MISSION DU CAPITAINE COLLET
projet ne sera pas accepté, mais 1l est moins inacceptable que les deux autres. Ie il faut commencer par où l'on veut finir. Avec les Turcs, on doit, sous peine de ne rien obtenir, ne se relâcher jamais d’une exigence exprimée£. »
Le commandant Collet suivit l'avis du capitaine Dupetit- Thouars. La satisfaction demandée ne fut pas donnée dans les vingt-quatre heures. Dès lors la négociation fut considérée comme rompue.
Le refus du dey d’obtempérer aux réclamations de la France fut suivi de deux actes qui devinrent le signal de la guerre. Le commandant Collet commença le blocus le 15 juin 1827, et à peine le consul Deval avait-il eu le temps de faire embarquer les Français établis à la Calle et M. Thierry Dufougeray, que le bey de Constantine, agissant par les ordres du dey, descendit à la tête des tribus vers cet établissement et le détrusit de fond en comble. Le gouvernement français avait ‘dès lors à choisir entre deux partis, ou déclarer la guerre à la Régence et frapper un coup décisif, par mer ou par terre, ou se contenter d’entraver les opérations de ses croiseurs, en continuant le blocus d’ Alcer.
Cette question fut agitée dans les conseils du gouver nement royal, alors présidés par M. de Villèle. M. le duc de Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre à cette époque, avait mis à l'étude ce problème difficile ; après l'avoir envisagé sous ‘toutes ses faces et s'être entouré de tous les renseignements écrits, 1l avait voulu avoir l'avis des hommes les plus compétents.
Le capitaine Collet, commandant la station navale devant Alger, était certainement l’homme qui pouvait le mieux donner au ministre une opinion motivée. Il avait passé, on peut Je dire, sa vie à la mer, usant sous lui les navires, et quit-
1 Détails communiqués par M, l'amiral Dupetit-Thouars.
tant celui qui succombait à la peine pour en monter un nouveau, comme ces cavaliers infatigables qui tuent sous eux leurs chevaux. D'une intrépidité si prodigieuse qu'elle finissait par conjurer le péril à force de le braver, 1l avait un jour, dans la rade de Rochefort, demandé à l'amiral commandant de Ja flotte française la hberté de manœuvrer et, l'ayant obtenue, il était allé avec sa frégate droit au vaisseau amiral anglais ; celui-ci l'avait laissé venir, ne soupçonnant pas qu'il pût avoir l'idée de se heurter, avec son bâtiment si inférieur, contre un colosse. Le capitaine Collet s'était donc approché à portée de pistolet ct, bord à bord, avait envoyé toute sa bordée dans les flancs de l'anglais; puis, passant de l’autre côté, avait renouvelé la même manœuvre ; après quoi 1l s’était tranquillement éloigné, déjà hors d'atteinte avant que l'ennemi füt revenu de sa stupeur. Ce Jean Bart, à qui les occasions avaient manqué, avait autant de sang-froid dans l'appréciation que d'énergie ct d'ardeur dans l'exécution. On pouvait être sûr qu'il irait jusqu'aux limites extrêmes du possible dans l’estimation de ce qui pouvait être fait par mer contre Alger.
Voici la réponse qu'il adressa aux questions du ministre, à la date du 10 août 1827 ; 1l écrivait devant Alger même, à bord de la Provence :
«Monseigneur, par ma dépèche du 7 juillet, j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Excellence que les renseignements que j'avais pris sur la position d'Alger et ses moyens de défense ne me permettaient pas de supposer qu'il fût possible de tenter, avec quelque espérance de succès, une entreprise sur ses bâtiments dans le port ou contre la ville ellemême. Votre Excellence remarquers, d’après le mémoire de M. Deval, consul général, adressé au ministre des affaires étrangères, et dont je joins ici un double, que le résultat de toutes les expéditions qui ont précédé ou suivi celle de lord