DISCOURS DU BARON D'HAUSSEZ A LA CHAMBRE
emportement s*il n'avait pas reçu la réponse à sa lettre; et, celui-ci ayant annoncé qu'il ne l'avait pas encore, le dey lui porta plusieurs coups d'un chasse-mouches qu'il tenait à la main, et lui ordonna de se retirer.
«Le gouvernement du roi, informé de cette insulte, envoya au consul général Tordre de quitter Alger.
« Celui-ci étant parti le 15 juin, le dey ordonna au gouverneur de Constantine de détruire les établissements français en Afrique, et notamment le fort de la Galle, qui fîit dépouillé complètement et ruiné de fond en comble, après que les Français l'eurent évacué le 21 juin.
a Ce fut alors que commença le blocus, qui, depuis cette époque, nous coûte, sans amener aucun résultat, sept millions par an.
« Au mois de juillet i829, le gouvernement du roi, reconnaissant rineflicacité de ce système de répression, et pensant à prendre des mesures plus décisives pour terminer la guerre, crut cependant devoir, avant d'arrêter sa détermination, faire une nouvelle démarche vis-à-vis du dey. M. de la Bretonnière fut envoyé à Alger et porta au dey, jusque dans son palais, nos justes réclamations. Le dey refusa d'y faire droit; et, lorsque M. de la Bretonnière se disposait à s'éloigner du port, les batteries les plus voisines firent toutes à la fois feu sur le bâtiment parlementaire, à un signal parti du palais même occupé par le dey.
« Telle est la suite des griefs, telle est la peinture fidèle de l'état des choses qui forcent aujourd'hui le roi à recourir à l'emploi des moyens que la Providence a mis entre ses mains pour assurer l'honneur de sa couronne, les privilèges, les propriétés, la sûreté même de ses sujets ; pour délivrer enfin la la France et l'Europe du triple fléau que le monde civilisé s'indigne d'endurer encore, la piraterie, l'esclavage des prisonniers et les tributs qu'un Etat barbare impose à toutes les puissances chrétiennes. »
M. d'Haussez répondait ensuite aux objections qu'on élevait.
à trois points de vue, contre Vexpédition : le défaut de temps pour faire les préparatifs, les difficultés du débarquement, les chances plus ou moins Tavorables des opérations de terre. Après avoir épuisé toutes ces objections, H. d'Haussez repoussait ainsi les insinuations tendant à faire croire que le gouvernement français avait sollicité de TAngleterre Tautorisation de venger Thonneur de la France : <x Je ne défendrai pas le gouvernement de Tétrange mculpation d'avoir sollicité d'une puissance étrangère Tautorisation de venger l'insulte faite au pavillon français. La dénégation la plus complète serait ma seule réponse, si Tinvraisemblance de l'accusation ne suiBsait pas pour en détruire ïdHéi. Pas plus que leurs nobles devanciers, nos jeunes capitaines ne sont disposés à demander à quelque puissance que ce soit une feuille de route pour marcher à la victoire. Un doute serait une grave injure; la seule indication d'un tel doute serait un moyen parlementaire peu en usage dans une Chambre française. »
11 semblait que la discussion dût s'arrêter. Tout avait été dit pour et contre. Les motifs donnés étaient concluants, l'expédition définitivement résolue, les préparatifs déjà en pleine activité. Toute opposition ultérieure dirigée contre l'entreprise, outre qu'elle était inutile, devenait un encouragement, un espoir apportés à l'ennemi, une difficulté de plus ajoutée aux difficultés de l'expédition française.
Les passions politiques ne s'arrêtèrent point devant ces considérations. Après la prorogation de la session de 1830, c'est-àdire dans le mois d'avril de la même année, au moment où la flotte et l'armée se réunissaient à Toulon, M. Alexandre de Laborde, député de la Seine, publia un écrit dans lequel étaient résumés et aggravés, par l'amertume du langage, toutes les objections, tous les reproches, toutes les préventions, tous les blflmes accumulés par les journaux de l'opposition contre l'expédition d'Afrique ^ Cet écrit était adressé au roi et aux Chambres,
^ Au roi et aux Chambres sur les véritables causes de la rupture avec Alger et sur V expédition qui se prépare, par Alexandre de Laborde, député de la Seine. Paris, 1830.
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