectée, ainsi que les batteries de fusées à la congrève qui leur seront attachées; les effets de campements distribués à l'avance par compagnies, les munitions de guerre nécessaires à chaque régiment, et enfin deux ou trois mois de vivres de campagne pourle même nombre d*hommes qu'ils auront transportés, en sorte que chaque division de deux vaisseaux pourra, en débarquant le régiment qu'elle portera, lui fournir immédiatement tout ce qui lui sera nécessaire pour entrer en campagne.

Googk

Page 1