‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 87 sur 192 · LE DAUPHIN A TOULON · texte numérisé non relu

LE DAUPHIN A TOULON

Tels étaiait les auspices sous lesquels notre flotte allait partir* La première phase des négociations diplomatiques était terminée. On était entré dans les faits ; les paroles devenaient inutiles.

La France agissait; il fallait de deux choses Tune : ou que l'Angleterre ordonnât à sa flotte de courir sur la nôtre, ou qu'elle se résignât à voir Tcxpédition d'Alger s'accomplir.

DEUNIEBS JOUBS PASSÉS A TOULON,

On était au 1" mai 1850. Les préparatifs étaient achevés, rembarquement du matériel arrivé à son terme, les renseignements nécessaires à Texpédition réunis, toutes les puissances de la chrétienté diplomatiquement averties de la résolution de la France, cette résolution maintenue malgré la vive opposition et les menaces de TAnglelerre : le moment de rembarquement des troupes et celui du départ approchaient. Avant que l'armée expé* ditionnaire quittât le rivage de la France, le roi voulut que M.' le Dauphin passât l'armée et la flotte en revue.

<( M. le Dauphin arriva le 5 mai à Marseille, dit le baron d'Haussez. U fit son entrée à cheval, ayant à ses c6tés le ministre de la guerre et moi. Les marques de l'enthousiasme le plus ex* pressif lui furent prodiguées. Partout où il paraissait, c'était une affluence à laquelle les rues, les Eenêtres des maisons, les toits même, ne suffisaient pas. Partout des cris, des larmes de joie, des mains étendues, des drapeaux agites. La population était, littéralement parlant, dans un état d'ivresse et de folie. Je fis remarquer à M. le Dauphin l'énergie des acclamations dont il

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était l'objet. « Je le vois comme vous, répondit-îl avec un léger « accent de tristesse, mais je doute qu'il y ait beaucoup d'élee- « teurs parmi ceux qui m'accueillent si bien. » Mot plein de sens dont la justesse put être appréciée quelques jours après.

« Le lendemain le prince visita le lazareth nouvellement construit dans File de Pomègue, et, à son retour, il voulut monter sur un des bâtiments de l'expédition qui remplissaient le port. Les habitants montrèrent un empressement égal à celui de la veille. Les quais, les maisons, les ports, et jusqu'aux vermines des navires, tout était couvert par une population animée de sentiments qui semblaient avoir conservé l'exaltation des premiers moments de la Restauration.

« Dans la nuit suivante, je partis pour Toulon, où je précédai le prince de quelques heures. Le premier accueil qui l'attendait dans cette ville fut moins chaleureux que celui qu'il avait reçu à Marseille. On attribua avec assez de raison cette différence au refus du prince de faire son entrée à cheval. Les princes ne devraient jamais oublier que le peuple aime les spectacles, et que, leur présence en étant un, il leur tient compte de l'éclat et de l'apparat dont ils s'entourent, et des occasions .qu'ils cherchent de le voir et d'être vus de lui. M. le Dauphin put s'en apercevoir aux acclamations que sa présence excita lorsque, le surlendemain, il sortit à cheval pour passer en revue la première division de l'armée d'expédition. »

Lorsque le prince eut assisté au défilé des troupes, joyeuses de voir approcher le jour de leur entrée en campagne et de saluer l'héritier du «trône, et dont la tenue ne laissait rien à désirer, il dit plusieurs fois au général en chef: a Que vous êtes heureux, monsieur, d'avoir un pareil commandement * I »

Le 5 mai avait été fixé pour la revue de la flotte.

« A son entrée dans la rade, dit le baron d'Haussez, le prince fut frappé du magnifique spectacle qu'elle présentait. Cent bâti-

< Campagne d'Afrique en 4830, par M. Fernel, chef de bataillon attaché à rétatpmajor général de Fexpédition, page 6.

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