LA QUESTION D'ALGER DANS LES CONSEILS DU ROT
de la Bretonmière, et donner à ces barbares, qui n’estiment que la force, l'opinion que la France supportait tout : les coups d'éventail sur la joue de ses consuls, les coups de canon dans les flancs de ses vaisseaux; ou bien le moment était venu d'agir.
Il ne restait qu'un moyen de rétablir les intérêts commerciaux de la France et de sauvegarder son honneur, c'était de revenir à l'idée mise en avant, dès le mois d'octobre 1897, dans les conseils de la couronne, par M. de Clermont-Tonnerre, alors ministre de la guerre. Une expédition continentale dirigée contre Alger, invulnérable du côté de la mer, pouvait seule mettre fin à une situation imtolérable, en mettant fin à l'existence de cet établissement de pirates, dont la durée était un outrage pour la civilisation, un fléau pour le commerce, et désormais une tache pour l’honneur français.
C'était là chose si évidente, qu'on s’étonnerait qu'il pût y avoir un doute sur une question aussi simple, si l’on ne connaissait, par expérience, le mirage que produisent les passions politiques et les préventions de l'esprit de parti. La question d'Alger était tombée de bonne heure dans le domaine de la publicité, et l’on s’en était naturellement occupé dans les conseils du roi, à la tribune et dans la presse. Le moment est venu d'expliquer les diverses phases qu'elle traversa.
On a vu, à l’origine de l'incident qui amena la rupture de nos rapports avec Alger, un seul membre du ministère pré sidé par M. de Villèle proposer une grande expédition, et le reste du cabinet préférer l’idée d’un blocus. Deux faits expliquent cette attitude du ministère de M. de Villèle : il trait à sa fin, et il avait sur les bras, dans ce moment, la question helléno-turque qui, s’agoravant de jour en jour, allait amener la bataille de Navarin. Les dates ici ont leurs enseignements. La rupture d'Alger avec la France est du 14 juin 1827; la bataille de Navarin, du 20 octobre de la même année. En
outre, le ministère, déterminé à tenter des élections générales à la fin de l'année, ne voulait point commencer les préparatifs d’une grande expédition, avant de savoir s’il resterait aux affaires.
Le cabinet présidé par M. de Villèle eut donc peu de part dans la question d'Alger. II n'eut pomt à en entretenir les Chambres, dissoutes quelques jours après la rupture des deux États (14 juin 1897), et devant lesquelles il ne se représenta pas, jusqu’au jour de sa retraite, 3 janvier 4828. Pendant les six mois qu'il demeura aux affaires, depuis l'ouverture des hostilités, 1l organisa le blocus, et put croire que la vigueur avec laquelle le capitaine Collet réprima la tentative faite par les Algériens pour le forcer, suffirait à arracher au dey une satisfaction convenable.
Le ministère dans lequel M. de Martignac tenait, par son éloquence, la principale place, bérita, le 5 janvier 1898, de la question d'Alger. La situation de ce cabinet, au dedans comme au dehors, était difficile. Au dedans, 1l trouvait les passions violemment émues, l'esprit d'opposition arrivé au dernier degré de l'excitation, après sept années de lutte ; le principe de l'autorité affaibli, la majorité dissoute à droite, presque impossible à reformer dans les autres fractions de la Chambre. Au dehors, il avait la question grecque à terminer, et il dut entreprendre, en août 1828, l'expédition de Morée, pour chasser l’armée égyptienne qui occupait les principaux points du pays. Bientôt après, une autre question, tout autrement redoutable, surgit : ce fut la rupture et la guerre de la Russie avec l'empire ottoman, pendant laquelle l'Europe entière demeura en suspens, se mettant en mesure de prendre part à une lutte générale qui pouvait s'élever à l’occasion du partage de la Turquie d'Europe.
La conduite du ministère Martignac vis-à-vis d'Alger se ressentit inévitablement de ces difficultés intérieures et exté-