ORDRE DU JOUR DU GÉNÉRAL CLAUSEL
barque; enfin presque le même jour où le dey vaincu, abordant à Naples, déclarait à l'ambassadeur qu'il se mettait sous la protection du roi Charles X son vainqueur, ce prince embarqué à Cherbourg, et lui-même errant et fugitif, faisait voile vers l'Angleterre.
L'armée victorieuse à son tour se trouva sous le coup d’une injuste défaveur. « Le lendemain de l'arrivée du général Clausel, dit le capitaine Pélissier, parut un ordre du jour où une courte phrase laudative servait d'introduction à l'annonce de la formation d’une commission d'enquête, chargée de constater la vérité au sujet des soustractions coupables que la rumeur publique reprochait à l'armée d'Afrique. Cet ordre du jour, dont la rédaction était plus hostile que bienveillante, produisit en général une impression pénible. Gertes, les bruits fâcheux répandus par les journaux au sujet des dilapidations commises à Alger avaient pris assez de consistance pour qu'il fût du devoir du général Clausel d'exammer s'ils étaient fondés ; mais il aurait été à désirer qu’il ménagcàt un-peu plus l’armée qu'il venait commander et qu'il ne mil pas en quelque sorte trente mille hommes en état de suspicion, pour des délits de nature à n'avoir pu être commis que par un petit nombre d’entre eux‘. »
La commission était naturellement formée d'hommes qui apportaient les préventions que la presse avait répandues en France ?. Le 21 octobre, après un mois et demi d'investigations, le Moniteur proclamait ainsi le résultat de l’enquête :
1 Pélissier, Annales algériennes, tome IT, page 114. (Deuxième édit. Paris, 1851.)
L'indignation fut vive dans l’armée, et un de ses plus honorables chefs, le maréchal de camp d’Arcines, qui s'était distingué dans cette campagne, protesta, au nom de ses compagnons d'armes, dans une lettre pleine de dignité et d'énergie.
2 Cette commission se composait de MM. Delort, Fougeroux, Cadet de Vaux, Pilaud de Bit et Flandin.
€ La prise d'Alger et de son trésor, disait-il, a été pendant longtemps le sujet des rapports les plus propres à flétrir la réputation d'hommes honorables employés à l’armée d'Afrique. Le gouvernement ne pouvait rester indifférent à ces clameurs. Une commission d'enquête a été nommée. Cette commission à procédé avec un ordre, une exactitude et une impartialité remarquables. Elle s’est livrée aux opérations les plus minutieuses pour connaitre la vérité, et cependant elle a déclaré que, dans sa conviction profonde, il n’y a eu aucun détournement de fonds, aucune dilapidation du trésor de la Régence, et la commission proclame hautement que tous les bruits de soustraction et d’infidélité qui ont circulé dans le public sont autant de fables dénuées de fondement, et, dans le sentiment profond de son devoir, elle se fait un devoir de les démentir de tout le poids de l'autorité de sa mission. »
Le général Clausel adressa à l’armée l’ordre du jour suivant, daté du 22 octobre 1830, pour lui communiquer le résultat de l'enquête admimistrative :
« Le général en chef éprouve une grande satisfaction en faisant part à l'armée du résultat de l'enquête faite à Alger sur le prétendu pillage du trésor de la Gasaubah. La déclaration expresse de la commission est que rien n’a été détourné du trésor de la Casaubah, et qu'il a tourné tout entier au profit du trésor de la France. »
Ainsi fut dissipé le nuage qui, formé par l'esprit de parti, téméraire dans ses soupçons, implacable dans ses haines, et grossi des préventions accréditées par une presse hostile et passionnée, avait obscurci la gloire si pure de l’armée d’Afrique. Les Arabes qui avaient combattu cette armée-l’avaient trouvée sans peur ; les adversaires politiques qui l'avaient un instant méconnue, ayant pu tout examiner, tout contrôler, tout approfondir, la déclarèrent sans reproche, Ces murmures injurieux qui bourdonnaient autour de son succès sont tom-