‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 41 sur 128 · INSULTE FAÎTE AU PAVILLON PARLEMENTAIRE · texte numérisé non relu

INSULTE FAÎTE AU PAVILLON PARLEMENTAIRE

rasse qui, comme vous le savez, commande toute la vue de la rade. La position de ce vaisseau de guerre était fort critique; si, d'après l’état du vent, il eût été atteint, 1l pouvait être chassé vers la terre, près du consulat américain. Heureusement le feu des batteries fut si mal dirigé, que nous pensons qu'il n’a pu éprouver beaucoup de mal. Nous sommes tous d'avis que M. de la Bretonnière s’est conduit, dans cette circonstance, avec la plus grande dignité, en traitant ces pirates avec le mépris qu’ils méritent. Il a gardé son pavillon parlementaire et, à la satisfaction générale, il n’a pas tiré un seul coup de canon. Ce sang-froid et ce jugement ont été ici admirés de tout le monde. Pendant cette crise, je n’ai jamais vu un homme plus agité que le capitaine Quin. Son anxiété sur le sort de ce beau vaisseau était au delà de ce qu'on peut concevoir. Se figurant qu’il était lui-même à bord, 1l ne cessait de dire: Don't fire, my boys ; keep up close to the wind (Ne faites pas feu, mes enfants; serrez le vent). L’infamie de cette violation était, en effet, si flagrante que, dans ce moment, nous étions tous Français. La brise d’ailleurs état faible, et il était à craindre, si le vaisseau français eût tiré, qu'il eût fait tomber le vent ; et il se serait mis, par ce seul fait, dans une position désespérée. Aussi jamais commandant n'a mieux mérité de son gouvernement que M. le comte de la Bretonnière ; sa conduite fut pleine de prudence, de noblesse et de dignité. Nous rendons grâces à Dieu de l'avoir vu échapper à ces barbares!. »

1 M. Bianchi, en citant cette lettre dans sa Relation, page 69, ajoute ce qui suit : « J'ai entre les mains l'original de cette lettre en anglais, adressée à madame Bowen par son mari, médecin actuel du dey d'Alger, » M. Bowen est père de madame la marquise de Faudoas, veuve du lieutenant général de ce nom,

LA QUESTION D'ALGER DANS LES CONSEILS DU ROI, DEVANT LES CHAMBRES, DANS LA PRESSE.

La dernière tentative faite par le gouvernement français pour sortir pacifiquement d’une situation difficile l’avait aggravée. Il fallait évidemment prendre un parti. Le blocus, qui coûtait sept millions par an, n’avait pas amené la solution, et l’on pouvait calculer qu'à la fin de la troisième année on allait avoir dépensé vingt et un millions sans résultats décisifs. L’insulte faite, contre toutes les lois du droit des gens, au pavillon parlementaire, avait envenimé la querelle ouverte entre la France ct la Régence d'Alger. Ou le gouvernement français devait se résigner à une situation que ni les États- Unis ni l'Angleterre n’avaient voulu tolérer, il devait renoncer à des droits commerciaux fondés sur une possession si ancienne qu'elle se perdait dans la nuit des temps, et que de nombreux traités avaient confirmée !, accepter l’outrage que lui avait fait le dey dans la personne du consul représentant de la France, et l'insulte faite au pavillon parlementaire dans la personne d’un second ambassadeur de la France, le capitaine

1 On lit dans /e Moniteur du 13 mai 1850 : « Dans l'audience où le dey insulta notre consul, il lui déclara publiquement qu’il ne voulait plus permettre qu'il y eût un seul canon français sur le territoire d'Alger, et qu'il ne nous y reconnaissait plus que les droits généraux dont jouissaient les autres négociants européens qui viennent y trafiquer. — Ge sont les propres expressions qu’il employa, et il fit aussitôt après raser les forts appartenant à la France, et détruire les établissements de commerce fondés sous leur protection, »

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