‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 67 sur 128 · LE DAUPHIN A TOULON · texte numérisé non relu

LE DAUPHIN A TOULON

nistre de la guerre et moi. Les marques de l’enthousiasme le plus expressif lui furent prodiguées. Partout où il paraissait, c'était une affluence à laquelle les rues, les fenêtres des maisons, les toits même, ne suffisaient pas. Partout des cris, des larmes de joie, des mains étendues, des drapeaux agités. La population était, littéralement parlant, dans un état . d'ivresse et de folie. Je fis remarquer à M. le Dauphin l’énergie des acclamations dont il était l’objet. « Je le vois comme « vous, répondit-1l avec un léger accent de tristesse, mais « Je doute qu'il y ait beaucoup d’électeurs parmi ceux € qui m'accueillent si bien. » Mot plein de sens dont la justesse put être appréciée quelques jours après.

« Le lendemain, le prmce visita le lazaret nouvellement construit dans File de Pomègue et, à son retour, 1l voulut monter sur un des bâtiments de l'expédition qui remplissaient le port. Les habitants montrèrent un empressement égal à celui de la veille. Les quais, les maisons, les ports, et jusqu'aux vergues des navires, tout était couvert par une population animée de sentiments qui semblaient avoir conservé l’exaltation des premiers moments de la Restauration.

€ Dans la nuit suivante, je partis pour Toulon, où je précédai le prince de quelques heures. Le premier accueil qui l’attendait dans cette ville fut moins chaleureux que celui qu'il avait reçu à Marseille. On attribua avec assez de raison celte différence au refus du prince de faire son entrée à cheval. Les princes ne devraient jamais oublier que le peuple aime les spectacles, et que, leur présence en étant un, il leur tient compte de l’éclat et de l’apparat dont ils s’entourent, et des occasions qu'ils cherchent de le voir et d’être vus de Jui. M. le Dauphin put s’en apercevoir aux acclamations que sa présence excita lorsque, le surlendemain, il sortit à cheval pour passer en revue la première division de l'armée d'expédition. »

Lorsque le prince eut assisté au défilé des troupes, admirables de tenue et joyeuses de voir approcher le jour de leur entrée en campagne et de saluer l'héritier du trône, il dit plusieurs fois au général en chef : « Que vous êtes heureux, monsieur, d'avoir un pareil commandement !! »

Le 5 mai avait été fixé pour la revue de la flotte.

« À son entrée dans la rade, dit le baron d'Haussez, le prince fut frappé du magnifique spectacle qu'elle présentait, Cent bâtiments de guerre, tous pavoisés et disposés dans un ordre admirable, six cents bâtiments de transport, entre lesquels cireulaient des milliers de barques, occupaient le centre de cet immense tableau, dont le cadre était formé par des collines couvertes d’une mnombrable population. M. le Dauphin monta à bord de la Provence, vaisseau amiral ; 1l se rendit ensuite au Polygone, où l’on fit exécuter un simulacre de débarquement , qui lui donna une idée exacte des moyens que la marine comptait employer dans cette opéra- Lion. »

Un autre témoin oculaire de cette journée, M. Fernel, attaché à l'état-major général de l’armée, s'exprime ainsi : « La visite du prince dans la rade de Toulon fut une des plus belles . choses qu'il soit possible de voir. Tous les bâtiments de la flotte étaient pavoisés ; les équipages montés dans les vergues et dans les hunes faisaient retentir les airs des cris de : Vive Le roi ! Les batteries des forts et celles des trois bâtiments chefs d'escadres saluaient le fils de Franée qui s’avançait lentement sur le canot royal, au mulieu de eette armée flottante. Toute la population était en mer dans les embarcations ; elle état avide de contempler les traits de celui à qui tant d’hommages étaient rendus, Quand le ministre de la marine re-

1 Campagne d'Afrique en 1850, par M. Fernel, (chef de bataillon attaché à l'état-major général de l'expédition, page 6,

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