‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 92 sur 192 · NAVIGATION. S · texte numérisé non relu

NAVIGATION. S

C'étaient les courriers de la flotte et comme les aides de camp de Tamiral.

Le convoi tenait la gauche de Tarmée sous les ordres du commandant Hugon, et marchait aussi sur deux colonnes à quati-e milles de distance de Tescadre. Il ne formait qu'une seule division. Là se trouvaient les subsistances, les écuries; le personnel était en tête.

A droite de l'armée, et à la distance de quatre milles, s'avançait la réserve. Elle était conduite par le capitaine de vaisseau Lemoine, de la Thétis, détachée de la seconde escadre; il marchait en tête de la première division. La seconde division formait la seconde colonne. 11 y avait plusieurs vaisseaux à la suite. Enfin, à deux milles en arrière, naviguaient deux poudrières en laissant deux milles de distance entre elles.

C'est dans cet ordre que la flotte prit le large. Elle couvrait une immense étendue. Le vent était bon; mais, pour ne pas déranger Tordre de marche, on naviguait très-lentement.

Le lendemain, 26 mai, le vent continuant à souffler au nordouest, l'ordre de marche sur deux colonnes par escadres acheva de se former et de se rectifier.

Au moment du lever du soleiK on signala, vers l'est, deux frégates qui venaient du sud : Tune était française, l'autre turque; elle portait le pavillon amiral au grand mât. La frégate française, traversant à toutes voiles les colonnes de la flotte^ gagna la tète pour communiquer avec Ia Provence^ qui s'arrêta, tandis que le reste de l'armée navale continua à marcher. On vit bientôt l'oiBcier qui commandait la Duchesse-de-Berry (c'était le nom de la frégate française) descendre de son bord dans un canot, puis monter sur le vaisseau amiral. Presque aussitôt après, un oflicier de la Provence fut envoyé vers la frégate turque, dont un personnage paraissant fort élevé en dignité descendit à son tour pour se rendre à bord du vaisseau amiral, qui salua le bâtiment turc de vingt et un coups de canon. 11 y resta tine demi-heure en conférence avec le commandant en chef de l'expédition et le vice-amiral Duperré.

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298 fllSTOIRE DE LA COîS'QUÊTE D'ALGER.

Ces allées et ces venues avaient excité à un haut point la curiosité de l'armée. On se demandait quelle était cette frégate turque escortée par une frégate fran(;aise, d'où elle venait, quel avait été le sujet de cette contérence teyue en pleine mer, quel en avait été le résultat. Déjà, sur plusieurs bâtiments, on craignait qu'une négociation ne fût ouverte pour arrêter la marche de Tarmée, lorsqu'on vit le grand personnage turc descendre de la Provence, remonter sur la frégate qui portait le pavillon de son pays, et s'éloigner en marchant dans la direction de Toulon, toujours convoyé par la Duchesse-de-Berry.

Le capitaine de Kerdrain, commandant de la Otichesse-de- Berry, avait apporté au vice-amiral Duperré les dépêches de M. le capitaine de vaisseau Massieu de Clairval, commandant le blocus d'Alger, qui rendait compte de son refus de permettre l'entrée du port à Tabir-Pacha, envoyé de la Porte Ottomane près du dey; du désir témoigné par ce personnage de se rendre à Toulon, et du parti pris parle commandant du blocus de le feire escorter par une frégate de sa division. Ce chef musulman avait reçu, dit-il à MM. de Bourmont et Duperré, l'ordre de «e rendre à Alger pour décider le dey à demander la paix. N'ayant pu y pénétrer à cau^e du blocus, il se rendait en France afin de proposer la médiation de la Turquie au gouvernement français.

Le commandant en chef et le vice-amiral Duperré approuvèrent le refus de M. de Clairval, et invitèrent Tahir-Pacha à continuer sa route pour Toulon S afin de présenter au gouvernement français les propositions qu'il ne leur appartenait pas de discuter, chargés qu'ils étaient de soumettre Alger par la force des armes, et non d'écouter les conditions conciliatrices que

* Le vice-amiral Duperré écriyaU au ministre de b marine, le 26 mai 1830 : ff J'ai rencontré aujourd'hui une frégate turque, ayant à bord Tahir-Pacfaa, qui s'était présenté à Alger et que, conformémait k ses instructions, M. le commandant du blocus renvoyait à Toulon pour recevoir les ordres du gouvernement. J'ai dû, d'un commmi accord avec Son Excellence M. le général en chef, lui intimer qu'il coutinuerait sa route dans le même but. » (Lettre citée aux pièces justificatives delà Vie de V amiral Duperré ^ par Ghasseriau, son chef de cabinet, page 453.

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NAVIGATION. 29î»

l'ambassadeur de la Porte pouvait avoir à présenter. On reconnait ici le résultat des démarches de l'Angleterre. Tant que la France n'avait pas été en mesure d'agir, la Porte n'était point intervenue. Maintenant que l'expédition était en voie d'exécution, elle proposait sa médiation pour l'arrêter. M. le baron d'Haussez dit à ce sujet dans ses notes : a On présume que Tahir-Pacha avait ordre de faire couper la tête au dey et d<' prendre possession de la place au nom de son maître, ce qui aurait compliqué la question, et nous aurait commis avec la Porte, et par suite peut-être avec les puissances maritimes de l'Europe. Informé du départ de Tahir-Pacha, j'avais donné, au commandant du blocus l'ordre de s'opposer à l'entrée de cet amiral; l'exécution ponctuelle de cet ordre a écarté une des plus grandes difficultés que l'expédition pouvait rencontrera )>

Tahir-Pacha, arrivé à Toulon, adressa inutilement à M. le prince de Polignac une longue dépêche dans laquelle, sans rien préciser, sans donner au gouvernement français aucune des satisfactions auxquelles il avait droit, il semblait mettre le roi de France et le dey d'Alger sur le pied d'une égalité injurieuse pour le premier, en conseillant la modération aux deux parties, et en se présentant comme un pacificateur chargé par le sultan d'arbitrer souverainement leur querelle *. Cette démarche tardive et

^ Papiers politiques du baron d'Haussez.

* Dans celte lettre, datée du 5* jour de zilkadji 1245, répondant au 27 mai i8^, Tahir-Pacha disait : « La Sublime Porte a fait connaître, par une déclarati(ni officielle dont l'ambassadeur de France résidant à Constantinople a rendu compte à sa cour, que Sa Hautesse ayait désigné une personne chargée de concilier les différends qui eustent entre la France et les Algériens; et c'est en raison des rapports inaltérables d'affection et de bonne intelligence qui subsistent entre la Sublime Porte et la cour de France, et aussi parce que les Algériens sont les sujets de la Sublime Porte, que Sa Hautesse a daigné me eonCer la mission de concilier les deux parties. La cour de France, en prêtant l'oreille à ces propositions conciliatrices, ue verra aucune atteinte portée à sa dignité, fille trouvera, an contraire, des moyens de l'augmenter encore, et, en préférant la paix à la guerre, elle donnera de nouvelles preuves de ses égards pour les droits de l'humanité et pour les transactions fondamentales qui doivent servir de règle au présent et à l'avenir. Indépendamment de certains sacrifices

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cette proposition inacceptable demeurèrent sans résultat. La France avait tiré Tépée. La flotte chargée de châtier le dey continuait à voguer vers Alger.

La flottille de débarquement, sortie de Toulon dès le 18 mai, s'était réunie dans la haie de Palma, île Majorque; la corvette la Perle reçut Tordre de faire appareiller cette flottille et de la conduire, ainsi que ses bâtiments d'escorte, au point de rendezvous de Tarmée navale, sur la côte d'Afrique.

La mer devint grosse dans la soirée du 26 mai. Le lendemain 27, le vent soufflait du nord. La marche fut plus rapide que les jours précédents ; l'armée fit route pour passer au vent de Minorque. A l'approche de la nuit, elle se trouvait à 47 lieues marines de Toulon. La brise, qui avait été faible pendant la seconde partie du jour, fraîchit après le coucher du soleil. Sa direction était nord-ouest. Le 28, on craignit un coup de vent. Le Voltigeur^ YAlacrity et le Dragon furent expédiés avec l'ordre d'arrêter le départ de la flottille et de prescrire aux deux divisions du convoi qui, parties de Toulon les 26 et 27 mai, devaient se porter directement au point de rendez-vous de l'armée sur la côte d'Afrique, de relâcher dans la baie de Palma ; le même ordre fut donné au capitaine de vaisseau Hugon, qui commandait la division du convoi sortie de Toulon en même temps que l'armée navale; mais, la brise étant devenue moins forte, la mer plus calme, l'amiral révoqua ce dernier ordre, et la première division du convoi continua à suivre la marche de l'armée navale.

Le 28 au soir, le ciel s'éclaircit, le vent faiblit de plus en plus,

qu'il est d'ordinaire que tout gouvernement sache faire en cas d*urgence, le pouToir et la force de la France restant, d'ailleurs, dans toute leur plénitude, comme les Algériens, de leur côté, se sont préparés à la résistance et ont réuni toutes leurs ressources, la prolongation de la guerre entrainoti les combats les plus sanglants. La voie de la conciliation devant donc être préférable €t meilleure pour tous les deux, la Sublime Porte, animée des intentions les plus amicales pour Tun et pour Fautre, fait connaître son désir et son voeu formel à cet égard. » Cette lettre était signée : Mo^iam^ Tahir, pacha à deux queuei, envoyé comme pacificateur et conciliateur^ Documents communiqués par la famille du maréchal de fiourmont.

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rARMÉE EN VUE D'ALGER. 30i

et pendant la nuit on fit peu de chemin. Le 29 mai, on signala le brick le Rusé venant du sud ; à onze heures du matin, Tofficier qui le commandait monta sur le yaisseau amiral ; il avait quitté la station le 26 mai. A cette époque aucun nouveau préparatif de défense n'avait été fait sur la côte. Le commandant du brick donna des détails sur la perte des deux bricks français le Silène et YAvefiture, dont la première nouvelle avait été donnée par le commandant de la Duchesse-de-Berry, Dans Taprès-midi du 29 le vent passa du nord-est à Test-sud-est. Le temps, qui s'annonçait très-beau au lever du soleil, présenta le même aspect toute la journée : la température était élevée ; la brise, d'abord assez faible, devenait assez fraîche pour que la vitesse moyenne fût de quatre nœuds à l'heure. A dix heures du matin, le vice-amiral expédia, par le bâtiment à vapeur le Sphinx, l'ordre à la flottille et aux bâtiments escorteurs de quitter la baie de Palma pour rallier au point de rendez-vous. Le Nageur^ autre bâtiment k vapeur, fut envoyé à la recherche du Dragon et de VAIacrity pour leur prescrire de prolonger de quarantehuit heures leur croisière au vent et sous le vent de Minorque, afin de tâcher de rencontrer la division du convoi chargé de chevaux, et pour signifier à cette division Tordre de retarder de quarante-huit ou soixante-douze heures sa marche, en se mettant sous le vent des îles ^

La Perle et le Voltigeur se portèrent immédiatement sur le point du rendez-vous avec Tordre de maintenir sous voiles la division, ainsi que la flottille, si elles arrivaient à ce point avant Tarmée.

Le convoi, rallié, fit route avec Tarmée dans Tordre de deux colonnes par corps, le cap au sud-sud-est, pour atterrir sur la côte d'Afrique.

Le brick YEndymion avait été chargé de porter au commandant de la division du blocus devant Alger Tordre de rallier Tarmée avant son atterrage sur le cap Caxine.

^ Nous empruntons ces détails à la narration de M. Ghasseriau, biographe de M. Tamiral Duperré.

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Le ^0 mai, à six heures du matin, la Provence n'élait qu*à 05 milles de la côte d'AHrique. A mi4i, la terre fut signalée. La joie était grande sur les bâtiments; on croyait le moment du débarquement venu. Bientôt la brise augmente. « En continuant à faire route au sud, écrivait le commandant en chef au ministre de la guerre S nous serions arrivés pendant la nuit au point de débarquement. L'amiral donna ordre de gouverner à l'ouest. La Provence suivit cette direction depuis midi jusqu'à einq heures. Elle fit voile ensuite vers le nord, et après une marche de trois heures on mit le cap sur Alger. A sept heures du soir, le bâtiment qu'on avait envoyé à la baie de Palma apporta la nouvelle que le 29 la flottille avait f^it voile vers la côte d'Alger. On communiqua en même temps avec la frégate la Sirène, qui avait quitté la station pour venir reconnaître la flotte. Le ol mai, à la pointe du jour, on aperçut le cap Caxine; la brise était fraîche et soufflait de l'est, le temps était brumeux : l'amiral,. n'ayant point encore rallié la flottille de débarquement, fit virer de bord ; un brick se dirigea vers la côte d'Afrique pour chercher des nouvelles de la flottille. A midi, le vent devint plus fort; on continua de gouv'ei*ner vers le nord. A la chute du jour, nous étions à 20 lieues de la côte. Pendant la nuit, le vent souffla sans interruption avec la même force; sa direction était au sud-est. Le 1*' juin, à six heures du matin, on était aussi près de Majorque que delà côte d'Afrique. L'amiral prit la résolution de continuer son mouvement rétrograde, d'aller mouiller dans la baie de Palma, d'y rallier les escadres et les divisions du con^ voi et d'attendre un moment favorable pour se rapprocher d'Air gcr. A six heures du matin, la Provence se trouvait à l'entrée de Palma. On attendra, pbur reprendre la route d'Alger, que le temps soit devenu moins incertain, o

Cette marche rétrograde provoqua dans l'armée de terre une explosion de mécontentement contre le vice-amiral. Voir la terre de si près, attendre avec impatience le lendemain pour débar-

* Dépêche d:i 5 juin à boixl de la Provence, h Palma.

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