TRAITÉS AVEC LES BARBARESQUES
crainte d'être inquiétés, relever les fortifications de la Calle, et occuper les pomts du littoral où étaient situés leurs anciens établissements. La liberté de pêcher le corail, pêche qui occupait vingt-trois bateaux, montés chacun par sept hommes ; celle de faire le commerce des cuirs, de la laine, de la cire, du blé, des chevaux, étaient reslitués à la France.
Elle renoua facilement ses anciennes relations avec les Berbères, parce que cet établissement était pour ceux-ci un précieux débouché ; si précieux que, quelques années plus tard, ils prirent les armes contre les Turcs, leur firent éprouver deux sanglantes défaites, et refusèrent de consentir au payement du lisme, ou redevance, jusqu'à ce que le Bastion de France fût rétabh. C’est ainsi que cet établissement, qui avait subsisté de 1628 jusqu’en 1637, malgré les contestations continuelles des gouvernements de France et d'Alger sur les autres clauses du traité, et qui avait été ruiné par les Algériens à la fin de cette année, parce qu’une flotte de guerre avait paru devant Alger, demandant satisfaction pour les griefs du roi de France, sortit de ses ruines en 1640.
En 1635, Louis XIII ayant ordonné au chevalier Lepage, gouverneur de nos possessions d'Afrique, d'en faire l’inspection générale, cette inspection constata l'état de choses suivant : il y avait au Bastion de France huit cents hommes de garnison, au fort la Calle trois cents, au cap Roux cent cinquante, au cap Rose cent cinquante. On abandonna bientôt après un cinquième fort, élevé sur le cap Nègre et qui dès lors tombait en ruines.
Il est facile de voir, par ces détails, que la position de la France sur la côte d'Afrique continuait à demeurer mixte. Elle y faisait un grand commerce de grains avec les Ber-
bères, et le Bastion de France était le centre de ce commerce; | x
elle affermait la pêche du corail moyennant des redevances, et exerçait sur quelques pomts du territoire, pour protéger son commerce, une souveraineté souvent contestée, qu'elle maintenait tantôt par la crainte de ses armes, moyen efficace dans un pays où il n’y avait guère d’autre droit que la force, tantôt et plus fréquemment par une bonne entente avec le gouvernement algérien, qu'elle gagnait à ses intérêts par de riches présents.
Cependant il y avait, au milieu de ces intérêts un peu mêlés, quelque chose de distinct; la portion de côte qui s'étendait depuis la frontière de Tunis jusqu'à la rivière de Seybouse était plus particulièrement celle sur laquelle la France prétendait à un droit de souveraineté ; la portion de côte qui s’étendait de la rivière de Seybouse jusqu'à Bougie était celle où notre commerce faisait moyennant une concession payée par une redevance !, la pêche du corail, Au-dessus de toutes ces distinctions, s'élevait un fait matériel qui les dominait et portait la France à préférer la bonne entente avec Alger à la lutte ouverte : c'est que, les forces dont elle disposait sur la côte d'Afrique n'étant point suffisantes pour lutter contre la puissance algévienne, 1l était préférable, pour ses intérêts, de conserver de bonnes relations avec le gouvernement de ce pays, afin de n'avoir à les employer que contre les tribus et les autres villes barbaresques qui entraveraient son commerce ou voudraient piller ses comptoirs. On accommodait done, autant que possible, les difficultés, pour éviter les frais d’une expédition sans laquelle nos forts, comme l'événement l'avait
plusieurs fois prouvé, étaient à la merci de la puissance algérienne.
1 Cette redevance n'était primitivement que de 17,000 livres. .