‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 46 sur 128 · L'EXPÉDITION EST RÉSOLUE · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION EST RÉSOLUE

poussa d’une manière absolue cette demande, en disant que jamais des bâtiments qui avaient porté le pavillon français ne porteraient, de son aveu, un autre pavillon. Ce fut alors que l’on songea à une armée d'expédition égyptienne, se dirigeant sur Alger par terre. L'Angleterre, jalouse de voir la puissance égyptienne prendre des accroissements sur la Méditerranée, et son intinuté avec nous se resserrer, fit inutilement des démarches très-pressantes auprès du cabinet des Tuileries pour le - déterminer à renoncer à cette idée, puis s’adressa directement à Méhémet-Ali et, moitié par conseil, moitié par menaces, elle l’'obligea à demander l'agrément de la Porte, et plus tard, à renoncer au traité qu'il avait signé avec nous‘. Dans le conseil du 51 janvier 1830, l'expédition directe faite par la France ellemême contre Alger fut résolue, et on laissa à Méhémet-Ali le soin de réduire Tripoli et Tunis. Ce ne fut que dans le mois d'avril suivant que le pacha d'Égypte nous avertit qu'il renonçait à coopérer, même dans cette mesure, à notre entreprise.

Ainsi, dans les conseils du roi Charles X, la question d’Aleer avait traversé trois phases. Dans la première, on avait espéré arriver à une solution par un blocus, et cet espoir s'était prolongé jusqu'à l'échec de la mission du comte de la Bretonnière. Dans la seconde, on avait cherché les moyens de réduire Alger sans entreprendre une grande expédition, et c'est alors que l’idée de recourir à la Porte Ottomane, bientôt modifiée par de nouvelles instructions, puis celle d'acheter le concours militaire du pacha d'Égypte, avaient été accueillies. Ce ne fut que lorsque ces deux expédients eurent échoué qu’on en vint nécessairement à la pensée de diriger une grande expédition française vers la côte d'Afrique. Ge récit curieux des délibé-

1 Voir les documents contenus dans le discours de M. le duc de Valmy, écrit pour être prononcé à la Chambre, et publié par la Quotidienne dans

son numéro du 45 mai 1841.

rations intimes du conseil révélées par les papiers du baron d'Haussez, et les témoignages des hommes les plus activement mêlés aux affaires, mettent hors de doute un point d'histoire générale jusque-là controversé : c’est que l'expédition d'Alger ne fut point entreprise par la Restauration comme une mesure de politique intérieure, commandée par les circonstances difficiles où se trouvait le ministère de M. de Polignac, mais comme une mesure d'honneur et d'intérêt national, devant laquelle le gouvernement, qui avait tenté toutes les autres voies, ne pouvait plus reculer sans déserter ses devoirs.

Quand le ministère nouveau eut résolu de faire l'expédition d'Alger, exclusivement avec les forces de la France, 1l voulut naturellement prendre l'avis de l’homme de mer qu'on regardait, non sans raison, comme le plus compétent dans la question. M. Dupetit-Thouars, déjà consulté par le précédent cabinet, se trouvait indiqué. Ce fut à lui et à M. Gay de Taradel que le baron d'Haussez s'adressa.

Il introduisit M. Dupetit-Thouars dans une commission réunie sous sa présidence et composée du vice-amiral Jacob, du contre-amiral Roussin, du contre-amiral de Mackau, directeur du personnel, du baron Tuypimier, directeur des ports, et du capitaine de vaisseau Latreyte. Cette commission avait adopté un plan qui consistait à envoyer une armée de 30,000 hommes sur 400 navires de commerce, escortés par six frégates. Le capitaine Dupetit-Thouars qui, fortement appuyé par le ministre de la marme, obtint cette fois de prime abord les honneurs de la séance, combattit vivement ce plan. Il exposa que la condition essentielle du succès était de jeter tout d’abord sur la plage un grand nombre d'hommes organisés et prêts à combattre : or ce n’était qu'en embarquant la plus grande partie de l'armée et du matériel sur des vaisseaux de guerre qu'on pouvait remplir cette condition. Ces vaisseaux, en outre, offriraient seuls les garanties nécessaires,

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