‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 115 sur 128 · VILLE · texte numérisé non relu

VILLE

L’enceinte d'Alger consiste en un mur à l’antique, de 11 à 15 mètres de hauteur, couronné d'ouvertures à meurtrières et en tout de 214 émbrasures à canon, garni généralement, à petites distances, de tours à peu près carrées, sans saillies et sans capacité. Il n°y à que les parties FFF qui puissent être regardées comme véritablement flanquantes. Le fort est creusé en forme à peu près triangulaire, en sorte qu’il y a en général de chaque côté un talus en terre, depuis le niveau du terrain environnant jusqu’au fond. Cette profondeur peut être de 6 à 8 mètres. Le fossé est bordé, à l'extérieur, d’un mur de 6 à 8 pieds de haut, sur 12 à 15 pouces d'épaisseur ; depuis la porte Neuve jusqu’à celle de Babasson, un peu au-dessus et audessous de la porte de Babalouet, il est partagé en deux par un mur presque parallèle à la contrescarpe, surmonté de petits massifs détachés, dans lesquels on a pratiqué des créneaux pour fusils. L'espace entre ce mur et l'escarpe est plus élevé que le reste et forme une espèce de baie fausse.

Toute la partie supérieure, c’est-à-dire les deux tiers de la ville, sont interdits aux Européens. C’est une espèce de merveille que de passer par la porte Neuve; on s’est hasardé cependant à parcourir les rues RRR, ce qui a donné moyen d'observer un peu la Casaubah et la forme du rempart.

Le mur d'enceinte se compose d’une espèce de terre-plein de 5 à 5 pieds de large, au-dessus duquel s'élève, de 3 à 4 pieds au plus, un parapet de 1 à 3 pieds d'épaisseur qui, comme nous l’avons dit, est percé d'ouvertures pour la fusillade et le canon; elles sont toutes à peu près de la même grandeur. Le rempart tombe presqu'à pic des deux côtés; ainsi son épaisseur totale est de 5 à 6 pieds au plus. Il ya, de distance en distance, des escaliers pour monter au terre-plein, dont l'élévation au-dessus du sol de la ville peut varier de 8 à 20 pieds.

. On a passé devant la porte de la Casaubah, mais on n'a pu voir l'enceinte, devant laquelle sont des maisons ; on en a découvert le sommet de la mer et du port. La Casaubah forme un triangle dont deux

côtés lui sont communs avec la ville; le troisième, qui fait face à 99,

la mer, a un fossé et un mur semblables au reste et même plus forts.

Le côté nord-ouest de la ville n’est point attäquable, au moins sur les deux premiers tiers de son développement à partir du bas. La première portion est couverte par le faubourg et l’on serait pris à dos par le fort des Vingt-Quatre-Heures. Sur la deux'ème, la pente est extrêmement rapide, couverte de maisons, d'arbres, etentrecoupée de murs. Le dernier tiers est plus accessible; on pourrait s'établir en (38), mais il serait difficile d'aller à la brèche; on arriverait avec beaucoup de peine en (38), et il faudrait donner une hauteur considérable aux cavaliers de tranchée ou plutôt batteries de brèche. Le fossé est là assez grand, et l’on aurait quelque chose à craindre des petits flancs. D'ailleurs, en entrant dans la ville, audessous de la Casaubah, il faudrait, en quelque sorte, faire un second siéce, puisque ce lieu est la citadelle de la ville et qu'on y renferme le trésor et tout ce que l’on a de plus précieux. Ce siége ne serait pas aisé à faire à cause de la pente du terrain, des maisons et des chicanes qu'on pourrait éprouver de la part. des habitants.

L'autre côté de la ville est à peu près dans le même cas que le précédent, surtout depuis la porte de Babasson jusqu'à la porte Neuve. | La gorge n’est point attaquable à cause des forts de la Marine. Il faudrait s'attacher à l'angle de l’est, où l’on serait encore tourmenté; il resterait toujours à prendre la Casaubah.

On peut s'établir en (37) contre le saillant du sud; là on commande au lieu d'être commandé; on descend à la brèche par une pente douce ; on aurait Rares de la terre, ce qui est à considérer, autour de la ville ; on n’a point de feux de flanc à craindre, et l’on passerait la partie ‘la plus étroite et la moins profonde du fossé; enfin la prise de la Casaubah doit entraîner tout le reste par l'avantage qu’on aurait sur le palais du dey, sur toute la ville et sur la Marine, qu’on prendrait à dos.

Cette attaque pourrait être secondée par une autre ou plutôt par un prolongement sur le cimetière, à droite du chemin ; mais il faudrait bien se donner de garde de découvrir les morts.

Dans cette attaque, on a à battre en brèche la partie probablement

la plus épaisse de l'enceinte; mais celte considération est bien petite auprès de tous les avantages qu’on a d’ailleurs. Les pièces basses de la Casaubah deviendraient nulles par le seul fait de la brèche, et le terrain ne leur permettrait guère de tirer auparavant.

On voit encore que, pour cette attaque, il faut être maitre du château de l'Empereur.

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