TRAITÉS AVEC LES BARBARESQUES
de cette époque que date l'agrandissement de la marine algérienne, qui jusque-là ne se servait que de galères ; elle commença à employer des vaisseaux pontés et à voiles et étendit le cercle de ses entreprises. En 1630, les Barbaresques possédaient jusqu'à cent vingt-deux bâtiments de toute grandeur ; Alger seul en comptait soixante-dix.
La France qui, rétablie par Henri IV, continuait sa progression ascendante sous le ministère du cardinal de Richelieu, essaya de nouveau, en 1625, de conclure un traité avec Alger. La situation de notre commerce et celle de notre littoral méditerranéen devenaient intolérables. On voit dans le rapport rédigé par M. de Séguiran, chargé par Richelien de parcourir les ports français de la Méditerranée, que « les attaques des pirates étaient alors si fréquentes en Provence, que les bâtiments marchands n’allaient en mer qu'armés en guerre, et que les habitants des côtes, fortifiés dans leurs maisons, avaient été obligés d'établir des signaux de nuit et de jour pour prévenir au lom de l’arrivée des corsaires. »
Richelieu, pour rendre quelque sécurité aux populations du Midi, établit des croisières sur les côtes de France et ordonna quelques attaques contre les Barbaresques. Les soins qu'il donna à la marine royale lui permirent d'appuyer les négociations entamées à Tumis et à Tripoli par des expéditions maritimes, qui faciitèrent la conclusion de plusieurs traités souvent violés, mais qui cependant procurèrent aux populations méridionales et au commerce français, sinon une sécurité complète, au moins une situation plus tolérable.
Les Algériens se montrèrent les plus difficiles. Sanson
ville. Les Morisques d'Aragon se désignaient par cette dénomination, qui venait de l’ancienne division de l'Espagne sous les califes ommiades E/- Thagr, la frontière. C’était le pays conquis depuis par les rois d'Aragon sur les émirs de Saragosse,
Napollon, chargé, en 1625, de négocier un traité direct avec le dey et la milice d'Alger, qui ne voulaient plus reconnaître les capitulations de la France avec la Porte, rencontra les mêmes obstacles, les mêmes périls, que son prédécesseur de Brives. Les lettres de jussion du Grand Seigneur ne furent pas plus admises cette fois que dans la précédente ambassade. Les janissaires ne parlaient de rien moins que de brûler le chrétien insolent qu'ils regardaient naïvement comme un spoliateur, parce qu'il leur demandait de renoncer à leurs spoliations.
Napollon allait désespérer de sa mission, quand la ville de Marseille, particulièrement intéressée au traité, s’entendit avec toutes les villes du littoral pour réunir des sommes considérables qui mirent l'ambassadeur de France en position d'acheter la paix qu'il ne pouvait obtenir. Douze mille piastres pour la milice, quatre mille piastres pour le pacha, mille piastres pour l’intendant du pacha, deux mille piastres pour l’aga, plusieurs milliers de piastres pour les raïs, membres influents du divan : tel fut le prix vénal de ce traité, promptement violé, comme tout traité passé à prix d'or; car la puissance qui vend la paix est plus que jamais en état de la faire acheter encore. |
Les principales stipulations du traité de 1628 consistaient dans la restitution réciproque des esclaves, l'engagement pris par les Algériens de n’enlever des navires français qu’ils rencontreraient en mer ni câbles, ni voiles, ni canons, ni munitions de guerre; la promesse, en cas qu'il y eût incertitude sur le pavillon, de conduire le navire suspect à Alger, et d'interroger sans violence l'équipage ; l'engagement mutuel des deux peuples de ne point faire d'esclaves l'un sur l’autre, et de se rendre tous les bons offices qu'on se doit entre alliés. En même temps, le rétablissement du Bastion de France était autorisé. Les Français pouvaient donc, sans