VIVES ATTAQUES DE LA PRESSE
pacte, libre, fertilisé par le travail, et non d’une colonisation superflue ; que dis-je? d’une promenade militaire, car on ne lui permet pas même de colonisation. Je sais particulièrement qu'il a été donné parole au gouvernement anglais que, sitôt Alger détruit, l'armée française se retirerait !, »
C'était le style du temps. Du reste, l'embarras de l’auteur de cet écrit, cherchant à ménager à la fois les intérêts de l'opposition et la bonne renommée de son patriotisme, se trahissait dans cette singulière phrase, dont les premiers mots affirment, tandis que les mots suivants doutent : « Oui, sans doute, il faudra peut-être reporter sur la terre d'Afrique l’étendard de samt Louis ! » Gette concession de mots n’ôtait rien à la violence systématique des attaques. Sans considérer que trois ministères sucessifs, différents de nuance, séparés par leur origine comme par leur politique, et parmi lesquels il y en avait deux dégagés de toute responsabilité dans la rupture des rapports de la France avec Alger, le ministère de M. de Villèle, celui de M. de Martignac et le ministère de M. de Polignae, étaient venus apporter les mêmes affirmations, les mêmes témoignages sur la question d'Alger, l’auteur de cet écrit persistait à maintenir que tous les torts étaient du côté du gouvernement français, la raison du côté du dey, et 1l reprochait tout à la fois au pouvoir de ne pas avoir efficacement défendu les intérêts commerciaux de la France, en consentant à payer des droits plus élevés pour la pêche du corail, et d’avoir lésé les intérêts du dey par la manière dont avait été payée la créance Busnach et Bacri; d’avoir empiété sur ses droits en prétendant à une souveraineté sur la côte d’Afrique, occupée par les établissements français de la Calle, mal à propos armés de canons ; d’avoir violé les traités en
1 On verra, dans le livre suivant, combien cette affirmation était dénuée de fondement,
voulant protéger le commerce des sujets du saint-siége contre la piraterie, d’avoir exigé une réparation trop éclatante pour l'outrage fait à la France sur la joue de son consul; d’avoir eu le tort de maintenir, en la personne de celui-ci, un représentant personnellement désagréable au dey.
L’écrit de M. de Laborde se terminait ainsi : « Cette guerre est-elle juste ? Non. Le dey réclame, on le vole; 1l se plaint, on l'insulte ; 1l se fâche, on le tue ! Cette guerre est-elle utile ? Est-il avantageux à la France de prendre Alger sans pouvoir le garder ? Qui pourrait le penser ? Cette guerre est-elle légale ? Le texte littéral de la Charte se prêterait-il à l'opinion que, dans l’absence des Chambres, on peut dépasser le budget de cent millions? Une voix s'élèverait plus ancienne, plus haute que la Charte, celle de la morale publique et du droit naturel. Elle assignerait les ministres à comparaitre à la barre de la France et de l'humanité : à la barre de la France, qui a droit de leur demander compte de la vie et de la fortune de ses enfants ; qui leur dirait : « Varus, rends-moi mes légions ! « Varus, rends-moi mes trésors! » Elle prendrait pour témoins ces nouveaux Palinure laissés sans tombeaux sur une terre ennemie ; elle accuserait les auteurs de cette entreprise, même si elle réussissait ; elle les accuserait d’avoir trompé le roi et les Chambres sur des droits qui n’existaient pas, sur une insulte qui n'était pas une offense de la part d'un barbare ; elle les accuserait d'avoir entrepris dans une saison défavorable, et en infraction à nos droits, une guerre dont rien ne démontre mi l'urgence mi l'opportunité. »
C'est au bruit de ces accusations, de ces attaques et de ces sombres pronostics, que lé gouvernement du roi Charles X, prouvant qu’on peut faire de grandes choses avec
la liberté politique, achevait les préparatifs d'une difficile expédition.