‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 70 sur 192 · VIVES ATTAQUES DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

VIVES ATTAQUES DE LA PRESSE

a seuls juges de ce grand procès, » disait l'auteur. Mais le roi avait pris sa résolution, puisque les vaisseaux et les troupes se rassemblaient ; les Chambres provoquées étaient absentes et ne devaient se réunir qu'après le succès ou l'échec de l'expédition. Ces paroles ardentes n'arrivaient donc qu'aux passions émues, qu'elles excitaient encore, aux gouvernements étrangers opposés à notre entreprise, et enfin à l'ennemi, qu'elles encourageaient.

L'auteur disait, dans la préface : « Il est plus facile de surprendre la religion d'un prince généreux que le bon sens d'un peuple éclairé. La vérité se fait jour avec peine à travers les murs d'un palais et les rigueurs de l'étiquette; mais le bon sens circule dans les masses, est accueilli partout, et partout il dit aujourd'hui qu'avant de sacrifier trente mille hommes, soixante millions, il faut* savoir pourquoi et comment. La guerre d'Alger ne fait éprouver qu'un étonnement pénible, comme d'une chose qu'on ne saurait comprendre, dont on cherche en vain la cause et le but; mais bientôt, en l'examinant davantage, on la trouve injuste dans son origine, imprudente dans sa précipitation, in*» fructueuse dans ses résultats, et, depuis quelques jours, coupable et criminelle dans son exécution La destruction d'Alger

ne vaut pas la perte de la moindre de nos libertés, et surtout l'empiétement du plus cher de nos droits. C'est d'institutions dont la France a besoin, et non pas de conquêtes; c'est d'un ter* ritoire compacte, libre, fertilisé par le travail, et non d'une colonisation superflue; que dis-je? d'une promenade militaire, car on ne lui permet pas même de colonisation. Je sais particulièrement qu'il a été donné parole au gouvernement anglais que, sitôt Alger détruit, l'armée française se retirerait ^ »

C'était le style du temps. Du reste, l'embarras de l'auteur de cet écrit, cherchant à ménager à la fois les intérêts de l'opposition et la bonnerenommée de son patriotisme, se trahissait dans cette singulière phrase dont les premiers mots affirment, tandis que les mots suivants doutent : « Oui, sans doute, il faudra ]9^(-

^ On yem, dans le livre suivant, combien cette affiimation était dénuée de fondement.

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être reporter sur la terre d'Afrique Tétendard de saint Louis I » Cette concession de mot n'ôtait rien à la violence systématique des attaques. Sans considérer que trois ministères successifs, différents de nuance, séparés par leur origine comme par leur po litique, et parmi lesquels il y en avait deux dégagés de toute responsabilité dans la rupture des rapports de la France avec Alger, le ministère de M. de Yillèle, celui de M. de Martignac et le ministère de M. de Polignac, étaient venus apporter les mêmes affirmations, les mêmes témoignages sur la question d'Alger, Fauteur de cet écrit persistait à maintenir que tous les torts étaient du côté du gouvernement français, la raison du côté du dey, et il reprochait tout à la fois au pouvoir de ne pas avoir efficacement défendu les intérêts commerciaux de la France en consentant à payer des droits plus élevés pour la pêche du corail, et d'avoir lésé les intérêts du dey par la manière dont avait été payée la créance Busnach et Bacri; d'avoir empiété sur ses droits en prétendant à une souveraineté sur la côte d'Afrique occupée par les établissements français de la Galle, mal à propos armés de canons; d'avoir violé les traités en voulant protéger le commerce des sujets du saint-siége contre la piraterie; d'avoir exigé une réparation trop éclatante pour l'outrage fait à la France sur la joue de son consul; d'avoir eu le tort de maintenir, en la personne de celui-ci, un représentant personnellement désagréable au dey. L'écrit de M. de Laborde se terminait ainsi : a Cette guerre estelle juste? Non. Le dey réclame, on le vole; il se plaint, on l'insulte; il se fâche, on le tue! Cette guerre est-elle utile? est-il avantageux à la France de prendre Alger sans pouvoir le garder? Qui pourrait le penser? Cette guerre est-elle légale? Le texte littéral de la Charte se prêterait- il à l'opinion que, dans l'absence des Chambres, on peut dépasser le budget de cent millions? Une voix s'élèverait plus ancienne, plus haute que la Charte, celle de la morale publique et du droit naturel. Elle assignerait les ministres à comparaître à la barre de la France et de l'humanité : à la barre de la France, qui a droit de leur demander compte de la vie et de la fortune de ses enfants ; qui leur dirait :

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