‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 78 sur 192 · COMMUNICATIONS DIPLOMATIQUES · texte numérisé non relu

COMMUNICATIONS DIPLOMATIQUES

par une longue désuétude et que le cabinet français ne regardait plus que comme une prétention, mais que cependant une puissance jalouse pouvait évoquer pour s'en faire le prétexte d'une réclamation diplomatique. La politique adoptée, dès l'origine, par la France, fut dominée par une considération : incertain encore de ce que les événements de la guerre lui permettraient de faire d'Alger, le cabinet des Tuileries voulut se réserver la faculté toujours ouverte d'un arrangement avec la Turquie, si les circonstances et les intérêts de la France le lui conseillaient, sans jamais permettre que cette faculté devînt un engagement et une obligation. L'ambassadeur de France à Constantinople reçut donc, à deux époques successives et rapprochées, des instructions dans ce double sens, qui se modifiaient en se complétant. Les premières lui prescrivaient d'ouvrir une négociation avec la Turquie sur la question d'Alger, de lui exposer les torts du dey et nos griefs; les secondes, de tenir la négociation toujours ouverte, sans la faire aboutir à une solution, en demandant à la Turquie, sous la forme d'une question plutôt que sous la forme d'une réclamation directe, si elle serait en mesure de nous faire donner la satisfaction qui nous était due; de l'amener à pressentir que, si cette satisfaction ne nous était pas donnée, nous l'exigerions par la force des armes, comme d'ailleurs nos anciens traités avec la Porte nous en reconnaissaient le droit, et de lui représenter les régences comme un sujet contiimel d'embarras pour elle, sans être un élément de puissance.

La Turquie, ne croyant point au succès de nos armes, voyait sans déplaisir la France s'engager dans une expédition contre Alger. Elle soutenait la conversation ouverte sur cette question, sans prendre à cœur cette aflaire comme pouvant avoir des conséquences sérieuses. Ce furent là ses dispositions pendant toute la période de nos préparatifs. Tout se passa en pourparlers, et, comme aucune des deux parties ne se croyait intéressée à ce que la question fût posée d'une manière catégorique, elle ne le fiit pas. Cette attitude de la Turquie offrit de grandes facilités à la France.

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Quant aux autres puissances, le gouvernement français avait compris que, dans la question de l'expédition d'Afrique, il pouvait avoir pour lui les Etats-Unis d'Amérique; les marines secondaires de l'Europe, intéressées à l'anéantissement de la piraterie, et qui nous autorisèrent, dès nos premières ouvertures, ;i passer des contrats avec leurs marines marchandes pour le transport de nos troupes en Afrique; les grandes puissances continen • taies, satisfaites de voir l'activité de notre politique entrer dans les voies maritimes et coloniales^ Il avait aperçu non moins dairement, dès le principe, qu'il avait contre lui l'Angleten'e, alarmée par le projet d'une expédition française en Afrique.

Cette conviction motivée devint le mobile de toute sa politique. A l'origine, elle consista à opposer les sentiments sympathiques des Etats-Unis et de toutes les puissances chrétiennes au mauvais vouloir de l'Angleterre, et, dans la suite, à faire de la question d'Afrique une question de politique générale et chré-

*■ En 1841 y une discussion s'étant élevde dans les Chambres sur les engagements diplomatiques pris par la Restauration au sujet d'Alger, M. le duc de Valmy fit paraître dans les journaux un discours rempli de citations empruntées aux documents originaux, qu'il n'arait pas pu prononcer dans la séance de la veille. Deux membres du ministère du 8 août 1829, le baron d'IInussez et K. de Guemon-Ranville, publièrent presque en même temps, dans le journal la France, numéro du 21 mai 1841, des documents authentiques, en les faisant précéder des lignes suivantes : « Qu'il soit permis à deux membres du ministère qui ont eu Tinsigne honneur do s'associer à la pensée de Charles X» dans cette brillante affaire d'Alger, de rapporter quelques faits qui ne seront pas sans intérêt pour l'histoire. Tous deux s'étaient, à l'insu l'un de Tautre, imposé la tâche de noter, jour par jour, les délibérations du conseil et les événements de quelque gravité. Les pages où les faits se trouvent consignés avec plus ou moins de détails, selon leur degré d'impoKance, mais toujours avec la plus scrupuleuse exactitude, pourraient être communiquées, et leur ensemble, leurs formes extérieures, ne laisseraient aucun doute sur leur sincérité. » Nous avons confronté ces documents avec les papiers politiques du baron d'Haussez , les papiei*s et correspondances communiqués par la famille du maréchal de Bourmont, et nous avons en outre exercé un dernier contrôle sur les pièces diplomatiques, en consultant les archives et les souvenirs d'hommes qui eccupaient alors le rang le plus élevé au ministère des affaires étrangères. C'est le résultat de ce travail que nous offrons au lecteur.

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