‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 33 sur 128 · LETTRE DU CAPITAINE COLLET · texte numérisé non relu

LETTRE DU CAPITAINE COLLET

Exmouth en 1816, ont toujours tourné à l'avantage des Algériens; que celle même de lord Exmouth, qui a été la plus formidable, ne leur à pas fait un notable dommage, et qu’au lieu d’abaisser l’orgueil du dey, elle lui a appris à connaître combien il pouvait braver les efforts d’une escadre. Elle se convaincra facilement que recourir aux mêmes moyens pour obtenir raison de tous les griefs que la France a envers le dey - ne serait prendre qu'une demi-mesure qui, probablement, n'amènerait à aucun résultat favorable, et pourrait, au contraire, retarder la fin de cette guerre.

«Une escadre, d’après tout ce qui est dit dans ce mémoire, ne peut être destinée à attaquer Alger que pour faire diversion et soutenir des troupes de débarquement au moment où elles escaladeraient les murailles. Les Algériens sont loin de penser à une entreprise aussi hardie, à une attaque aussi vicoureuse. On peut croire qu'ils ne la supposent pas possible, si l’on en juge par le peu de soin qu'ils ont mis à fortifier la ville du côté de terre. Le colonel du génie Boutin, qui fut envoyé à Alger en 1806 et 1807 pour examiner la place et ses environs, doit avoir déposé au ministère de la guerre des mémoires sur les résultats de son travail et de ses observations. Alger !, depuis cette époque, n’a rien changé à ses moyens de défense du côté de la terre. Le gouvernement du roi saura, d’après toutes ces données, s’il lui importe de s'emparer de cette place, et jugera de la quantité d'hommes à y envoyer, si toutefois 1l prend cette détermmation.

«Une expédition de cette nature n'étant praticable que pendant la belle saison, on pourrait employer au transport des troupes tous nos vaisseaux condamnés qui sont pourtant ca-

1 Ce passage de la lettre du commandant Collet, et la note envoyée le 4er juillet 4827 par le consul général Deval, mirent sur la trace du travail du chef de bataillon du génie Boutin, dont les plans devinrent le point de départ du projet d'expédition.

pables, malgré leur mauvais état, de tenir la mer pendant quelque temps, n'ayant surtout que la batterie haute ; je dis d'employer ces vaisseaux, parce que je sais combien il est difficile de rallier des bâtiments de transport lors d'un débarquement. Il faudrait, si la chose était possible, que toutes les troupes fussent Lransportées par les bâtiments du roi. On serait sûr de leur navigation et de l’activité que les officiers mettraient pour concourir à la réussite de l'expédition. Les capitaines du commerce n’y portent pas le même intérêt. Les bâtiments sont souvent mal commandés, ce qui ne peut arriver sur les bâtiments du roi.

«Je crois même que, sur chaque navire de commerce qu’on serait obligé d'employer comme moyen de transport, 1l conviendrait de mettre un enseigne de vaisseau. Cette mesure éviterait l'armement d’un grand nombre de bâtiments légers, nécessaires pour éviter les séparations et les rallier an amoment du débarquement.

QM. le capitaine de frégate Dupetit-Thouars, qui a été chargé du service de la pêche à Bone lorsqu'il commandait la Torche, connait aussi la ville et les environs d’Alger ; il a dernièrement suivi de très-près toute la côte à l’ouest du cap Caxine, et m'a assuré qu’elle présentait plusieurs points trèsfavorables pour un débarquement. J'ai cru devoir vous expédier cet officier à Paris, pour qu'il réponde aux questions que Votre Excellence pourra lui adresser, tant sur le mémoire de M. le consul général, que sur les moyens à prendre pour le transport des troupes et leur débarquement, et que je n'indique que très-succinctement !, » |

! Document communiqué par M. le duc de Clermont-Tonnerre. Pendant que M. Dupetit-Thouars se rendait auprès du ministre de la marine, M. Thierry Dufougcray, qui avait rejoint le consul général Deval à bord de Z4 Provence, recevait de ce dernier une mission analogue pour le ministre des affaires étrangères.

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