‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 122 sur 128 · ÉTAT MILITAIRE DU DEY EN TEMPS DE PAIX · texte numérisé non relu

ÉTAT MILITAIRE DU DEY EN TEMPS DE PAIX

L'infanterie se compose de Turcs fins ou nobles, c’est-à-dire de Turcs immédiatement venus du Levant, de Koul-Oglous, ou fils de soldats turcs, à qui l'on a permis de se marier à Alger, et d’un peu de Zoualis ou Maures. Le tout ensemble peut monter à 15,000 hommes, au grand maximum, savoir : 10,000 hommes turcs fins, et 5,000 Koul-Oglous et Zoualis.

Ces 15,000 hommes doivent fournir garnison à Constantine, Tittery, Oran, et dans les différents points de ces provinces; il n’en peut rester à Alger plus de 10,000. Dans cette campagne contre Tunis, pour laquelle on avait annoncé un grand développement de moyens, on n'a fait partir que 8,000 fantassins, et il restait fort peu de troupes à Alger. Tout le monde en a fait l'observation.

FORCES DU DEY EN TEMPS DE GUERRE ; TEMPS NÉCESSAIRE POUR LES RÉUNIR; PRÉCAUTIONS A PRENDRE A CE SUJET.

Le nombre de l'infanterie ne varie point ; quant à la cavalerie, il est réellement impossible d’en faire l'évaluation. Lorsqu'on doit faire la guerre, la Régence somme les tribus soumises de lui fournir {el nombre de cavaliers. Cette levée se fait avec plus ou moins d’exactitude et de célérité, selon le plus ou moins d'harmonie qui règne entre le dey et les beys, selon les dispositions particulières des cheiks, ou chefs de tribu, etc. Généralement le nombre fourni est inférieur au nombre demandé. Certaines circonstances peuvent produire un effet contraire. Par exemple, le fanatisme religieux contre une nation chrétienne, l'espoir d’un grand butin, etc.

Voici cependant une donnée approximative, au moins. Les préparatifs de la descente des Espagnols, en 1775, furent connus un mois ou deux d'avance à Alger. La Régence, sachant les Espagnols en paix avec l'Angleterre, ne douta point qu’il fût question d'elle. D'ailleurs, les consuls des autres nations prirent, dit-on, le soin de l'en avertir. De plus, la flotte resta huit jours en rade d'Alger avant d'opérer son débarquement. Le dey eut donc tout le temps de se préparer. Or, selon ce que les Algériens dirent alors, 1l avait réuni 80,000 hommes ; mais l'esprit d’exagération de ces gens-là, l'espèce d'impossibilité où ils sont de rien vérifier à ce sujet, permettent, sans crainte d'erreur, de réduire ces 80,000 hommes à 60,000. 60,000 serait donc le maximum des troupes que le dey pouvait rassembler, en supposant les circonstances les plus favorables pour lui.

Il est fort à désirer que la guerre continue entre les Régences d'Alger et de Tunis; cela occuperait le bey de Constantine, dont le contingent est seul plus considérable que ceux d'Oran et de Titterv. Il n'est point impossible d'avoir une certaine influence sur la réso-. lution qui sera prise à ce sujet. Le bey de Tunis aime lor par-dessus {out ; il hait mortellement les Algériens, et veut absolument s’affranchir de tout tribut. De son côté, le dey d'Alger est, en quelque sorte, obligé de faire la guerre, pour occuper ses troupes et trouver le moyen de les payer. À son avénement au trône, il leur pro-

mit double solde, et commence à se trouver embarrassé pour rem plir sa promesse,

Un autre moyen de diminuer les forces du dey serait de faire, au moment de l'expédition, un détachement sur Oran, ne füt-ce que pour fournir au bey un prétexte de ne pas envoyer son contingent, où de l'envoyer très-faible. On pourrait aussi parlementer avec lui et gagner du temps.

Il ya, d'Alger à Constantine, 80 fortes lieues: à Oran, 70 et 80 à Titterv. — Le contingent de cette dernière ville est peu de chose. Un courrier ne mettrait guère moins de trois jours pour arriver de Constantine à Oran. L'expédition des ordres du bey et la réunion des troupes par canton demanderaient au moins cinq à six jours: le temps de la marche pour se rendre à Alger peut être évalué à huit ou dix. Ainsi le rassemblement des troupes emporterait quinze à vingt jours. Mais nous supposons la plus grande diligence possible ; il s’en faut bien que les Al:ériens soient habituellement aussi lestes. Ils ont mis, cette campagne, cinq à six semaines pour aller à Constantine. 11 est vrai que c'était de l'infanterie, et qu’il est question de la cavalerie.

I est donc de la plus haute importance que nos préparatifs soient secrets, et d'arriver le plus possible à l’improviste. Si l’on surprend les Algériens, tout promet le succès le plus prompt et le plus complet. On sent facilement que les difficultés seront en raison des préparatifs qu'ils auront pu faire.

On a déjà fait connaitre l’esprit de la légation espagnole et de huit à dix individus qui composent celte nation à Alger. Le rappel de cette légation paraît une précaution indispensable.

L'infanterie algérienne est armée d’un fusil, de deux pistolets ct d'un yatagan, ou long couteau. Les spahis, ou cavaliers (ils sont tous Maures), ont à peu près le même armement. Ils se battent isolément ; ils arrivent à toute bride sur l'ennemi, tirent leur coup de fusil le plus souvent sans ajuster, retournent en arrière, chargent et reviennent de nouveau.

La Régence à établi depuis peu une compagnie composée de Turcs et de Koul-Oglous, qu'on appelle artillerie volante. Ce sont des cavaliers dont la barde ou selle est surmontée par devant d'un

pivot d'environ un pied et demi de haut, sur lequel on fixe une espèce de gros tromblon, Cette arme, qui se meut à peu près comme un télescope, se charge de côté pour la commodité du cavalier. On devait en faire l'essai dans cette campagne.

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