‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 53 sur 128 · DISCOURS DU BARON D'HAUSSEZ À LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

DISCOURS DU BARON D'HAUSSEZ À LA CHAMBRE

la France et l’Europe du triple fléau que le monde civilisé s’indigne d’endurer encore, la piraterie, l’esclavage des prisonniers et les tributs qu’un État barbare impose à toutes les puissances chrétiennes. »

M. d'Haussez répondait ensuite aux objections qu’on élevait, à trois points de vue, contre l'expédition : le défaut de temps pour faire les préparatifs, les difficultés du débarquement, les chances plus ou moins favorables des opérations de terre. Après avoir épuisé toutes ces objections, M. d'Haussez repoussait ainsi les insinuations tendant à faire croire que le gouvernement français avait sollicité de l'Angleterre l’autorisation de venger l'honneur de la France: « Je ne défendrai pas le gouvernement de l'étrange inculpation d’avoir sollicité d'une puissance étrangère l'autorisation de venger l’insulte faite au pavillon français. La dénégation la plus complète serait ma seule réponse, si l’invraisemblance de l'accusation ne suffisait pas pour en détruire l'effet. Pas plus que leurs nobles devanciers, nos jeunes capitaines ne sont disposés à demander à quelque puissance que ce soit une feuille de route pour marcher à la victoire. Un doute serait une grave injure; la seule indication d’un tel doute serait un moyen parlementaire peu en usage dans une Chambre française. »

Il semblait que la discussion dût s'arrêter. Tout avait été dit pour et contre. Les motifs donnés étaient concluants, l’expédition définitivement résolue, les préparatifs déjà en pleine activité. Toute opposition ultérieure dirigée contre l'entreprise, outre qu'elle était inutile, devenait un encouragement, un espoir apporté à l'ennemi, une difficulté de plus ajoutée aux difficultés de l'expédition française.

Les passions politiques ne s’arrêtèrent point devant ces considérations. Après la prorogation de la session de 1830, c’està-dire dans le mois d'avril de la même année, au moment où

la flotte et l’armée se réunissaient à Toulon, M. Alexandre de

Laborde, député de la Seine, publia un écrit dans lequel étaient résumés et aggravés, par l’amertume du langage, ioutes les objections, tous les reproches, toutes les préventions, tous les blâmes accumulés par les journaux de l’opposition contre l'expédition d'Afrique ‘. Cet écrit était adressé au roi et aux Chambres, « seuls juges de ce grand procès, » disait l’auteur. Mais le roi avait pris sa résolution, puisque les vaisseaux et les troupes se rassemblaient ; les Chambres provoquées étaient absentes et ne devaient se réunir qu'après le succès ou l'échec de l'expédition. Ces paroles ardentes n'arrivaient donc qu'aux passions émues, qu’elles excitaient encore, aux gouvernements étrangers opposés à notre entreprise, et enfin à l'ennemi, qu’elles encourageaient,

L'auteur disait, dans la préface : « Il est plus facile de surprendre la religion d’un prince généreux que le bon sens d'un peuple éclairé, La vérité se fait jour avec peine à travers les murs d’un palais et les rigueurs de l'étiquette; mais le bon sens circule dans les masses, est accueilli partout, et partout il dit aujourd'hui qu'avant de sacritier trente mille hommes, soixante millions, 1l faut savoir pourquoi et comment, La guerre d'Alger ne fait éprouver qu’un étonnement pénible, comme d’une chose qu'on ne saurait comprendre, dont on cherche en vain la cause et le but; mais bientôt, en l'examinant davantage, on la trouve injuste dans son origine, imprudente dans sa précipitation, infructueuse dans ses résullats et, depuis quelques jours, coupable et criminelle dans son exécution... La destruction d'Alger ne vaut pas la perte de la moindre de nos libertés, et surtout l’empiétement du plus cher de nos droits. C’est d'institutions que la France a besoin, et non pas de conquêtes ; c’est d’un territoire com-

! Au Roi et aux Chambres sur les véritables causes de la rupture avec Alger et de l'expédition qui se prépare, par Alexandre de Laborde, député de la Seine. Paris, 1830,

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