‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 65 sur 128 · DERNIÈRES NOTES DIPLOMATIQUES · texte numérisé non relu

DERNIÈRES NOTES DIPLOMATIQUES

sur aucun point, et cependant à éviter une rupture avec l’Angleterre, au moins jusqu'au moment où les préparatifs seraient achevés. Le moyen qu'il employa fut de parler à la chrétienté tout entière au nom des intérêts de la civilisation chrétienne, toutes les fois que l'Angleterre l’interrogea au nom de l’intérêt anglais ; d'offrir à tous les cabinets les explications qu'elle seule exigeait, ce qui nous permit de ne pas aller, dans ces explications, au delà de ce qu’on pouvait dire, sans s'éloigner de la prudence diplomatique, sans compromettre les intérêts de la France et sans manquer en rien aux lois morales de la bonne foi; enfin d’offrir à la chrétienté entière, sympathique à notre domination en Afrique, de s'entendre avec elle sur l'avenir de la conquête, et de refuser toute entente spéciale et directe avec l'Angleterre, dont le mauvais vouloir se trouvait ainsi noyé dans le bon vouloir de tous les peuples.

Sur la fin, cependant, la volonté de la France de réserver tous ses droits devenant de plus en plus manifeste, par les efforts réitérés et infructueux que fit le gouvernement anglais pour lui arracher la promesse toujours réclamée, toujours déclinée de ne point établir la domination française en Afrique, les rapports s’envenimèrent. À chaque refus, la sommation était devenue plus directe et plus impérative ; à chaque sommation, les refus avauent été plus positifs et plus fermes. À la fin de la négociation, le gouvernement du roi Charles X en était arrivé jusqu’à ne plus vouloir donner qu’un simple récépissé des notes de l'Angleterre, sans consentir à lui accorder une réponse. On touchait à une rupture, comme au commencement de la guerre d'Espagne. Les dispositions hostiles de l'Angleterre devenaient si marquées, que l'ambassadeur de France reçut ordre de demander des explications au cabinet anglais. La réponse de lord Aberdeen au duc de Laval fut loin d’être rassurante : « Nous avons eu jusqu’à

présent, lui dit-il, la modération de ne pas adresser des ordres à notre escadre, que nous eussions pu envoyer croiser vers les côtes qui sont menacées, et prendre station à Gibrallar; mais nous serions prêts au besoin. »

Tels étaient les auspices sous lesquels notre flotte allait partir. La première phase des négociations diplomatiques était terminée. On était entré dans les faits; les paroles devenaent inutiles.

La France agissait ; 11 fallait de deux choses l’une : ou que l'Angleterre ordonnât à sa flotte de courir sur la nôtre, ou qu'elle se résignât à voir l'expédition d'Alger s’accomphr.

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