‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 68 sur 128 · REVUE DE L'ARMÉE ET DE LA FLOTTE · texte numérisé non relu

REVUE DE L'ARMÉE ET DE LA FLOTTE

partit pour Paris, le Dauphin lui dit: « Vous allez revoir avant moi le roi mon père ; dites-lui que j'ai passé ici une des plus belles journées de ma vie, et que mon seul regret est de ne pouvoir rester pour commander une si belle expédiion. »

M. le Dauphin avait trouvé le même enthousiasme à Marseille, où 1l avait passé en revue la seconde division de l’armée de terre, et 1l devait le retrouver à Aix, où il passa en revue la troisième. C'était le dernier sourire que la fortune adressait au prince objet de ces acclamations. Il y a de ces journées de joie après lesquelles il faudrait mourir, si le christianisme ne nous enseignait pas la grandeur et l’utilité morale des épreuves. Qui aurait vu cette flotte immense qui couvrait au loin la rade, cette belle et valeureuse armée, cette population enthousiaste du Midi qui, pleine du souvenir des maux qu'elle avait eus à souffrir des Barbaresques, saluait à la fois celte guerre comme une glorieuse entreprise et presque comme une sainte croisade, aurait promis, non-seulement à l’armée française un éclatant triomphe, mais à la monarchie française un long et brillant avenir. La fortune, comme le soleil, a quelquefois de si beaux couchants, qu'ils rappellent l’aurore. |

Le moment était venu de parler à l'armée et à la flotte,

Le général en chef, comte de Bourmont, adressa aux soldats, le 10 mai 1830, l’ordre du jour suivant :

« Soldats,

« L'insulte faite au pavillon français vous appelle au delà des mers : £’est pour le venger qu'au signal donné du haut du trône, vous avez tous brülé de courir aux armes et que beaucoup d’entre vous ont quitté ayec ardeur le foyer paternel.

€ À plusieurs époques, les étendards français ont flotté sur la plage africaine. La chaleur du climat, la fatigue des marches, les privations du désert, rien n’a pu ébranler ceux qui vous y ont devancés. Leur courage tranquille a suffi pour repousser les attaques tumultueuses d’une cavalerie brave, mais indisciplinée. Vous suivrez leurs glorieux exemples.

« Les nations civilisées des deux mondes ont les yeux fixés sur vous. Leurs vœux vous accompagnent. La cause de la France est celle de l'humanité ; montrez-vous dignes de votre noble mission ; qu'aucun excès ne ternisse l'éclat de vos exploits ! Terribles dans le combat, soyez justes et humains après la victoire ; votre intérêt le commande autant que le devoir. Trop longtemps opprimé pur une milice avide et cruelle, l’Arabe verra en nous des libérateurs ; 11 implorera notre allance. Rassuré par notre bonne foi, 1l apportera dans nos camps les produits de son sol. C'est ainsi que, rendant la guerre moins longue et moins sanglante, vous remplirez le vœu d'un souverain aussi avare du sang de ses sujets que jaloux de l'honneur de la France.

« Soldats, un prince auguste vient de parcourir vos rangs. I a voulu se convaincre lui-même que rien n’avait été négligé pour assurer vos succès et pourvoir à vos besoins. Sa constante sollicitude nous suivra dansles contrées inhospitalières où vous allez combattre. Vous vous en rendrez dignes en observant cette discipline sévère qui valut à l’armée qu'il conduisit à la victoire l'estime de la France et celle de l'Europe entière. »

Le vice-amiral Duperré se borna, après la revue passée par le Dauphin, à adresser à l’armée navale l'avis suivant :

« Monseigneur le Dauphin a été pleinement satisfait de la marine. Le roi le saura. Que ce témoignage de haute satisfaction, que Son Altese Royale à daigné me permettre de

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