SÉJOUR A PALMA
espérait surprendre Alger avant l'arrivée des contingents arabes.
La Badine apportait en môme temps un rapport d'un des of ficiers naufragés de V Aventure et du Silène, qui conlirmait les renseignements antérieurs sur la faiblesse des moyens de défense d'Alger du côté de la terre. Aucun nouvel ouvrage n'avait été construit, et Je fort de l'Empereur ne pourrait opposer qu'une courte résistance ; la plus grosse artillerie en était retirée ; le dey supposait que Sidi-Ferruch serait le point de débarquement ; 12,000 Arabes étaient campés à peu de dislance de la presqu'île, 4,0C0 sur le plateau qui domine le fort de l'Empereur, un corps moins considérable sur les rives de TArrach ; on comptait r,rOO Turcs dans Alger, ils étaient vraisemblablement destinés exclusivement à la défense de la place. 11 y avait de la fermentation et de rinquiélude parmi les habitants et les soldats de la garnison ; la découverte d'un complot venait de donner lieu à plusieurs exécutions, 'l'elle était la substance des nouvelles et des renseignements qui arrivèrent au commandant en chef pendant la relâche forcée de la flotte à Palma *.
L'armée navale avait attendu plusieurs jours- la flottille de débarquement d'abord envoyée directement sur la côte d'Afrique, puis rappelée par un contre-ordre. Le 6 juin, la flottille arriva dans la baie. Dès le 7 juin, on songea au départ. On ne conservait plus que cniq bateaux à vapeur; deux avaient dû être renvoyés à Toulon, avec des avaries irréparables à la mer*.
A la date du 7 juin, le général comte de Bourmont adressait à l'armée l'ordre du jour suivant :
« L'armée, que des vents contraires avaient éloignée de la côte d'Afrique, va s'en rapprocher. Impatiente de combattre, elle ne tardera pas à voir ses vœux accomplis. Le général en chef vient d'apprendre que des hordes nombreuses de cavalerie irrégiilière nous attendaient sur le rivage et se disposaient à couvrir leur front par des milliers de chameaux. Les soldai* français ne
• Nous empruntons ces détails à la con-espondance offi<!iellc du ronimandaiit en chef avec le ministre de la gueiTe. (Dépt^ches du 6 et du 7 juin.)
* Dépêche de Vamiral Duperré du 9 juin 1830.
seront pas plus étonnés par l'aspect de ces animaux qu'intimidés par le nombre de leurs ennemis. Ils auraient regretté que la victoire leur coûtât trop peu d'efforts. Les souvenirs d'Héliopolis exciteront parmi eux une noble émulation. Ils se rappelleront que moins de 10,000 hommes de l'armée d'Egypte triomphèrent de 70,000 Turcs, plus braves et plus aguerris que les Arabes dont ils sont les oppresseurs. »
L'armée accueillit avec enthousiasme l'ordre du jour qui annonçait le retour de la flotte sur la côte d'Afrique, qu'elle avait quittée avec désespoir, après l'avoir seulement entrevue. Le départ, annoncé pour le 8 juin au matin, fut encore suspendu pour vingt quatre heures, à cause du calme presque absolu qui régnait et des dispositions à prendre pour Tapprovisionncment de quelques bâtiments de la flottilleV Enfin, le 9 juin 1800, l'armée étant ralliée en vue, la réserve, le. convoi et la flottille, au nombre de plus de cent quatre bâtiments, appareillèrent par un vent variable très-faible. La flotte et les bâtiments de la flottille, déjà sous voiles dès le matin du 10 juin, profitèrent, vers midi, d'un grain de l'est-nord-est, pour sortir de la baie sous la direction du vice-amiral commandant en chef, et pour rallier l'armée qui se tenait à 12 milles dans l'ouest.
Le 11 juin, le temps, très-beau au lever du soleil, ne tarda pas à se gâter : les grains se succédaient; le vent devenait violent, et le baromètre était tombé tout à coup de trois lignes. Cependant l'armée et le convoi se maintenaient bien ralliés, ainsi que les bateaux restés en arrière. A midi la flotte s'estimait à 83 milles de la côte d'Alger, dans le nord quart nord-est. Le vent était à l'est-sud-est'.
L'armée navale était pleine de confiance et d'espoir. Elle comptait que cette fois Alger ne lui échapperait pas. Malgré les menaces du gouvernement anglais, ses vaisseaux étaient demeu-
^ DépiVho (lu commandant en chef. Baie de Palma, iO juin 1850, trois heures du matin.
* Vie de Vamiral Duperré, F. Cliasscriau, page 20G.
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