‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 88 sur 192 · REVUE DE L'ARMÉE ET DE LA FLOTTE · texte numérisé non relu

REVUE DE L'ARMÉE ET DE LA FLOTTE

ments de guerre, tous pavoises et disposés dans un ordre admirable, six cents bâtiments de transport, entre lesquels circulaient des milliers de barques, occupaient le centre de cet immense tableau, dont le cadre était formé par des collines couvertes d'une innombrable population. M. le Dauphin monta à bord de la Provence, vaisseau amiral; il se rendit ensuite au Polygone, où Ton fit exécuter un simulacre de débarquement, qui lui donna une idée exacte des moyens que la marine comptait employer dans cette opération. »

Un autre témoin oculaire de cette journée, M. Fernel, attaché à Tétat-major général de l'armée, s'exprime ainsi : « La visite du prince dans la rade de Toulon fut une des plus belles choses qu'il soit possible de voir. Tous les bâtiments de la flotte étaient pavoises; les équipages montés dans les vergues et dans les hunes faisaient retentir les airs des cris de Vive le roi! Les batteries des forts et celles des trois bâtiments chefs d'escadres saluaient le fils de France qui s'avançait lentement sur le canot royal, au milieu de cette armée flottante. Toute la population était en mer dans les embarcations ; elle était avide de contempler les traits de celui à qui tant d'hommages étaient rendus. Quand le ministre de la marine repartit pour Paris, le Dauphin lui dit : « Vous allez revoir avant moi le roi mon père; diteslui que j'ai passé ici une des plus belles journées de ma vie, et que mon seul regret est de ne pouvoir rester pour commander une si belle expédition. x>

M. le Dauphin avait trouvé le même enthousiasme à Marseille, où il avait passé en revue la seconde division de l'armée- de terre, et il devait le retrouver à Aix, où il passa en revue la troisième. C'était le dernier sourire que la fortune adressait au prince, objet de ces acclamations. U y a de ces journées de joie après lesquelles il faudrait mourir, si le christianisme ne nous enseignait pas la grandeur et l'utilité morale des épreuves. Qui aurait vu cette flotte immense qui couvrait au loin la rade, cette belle et valeureuse armée, cette population enthousiaste du Midi qui, pleine du souvenir des maux qu'elle avait eu à souffrir des

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Barbaresques, saluait à la fois cette guerre comme une glorieuse entreprise et presque comme une sainte croisade, aurait promis, non-seulement à Tarmée française un éclatant triomphe, mais à la monarchie française un long et brillant avenir. La fortune, comme le soleil, a quelquefois de si beaux couchants qu'ils rappellent Taurore.

Le moment était venu de parler à Tarmée et à la flotte.

Le général en chef, comte de Bourmont, adressa aux soldats, le 10 mai 1830, Tordre du jour suivant :

« Soldats,

<( L'insulte faite au pavillon français vous appdle au delà dea mers : c'est pour le venger qu'au signal donné du haut du trône vous avez tous brûlé de courir aux armes et que beaucoup d'entre vous ont quitté avec ardeur le foyer paternel.

« A plusieurs époques les étendards français ont flotté sur la plage airicaine. La chaleur du climat, la fatigue des marches, les privations du désert, rien n'a pu ébranler ceux qui vous y ont devancés. Leur courage tranquille a suffi pour repous^ ser les attaques tumultueuses d'une cavalerie brave, mais indisciplinée. Vous suivrez leurs glorieux exemples.

« Les nations civilisées des deux mondes ont les yeux fixés sur vous. Leurs vœux vous accompagnent. La cause delà France e3l celledel'humanité; montrez-vous dignes de votre noble mission; qu'aucun excès ne ternisse Téclat de vos exploita! Terrible dans le combat, soyez justes et humains après la victoire; votre intérêt le commande autant que le devoir. Trop longtemps opprimé par une milice avide et cruelle, l'Arabe verra en nous des libérateurs; il implorera notre alliance. Rassuré par notre bonne foi, il apportera dans nos camps les produits de son soK C'est ainsi que, rendant la guerre moins longue et moins sanglante, vous remplirez le vœu d'un souverain aussi avare du sang de ses sujets que jaloux de l'honneur de la France.

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