AVÉNEMENT DU MINISTÈRE POLIGNAC
pédition d’Alger était inévitable. Tous les moyens de transaction étaient épuisés. Des menaces étuent sorties de la bouche même du roi dans les discours d'ouverture des deux précédentes sessions. Si elles ne recevaient point une prompte exécution, la dignité royale était compromise, et l'influence morale de la France éprouvait un grave échec, car il restait démontré aux yeux de l’Europe que sa volonté allait au delà de sa puissance. L'expédition d'Alger devait donc être et fut en effet une des préoccupations les plus vives du nouveau cabinet, et surtout des deux ministres qui devaient avoir la part principale à cette entreprise, le général de Bourmont, comme ministre de la guerre, le‘ baron d'Haussez, comme ministre de la marine.
Il convient de dire 1c1 quelques mots des deux hommes qui eurent une si grande part à l’expédition d'Alger.
Le baron d'Haussez, imitié aux affaires dès le début de la Restauration, soit comme membre des assemblées élues, soit comme fonctionnaire public, avait déployé des talents admiuistratifs du premier ordre, dans plusieurs préfectures inportantes, entre autres celles des Landes, du Gard, de Ffsère et de la Gironde. Il s'était trouvé dans l'Isère et le Gard, au milieu de circonstances difficiles, et il les avait dominées par le rare assemblage d’un esprit froid, ferme, conciliant ct avisé, et d’un caractere ardent et vigoureux. Il entrait donc ai ministère de la marine avec l'expérience des affaires, ce coup d'œil net et prompt qui va au fond des questions d’exécution, sans se lasser arrêter par les fins de non-recevoir bureaucratiques, l'habitude d’approprier les moyens aux obstacles ; enfin, qualité essentielle aux hommes d'État, il savait vouloir.
La vie de M, de Bourmont avait été traversée de bien des vicissitudes, L'un des derniers qui eût tenu le drapeau blanc dans les guerres révolütionnaires de l'Ouest, il avait connu
la proscription, la captivité, l'exil. Enrôlé malgré lui dans les armées impériales, 1l avait acquis et déployé dans les grandes guerres des talents remarquables, qui jetèrent un nouvel éclat dans la campagne d’Espagne de 1893. C'était un esprit sagace, ingénieux, lucide, un caractère doux, aimable, mais tenace et ferme. Il avait cette aptitude naturelle que rien ne remplace et qui, dès son entrée au ministère de la guerre, lui fit prendre les mesures les plus utiles et les plus agréables à l’armée. Il souhaitait passionnément illustrer son passage aux affaires par une glorieuse entreprise et, soit comme muustre, soit comme général, 1l était capable de la préparer et de l’accomplir.
Les papiers laissés par le baron d'Haussez fournissent à l'histoire de précieuses lumières sur la suite donnée à cette grande affaire, dans les conseils de la couronne, par les deux membres du ministère dont l’accord était nécessaire pour la conduire au but.
«Le ministre de la guerre, dit-il, étendit ses soins avec beaucoup d'intelligence et de succès sur diverses branches de son administration, et son ministère prit une excellente direction ; mais les affaires courantes ne l'occupèrent pas tellement qu'il ne songeàt à exécuter cette entreprise sur Alger, solennellement annoncée dans les discours d'ouverture des deux précédentes sessions. Il fit donc ses dispositions et, lorsqu'il fut assuré que son département serait prêt, 1l proposa au conseil de donner enfin de la suite à des menaces sorties de la bouche même du roi.
«De mon côté, j'avais donné beaucoup de soins et d’attention à l'examen de cette question, et J'avais consulté tout ce qui avait été écrit à ce sujet dans mon mimistère. Je m'étais surtout arrêté à un rapport très-détaillé fait par une commission composée de plusieurs officiers généraux de la guerre et de la marine, et à un autre rapport du conseil de l'amirauté,