‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 81 sur 192 · OPPOSITION DE L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

OPPOSITION DE L'ANGLETERRE

cause immédiate d'une rupture, que de nombreuses infractions qux traités, la violation des droits qu'une possession de plusieurs siècles avait consacrés, la lésion d'intérêts importants et précieux, ne justifiaient d'ailleurs que trop.

<x Obtenir une satisfaction pour l'insulte faite à un de ses agents, une réparation légitime des préjudices éprouvés par la France et l'accomplissement des engagements que le dey se refusait à remplir, tel a été d'abord le but que le roi s'est proposé d'atteindre.

a Les événements ont donné ensuite un développement plus étendu aux projets de Sa Majesté.

«c Le dey a détruit et ruiné de fond en comble tous nos établissements de la côte d'Afrique; trois ans de blocus n'ont fait qu'accroître son insolence, et, au lieu de réparation à nous don* ner, il n'a plus parlé que des exigences et des prétentions qu'il comptait faire valoir lui-même contre la France; enfin, il n'a répondu aux propositions pacifiques qu'un des commandants de notre marine a été lui porter jusque dans son palais que par un refus absolu, et, au moment où le vaisseau parlementaire se disposait à sortir du port, ce bâtiment s'est vu tout à coup assailli par le feu de toutes les batteries les plus rapprochées, sur un signal parti du château même occupe par le chef de la Régence.

a Le roi a donc été forcé de reconnaître qu'aucun arrangement n'était praticable avec le dey, et que, quand bien même on parviendrait à l'amener à conclure un traité quelconque, la conduite précédente de la Régence, rapprochée des événements plus récents, ne laissait aucune garantie que cet arrangement iùt mieux observé que ne l'avaient été nos conventions tant de fois renouvelées, et violées tant de fois par le gouvernement algérien.

a Ces considérations nous ont convaincus de la nécessité de donner à la guerre un plus grand développement. Dès lors nous avons dû aussi penser à assigner à cette guerre un but dont l'importance répondit à l'étendue des sacrifices qu'elle allait nous

268 niSTOïIlE DE LA CONQUÊTE D'ALGER.

imposer ) et le roi, ne bornant plus ses desseins à obtenir la réparation des griefs particuliers de la France, a résolu de fairç tourner au profit de la chrétienté tout entière Texpédition dont il ordonnait les préparatifs, et il a adopté, pour but et pour prix de ses efforts :

« La destruction définitive de la piraterie;

(( I/abolition absolue de Tesclavage des chrétiens ;

(c La suppression du tribut que les puissances chrétiennes payent à la Régence.

« Tel sera, si la Providence seconde les armes du roi, le résultat de Tentreprisc dont les préparatifs se font en ce moment dans les ports de France. Sa Majesté est résolue à la poursuivre par le développement de tous les moyens qui sont nécessaires pour en assurer le succès, et si, dans la lutte qui va s'engager, il arrivait que le gouvernement même existant à Alger vînt à se dissoudre, alors le roi, dont les vues, dans cette question, sont toutes désintéressées, se concerterait avec ses alliés pour arrêter le nouvel ordre de choses qui, pour le plus grand avantage de la chrétienté, devrait remplacer le régime détruit, et qui serait le plus propre à assurer le triple but que Sa Majesté s'est proposé d'atteindre.

« Vous pouvez, monsieur le duc, porter ces communications à la connaissance du gouvernement de Sa Majesté Britannique ; et, si lord Aberdeen désirait avoir une copie de la présente dépêche, le roi vous autorise à la donner. »

Pour ceux qui connaissent la langue diplomatique, l'objet de cette dépêche était de refuser poliment l'engagement réclamé par l'Angleterre, qui insistait, dès cette époque, pour que le gouvernement du toi Charles X fît la promesse formelle de ne pas conserver sa conquête, dans le cas où l'expédition réussirait. On répondait par une formule courtoise, de nature, sans lier l'avenir, à ne point irriter les susceptibilités jalouses d'une puissance rivale, et à écarter les obstacles immédiats qui auraient pu être suscités à une expédition résolue, mais dont les préparatife n'étaient pas encore achevés. Sans doute il n'est pas moralement

Googk

Page 1