RETOUR A PALMA
dance est partout favorable au vice-amiral Duperré, prend de Tautorité parce qu elle a du vraisemblable. Cependant il faut toujours réserver la question pratique dont les hommes du métier sont seuls juges, en cas qu'il soit possible de juger à cette distance. Nous avons donc interrogé la tradition maritime représentée par les hommes de mer les plus compétents qui aient fait' partie de l'expédition. Il nous a été affirmé que l'amiral Duperré avait été induit en erreur par une fausse interprétation donnée à une dépêche de M. Massieu de Clairval, commandant le blocus. Il lui avait envoyé demander comment était le vent? Celui-ci répondit qu'il ventait très frais de l'est et qu*il avait été obligé de faire prendre deux ris. L'amiral, qui ne connaissait pas la côte, ignorait que ce temps était excellent pour débarquer dans la baie de Sidi-Ferruch, dont les eaux, tout à fait à l'abri de ce vent, sont, quand il souffle, unies comme de l'huile.
Néanmoins le vice-amiral Duperré était convaincu d'avoir pris le parti le plus sage. Il écrivait à ce sujet au ministre de la marine : « La flotte était le 50 mai, à quatre heures du matin, dans le nord du capCaxine, à cinq ou six lieues au plus. Mais la côte était couverte de nuages ; l'horizon était chargé, la force du vent augmentait graduellement, tout annonçait du mauvais temps. L'obligation détenir ralliée et en bonne route une masse de bâtiments de tant d'espèces et de qualités diflcrentes, et naviguant au plus près du vent, devenait impossible. Aussi n'avons-nous pu nous maintenir sur le méridien d'Alger. La réserve, composée de gabares et autres bâtiments de qualités inférieures, a été entraînée sous lèvent. Le convoi, que j'avais eu la prévoyance de maintenir à plusieurs milles dans le nord, s'y est assez bien maintenu. Biais trois jours de fort vent d'est-sud-est ne nous laissaient plus l'espoir de rencontre sur la côte d'Alger. Le seul parti à prendre était de rallier dans la baie de Palma la réserve, le convoi, et de maintenir l'armée sous le vent des îles, en attendant le beau temps, le ralliement et la réorganisation des convois. J'ai trouvé, monseigneur, les éléments contraires; je n'ai pu leur opposer que des efforts humains. J'ai puisé dans mon
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zèle et mon dévouement au service du roi ceux qui m ont aidé à prévenir des malheurs, mais qui n ont pu mettre a Tabri d'un retard dans Vexéculion*. »
Ces dernières lignes répondaient à Timpression de mécontentement que le commandant en chef de Tarmée navale apercevait dans l'armée de terre, et à celle qu'il prévoyait à Paris et dans les conseils du roi. Les notes manuscrites de M. le baron d'IIaussez ont consei'vé la trace de ce mécontentement : «Arrivé dans la rade de Palma, dit-il, l'amiral Duperré retomba dans ses hésitations habituelles. On s'en inquiétait en France, et les journaux et les lettres particulières répandaient à Tcnvi les bruits les plus alarmants. J'en éprouvais m.oi-môme une extrême impatience; mais j'étais rassuré par les pleins pouvoirs donnés à M. de Bourmont, à la demande du Dauphin. Il avait été convenu entre le comte de Bourmont et moi qu'il ne ferait usage de ces pleins pouvoirs que dans le cas où il en reconnaîtrait la nécessité absolue. Mais j'étais certain qu'il n'hésiterait pas à le faire si l'intérêt du service? l'exigeait*. »
L'impatience (ju'on éprouvait à Paris n'égalait pas celle de l'armée de terre, surtout de la portion de cette armée qui n'avait pu quitter les bâtiments pour descendre à Palma. La situation de tous les corps n'était point en effet la même. L'escadre de réserve avait mouillé dans la baie de Palma, ainsi que le convoi et la flottille; le reste de la flotte croisait à l'entrée de la baie. Les troupes embarquées sur l'escadre de réserve obtinrent seules des permissions pour aller à terre. L'expédition française excitait un vif enthousiasme ; l'intérêt naturel dont on entoure di s hommes qui marchent résolument à une entreprise diflicile» l'imminence du départ, Tincerlitude du retour, rendaient les Français l'objet de l'empressement universel. Le marquis de la Romana, gouverneur de l'île, ouvrit sa maison aux officiers, et cet exemple fut suivi 11 y eut des bals, des fêtes; ce fut comme
* Dépôche du vice-amiral PiipciTé au iniiiislic de la inaniic. Palma, 2 jiii'i 1850. Voir sa vie par Chasseriau, page 455. ' Papiers politiqr.es du baron d' Haussez.
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